• Reflets du paradis

    Il est sans doute impossible ou au moins dangereux de regarder le soleil en face. Le paradis est peut-être trop fort pour notre regard sur cette terre, mais rien ne nous empêche de contempler ses reflets comme ceux de notre soleil levant qui enflamme soudain l'horizon devant nous.

  • Je crois qu’au cours de la longue histoire de l’humanité, l’homme a rarement trouvé l’équilibre dans sa relation avec Dieu. Ou bien trop timide, ou bien trop téméraire, quand il ne devient pas complètement indifférent ou hostile, cela n’a jamais été bien facile.

    Et pourtant nous sommes faits à l’image de Dieu. Nous sommes une goutte de divin, faite pour être Dieu en Dieu et avec lui et nous passons le plus souvent à côté. D’où vient le malentendu ? Où avons-nous fait fausse route ?

    La fausse route vient d’abord d’une compréhension complètement erronée que nous-mêmes nous faisons de Dieu, comme si ce Dieu était un concurrent au niveau duquel nous voulons nous placer. Vouloir dominer le bien et le mal, comme Adam et Eve, en pensant que c’est l’attribut de Dieu dont nous sommes en quelque sorte jaloux. Vouloir monter aussi haut que lui, comme les habitants de Babel, et c’est encore une histoire de jalousie.

    Mais quel aveuglement d’être jaloux de soi-même, car Dieu est en nous plus intime à nous-mêmes que notre propre moi, alors pourquoi le considérer comme un concurrent ?

    Ou bien l’homme tombe alors dans l’excès inverse : Dieu est de toute façon inaccessible, alors il est inutile d’essayer de l’approcher. Quel manque d’intelligence ici encore, lorsqu’on voit que c’est Dieu lui-même qui a tout fait pour s’approcher de nous !

    Mais une des grandes erreurs est encore la compréhension de ce que nous appelons :  être à l’image de Dieu. La tentation est forte en chacun de nous de nous dire : je suis homme, donc je suis à l’image de Dieu et l’on se retrouve bientôt sur le même plan qu’Adam et Eve ou que les habitants de Babel. Un orgueil mal placé va encore tout gâcher.

    C’est qu’en réalité ce n’est pas moi tout seul qui suis à l’image de Dieu, mais c’est l’homme tout entier, l’humanité tout entière lorsqu’elle accepte de vivre en son sein les mêmes relations d’amour réciproque que les personnes de la Trinité. Car nous oublions bien vite qu’en Dieu, le Père, le Fils et le Saint Esprit ne s’amusent jamais à être chacun Dieu tout seul dans son coin. On ne peut à aucun instant les séparer l’un de l’autre et de cet amour qui les unit.

     

    Lorsque nous commençons à nous aimer comme Jésus nous l’a demandé, à l’image de Dieu Trinité, alors voilà que ce Dieu vient habiter en nous et voilà que cette goutte de divin en nous reprend toute sa force, car elle est de nouveau branchée à la source qui lui a donné la vie. Alors, sans fausse modestie, nous pouvons accepter de croire que nous pouvons « être Dieu » en Dieu et avec lui, tout en gardant notre limite de créature. Dieu par participation et grâce à son amour infini. Et ce n’est pas pour un moindre cadeau que Jésus est venu sur terre et a donné sa vie pour nous. L’humanité a encore de beaux jours devant elle si elle apprend finalement la leçon !


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  • Dans notre rubrique « Des mots pour de bon », nous avons choisi au début du mois de mai des citations de Khalil Gebran. Je ne sais pas si vous avez pris le temps de les lire et de les relire comme moi. Je voudrais revenir sur quelques-unes de ces phrases admirables qui vous changent la vie, si on les prend au sérieux.

    Je sais bien que Khalil Gebran est tellement plus grand que ces quelques mots rassemblés ici et là, et qu’il n’est pas facile de condenser le génie et l’âme de ce grand Libanais en une pauvre page de blog. Mais je sens au fond de moi un immense devoir de reconnaissance, à travers Gebran, à tout ce que le Liban m’a donné depuis déjà plus de 46 ans.

     « L'Âme est la fille de l'Amour et de la Beauté. »

    Voilà trois mots-clés de notre poète, sur lesquels on pourrait passer des heures à se laisser bercer. Synthèse de Gebran, mais aussi synthèse du Liban tout entier. J’ai toujours été fasciné par l’âme ou l’Ame que j’ai trouvée au Liban et en chaque libanais et en même temps par l’amour et la beauté, qui ne manquent évidemment pas aux autres peuples, mais qui ont ici un attrait mystérieux qui vous enveloppe tout entier, qui vous entraine là où l’humanité et la divinité tendent à ne faire plus qu’un. Ame incarnée dans la beauté d’un amour profond qui vous marque pour toujours.

    « Vos enfants ne sont pas vos enfants : ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à la Vie. »

    Le Liban est d’abord une grande famille, où personne n’est indifférent à l’autre, où les liens sociaux sont tellement finement tissés dans tous les sens qu’ils risquent parfois de vous étouffer. C’est le problème de tout humain sur cette terre, qui détourne pour son propre égoïsme les plus beaux cadeaux que la vie lui a faite. Et c’est pour ne pas tomber dans ce piège que Gebran nous invite à élever nos relations à cet « appel de la Vie à la Vie ». C’est là que l’amour retrouve sa pureté originale qui vous libère au lieu de vous enchaîner. Leçon éternelle de vie et de Vie !

    « Hier n'est que le souvenir d'aujourd'hui, et demain est son rêve. »
    « La vie ne marche pas à reculons, ni ne s'attarde avec hier. »

    « La vie ne revient jamais en arrière ni ne s'attarde avec hier.

    « Qu'aujourd’hui étreigne le passé dans le souvenir, et le futur dans le désir. »
    « Le temps est comme l'amour : indivisible et sans repos. »

    Quelle sagesse dans ces quelques mots, quel amour pour le temps, quelle vision à la fois réaliste et positive, dynamique et optimiste ! Car le temps, la vie et l’amour n’y forment qu’un et l’homme n’y est donc plus divisé et déchiré entre des moments qu’il n’arrive plus à recoller, mais libéré par ce temps qui le porte en avant comme les vagues de la mer !

    « Que veut dire travailler avec amour ? C'est tisser une étoffe avec un fil tiré de votre cœur, comme si votre bien-aimé devait porter un jour cette étoffe.
    Travailler avec amour, c'est insuffler dans toutes les choses que vous fabriquez l'essence de votre esprit.
    Travailler avec amour, c'est semer le grain avec tendresse et récolter la moisson dans la joie.
    Travailler avec amour, c'est bâtir une maison avec affection comme si votre bien-aimé devait y résider.
    Aimer la vie par le labeur est devenir intime avec le plus profond secret de la vie. »

    Qu’il est beau cet amour qui est puisé au « plus profond secret de la vie » ! Car avant d’être recherché dans l’autre comme un trésor qui souvent nous échappe, l’amour est d’abord ce secret que chaque homme et chaque femme portent au fond d’eux-mêmes et qui donne une saveur extraordinaire à tous les gestes de la vie quotidienne !

    « Dans la tendresse de l'amitié qu'il y ait le rire et le partage des plaisirs, car dans la rosée de menues choses, le cœur trouve son matin et sa fraîcheur.
    Donnez à votre ami le meilleur de vous-même.
    Venez toujours voir votre ami avec des heures à faire vivre, car un ami est là pour remplir vos besoins, et non votre néant.
    En amitié, toutes les pensées, tous les désirs, toutes les attentes naissent et sont partagés sans mots.
    Quand votre ami est silencieux votre cœur ne cesse d'écouter son cœur.
    Un ami est le champ que vous semez avec amour et moissonnez avec reconnaissance.
    Votre ami est votre besoin qui a trouvé une réponse. »

    L’amitié est déjà le premier visage de l’amour partagé. L’amitié comme je l’ai trouvée au Liban est un trésor de « tendresse », de « fraîcheur » et de réciprocité, comme un miracle de la nature qui part justement d’une semence mais qui grandit dans des partages et des échanges qui font « vivre » du fond du « cœur ».

    « L'amour est ce jour si vaste que nulle plume ne saurait le décrire. »
    « L'amour c'est mon père, et l'amour c'est ma mère. »
    « Le premier baiser, c'est la première goutte bue dans la coupe remplie du nectar de la vie. »
    « Le premier regard, c'est la première note magique jouée sur la corde d'argent de notre cœur. »

    Oui, chez Khalil Gebran, l’amour ou l’Amour est présent partout avec toutes ses nuances, ses pièges et ses souffrances. C’est le cœur du trésor de la vie. Un amour libérateur et en même temps tellement incarné, par toutes les expressions qui font vibrer nos cœurs attentifs. Un rêve devenu réalité tout en restant un rêve : le comble du sens de l’humanité !

    Mais je voudrais finir ici mes brèves réflexions par une découverte extraordinaire que j’ai retrouvée chez Khalil Gebran. Notre ami est une des rares personnes qui ait compris que la joie et la souffrance ne sont pas contradictoires. Alors que la mentalité ordinaire nous fait croire qu’il faut s’échapper bien loin de la souffrance pour trouver la joie ou le bonheur, Khalil Gebran sait que la véritable joie fleurit là où la souffrance a abondé. Secret mystérieux dont seuls les génies et les saints ont sans doute compris la grandeur, et qui donne évidemment un sens extraordinaire à chaque moment de douleur et de joie sur cette terre. Car la souffrance n’est pas la fin de la joie, mais le vide qui prépare le jaillissement de cette joie, comme la mort est seulement une préparation à la résurrection :

    « Quand vous êtes joyeux, regardez profondément en votre cœur et vous trouverez que seul ce qui vous a rendu triste vous apporte la joie : Et quand vous êtes plein de tristesse, regardez de nouveau en votre cœur, et vous verrez qu'en vérité vous pleurez ce qui fut votre délice.
    Plus la tristesse évide l'intérieur de votre être, plus vous pouvez contenir de la joie.
    Le puits même d'où fusent vos rires fut souvent rempli de vos larmes. »
    « Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie. »







     

     





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  • Oui, c’est ce qu’on m’a appris quand j’étais petit, que l’homme a été créé à l’image de Dieu. J’avoue que je n’ai pas bien compris tout au long de ma vie ce que cela pouvait signifier exactement. Certainement que nous ne sommes pas comme les plantes ou les animaux. Il y a en nous une âme, une réalité vivante et mystérieuse, une goutte de divin qui fait de nous des êtres exceptionnels, appelés justement à dominer le monde puisque nous sommes quelque part comme Dieu.

    Et j’ai toujours pensé naïvement que c’est un grand honneur de pouvoir être chacun comme Dieu, supérieur à toute la création. Bien sûr que je ne suis pas digne d’un tel honneur, mais, avec une vraie ou une fausse humilité, je dois reconnaître que je suis vraiment spécial, au-delà de tous mes défauts et de toutes mes limites. De toute éternité Dieu a pensé à moi à son image et m’a voulu ainsi, pourquoi ne devrais-je pas accepter toute sa bonté ?

    Mais le problème dans tout cela, c’est que je n’avais pas bien considéré qui était Dieu et comment il était. Je savais bien que Dieu est amour, grand mot un peu mystérieux. J’avais bien appris qu’il est un en trois personnes, comme nous l’a révélé Jésus. Mais je ne comprenais pas encore.

     

    Jusqu’au jour où tout s’est illuminé pour moi, lorsque j’ai compris que c’est l’homme qui est à l’image de Dieu, ou plutôt l’Homme, c’est-à-dire toute l’humanité. C’est tout l’homme qui est un reflet du paradis sur la terre, comme nous le dit notre rubrique, et pas moi tout seul. Je sais bien que je suis un homme. Mais chaque homme tout seul ne peut pas se prétendre à l’image de Dieu. C’est lorsque les hommes s’aiment entre eux qu’ils sont véritablement à l’image de ce Dieu amour. Sinon ils ne sont qu’une bien vilaine caricature de l’amour de Dieu, ces hommes qui se haïssent, se font la guerre ou simplement qui vivent chacun pour soi, indifférents à tout ce qui se passe chez leur voisin. L’individualisme régnant dans notre monde occidental nous a fait perdre complètement le nord, la direction de la bonne étoile. Et la bonne étoile, c’est que nous nous aimions les uns les autres en pleine réciprocité : alors seulement on pourra contempler l’image de Dieu toute lumineuse qu’il a semée en nous…


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  • Ce mois-ci, dans nos « mots pour de bon », nous avons publié de belles citations de Mère Teresa. Vous avez vu comme elles sont extraordinaires dans leur simplicité ? On dirait comme un miroir où se reflète dans une grande lumière toute l’âme limpide de notre grande sainte moderne.

    Il suffit de voir quels mots elle utilise le plus souvent et cela permet déjà de tout comprendre. Les mots qui se répètent le plus sont : « aimer, amour et vie » ! Tout est là pour Mère Teresa. Une vie remplie d’amour. L’amour qui donne un sens à la vie. L’amour secret et âme de la vraie vie. Vivre pour aimer et aimer pour vivre. Elle qui s’occupait des moribonds sur les trottoirs de Calcutta, elle ne voulait pas qu’ils meurent tout seuls abandonnés. Elle voulait que pour leurs dernières heures sur cette terre, pour les derniers souffles de leur vie de souffrance, ils puissent expérimenter au moins un peu d’amour, comme les ouvriers de la dernière heure de la parabole.

    Puis l’on trouve ensuite « donner, service, servir et sourire ». L’amour est don en lui-même. L’amour ne s’arrête jamais, il continue à recevoir pour donner et transmettre ce qu’il a reçu. Mais il donne avec amour justement, ce qui veut dire de tout son cœur. Et il s’agit surtout d’un amour et d’un don concrets qui se mettent au service de tous ces frères et sœurs que nous rencontrons. Ce n’est jamais le don d’un riche qui écrase le pauvre en lui donnant, mais de quelqu’un qui se met à genoux devant ce prochain qu’il est en train de servir, pour que celui-ci se sente tout de suite à l’aise. Mais le plus important est peut-être encore ce sourire qui accompagne chaque geste, chaque don, chaque action, comme un baume sur la plaie de ces malheureux que l’on est en train de servir !

    Les mots suivants sont « souffrance et pauvre ou pauvreté ». C’est la passion de Mère Teresa, cette passion qui a rempli toute sa vie, au point qu’elle a parcouru le monde pour être sûre que partout la priorité de chaque personne, de chaque peuple puisse devenir vraiment l’attention aux plus démunis. Mère Teresa a trouvé sa joie dans le soulagement de la souffrance des autres. Elle n’avait plus rien d’autre à faire et elle a entraîné dans son enthousiasme des milliers et des milliers de personnes. Ce monde qui court après les vanités et les apparences a commencé avec Mère Teresa à reprendre le chemin des béatitudes qu’il avait presque complètement oublié !

    Nous en arrivons ensuite à « paix et cœur ». La paix est le résultat de tout cela. Un monde plein d’amour, où les plus pauvres sont mis à la première place, n’a plus le temps d’être égoïste et de se faire la guerre. La souffrance apaisée est source de paix et de joie. Et cette paix est d’abord dans le cœur de chacun, à découvrir et à faire grandir. La paix n’est pas un slogan vide que l’on utilise pour des élections politiques, mais le but ultime et concret du rapport entre les hommes et entre les peuples.

    Les derniers mots qui nous touchent dans cette liste sont « la foi et la prière ». C’est le secret et la force de Mère Teresa. Cette petite religieuse au physique tellement fragile avait la force immense de quelqu’un qui est convaincu que Dieu est avec elle et qu’avec lui tout est possible. Ce sont tous des mots qu’il suffirait de méditer au début de chacune de nos journées pour donner à notre vie une nouvelle saveur. Nous imaginons maintenant Mère Teresa au paradis, qui nous attend, mais elle avait su faire de cette terre une anticipation et un reflet concret de ce paradis qui vit déjà en nous et au milieu de nous.

     


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  • [Cet article fait suite aux deux articles, publiés le 5 mars et le 16 avril derniers dans cette rubrique, sur le « Paradis d’Igino Giordani », un homme extraordinaire encore peu connu dans la culture de langue française, que nous appellerons désormais « Foco », comme le nommait familièrement Chiara Lubich]

     

    « Le chrétien ne peut pas imaginer une seconde se retirer de l’arène politique, même pour des raisons religieuses, en vue de sauvegarder sa soi-disant vertu.

    « Ce serait une erreur – affirmait Jean XXIII dans l’encyclique Mater et Magistra – de penser que nos enfants, surtout les laïcs, doivent considérer prudent d’atténuer leur engagement chrétien dans le monde : ils doivent au contraire le renouveler et l’accentuer.

    Dans sa prière sublime pour l’unité de son Eglise, le Seigneur ne prie pas le Père pour qu’il retire les siens du monde, mais pour qu’il les préserve du mal […]. »

    Jean XXIII insistait : « L’Eglise aujourd’hui se trouve devant la tâche immense de donner un accent humain et chrétien à la civilisation moderne. »

    C’est le signe que la civilisation risque de devenir inhumaine et païenne, alors que la politique est le premier facteur de civilisation.

    L’Evangile distingue la sphère politique de la sphère religieuse : « Donnez à César ce qui est à César, à Dieu ce qui appartient à Dieu. »

    Distinction et non séparation. Le corps est distinct de l’âme, non pas séparé. Or le corps, tout autant que l’âme, a besoin de rédemption, César tout autant que le pape. Tout ce qui est humain doit être libéré du mal et orienté au bien. La politique est l’art du bien commun : un bien double parce qu’il concerne l’individu et la collectivité, tous et chacun.»

    [Extrait du livre de Jean-Marie Wallet et Tommaso Sorgi « Igino Giordani chrétien, politique, écrivain » Editions Nouvelle Cité p.296-297 ; traduit de l’italien par Jean-Marie Wallet]

     

    Je crois qu’il n’y a pas grand-chose à commenter cette fois-ci : le message est tellement clair !

    D’abord, que je sois chrétien, croyant d’une autre religion ou homme tout simplement, toute l’humanité me concerne, m’intéresse, me passionne. Me couper de la bataille de mes frères humains sous n’importe quel prétexte c’est finalement me mutiler moi-même, être un homme à moitié, car je ne serai jamais pleinement homme que si je reste ouvert à toute l’humanité.

    Ensuite le but de la vie ne sera jamais de m’isoler avec quelques-uns qui me comprennent pour me sentir à l’aise : ce ne serait qu’une illusion qui ne peut pas durer éternellement. Vouloir m’enfermer avec un cercle d’amis ou d’élites qui se sentent supérieurs aux autres ne peut mener qu’à de grandes déceptions. Si je pense avoir hérité de qualités et de talents particuliers (pourquoi pas ? chaque homme en a au fond de lui-même), ce n’est pas pour me retirer du monde et cultiver ces qualités ou ces talents tout seul dans mon coin, mais pour en faire profiter mes frères et mes sœurs en humanité.

    Enfin tout ce qui coupe, tout ce qui divise est finalement diabolique (au sens étymologique du terme). La vie n’avance jamais par des coupures (ce serait le début de la mort) : elle avance par la distinction de réalités différentes qui apprennent à se compléter et à s’harmoniser dans la réciprocité. C’est le secret du bonheur personnel et de la paix civile.

     

    Et pour conclure en deux mots rapides, pour aujourd’hui (mais nous reviendrons souvent sur ce sujet), nous savons bien que la vie est difficile, que l’organisation de la société est pleine de pièges et de problèmes parfois inextricables, mais ce n’est pas en les fuyant que nous serons plus heureux. Si nous voulons au moins être en paix avec notre conscience, nous n’avons pas d’autre choix que de nous lancer dans la bataille de l’humanité, à tous les niveaux, chacun là où il peut donner et se donner. Il y aura sûrement des échecs, des accidents de parcours, mais la joie partagée avec beaucoup d’avoir fait au moins un peu progresser l’humanité sera bien plus grande que toutes les désillusions. Notre vie en tous cas aura eu un sens, un but, une raison d’être et cela est le plus beau cadeau que nous puissions nous faire entre nous et à nous-mêmes.


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