• Reflets du paradis

    Il est sans doute impossible ou au moins dangereux de regarder le soleil en face. Le paradis est peut-être trop fort pour notre regard sur cette terre, mais rien ne nous empêche de contempler ses reflets comme ceux de notre soleil levant qui enflamme soudain l'horizon devant nous.

  • La vie est accueil et don, accueil de l’autre et don de soi-même à l’autre, et tout le reste est vide !

    Mon affirmation vous choque un peu, ou beaucoup ? Je vais essayer de m’expliquer. Mais je vais partir ce matin de la Trinité, en m’excusant un peu auprès de mes amis qui n’ont pas de référence religieuse, mais c’est plus fort que moi : je suis amoureux de la Trinité !

    Notre brave mère, l’Eglise, dans sa bonne volonté d’éduquer ses enfants, a fait souvent de la Trinité un mystère, un grand mystère inaccessible qu’on ne pourra comprendre un jour qu’après la mort. C’est pour ce pauvre résultat que Jésus serait venu vivre sur la terre parmi nous et nous aurait donné sa vie ?

    Non, je crois de plus en plus que la vie de la Trinité en nous et parmi nous est tellement simple au fond, même si elle reste un grand mystère. Car le Père et le Fils, en l’Esprit Saint, font pratiquement seulement deux choses, « toute la journée » et de toute éternité. Le Père se donne au Fils dans l’Esprit, de tout son être, et le Fils accueille ce don total, lui aussi de tout son être, dans l’Esprit, l’Esprit qui est le lien d’amour entre les Deux. Puis le Fils se donne à son tour au Père qui l’accueille…

    Puis, à un certain moment, il y a eu ce miracle de la création : Dieu a décidé de créer l’univers et de nous y créer au milieu. Et lorsque le Fils reçoit le don du Père qu’Il accueille, voilà que non seulement Il le redonne au Père dans une totale réciprocité, mais Il le reverse aussitôt sur nous en nous transmettant cette vie merveilleuse qu’Il a reçue du Père… et voilà qu’à notre tour nous entrons dans ce feu éternel de la réciprocité divine.

    Alors, si nous voulons vivre notre vie réellement, dans toute sa profondeur, nous n’avons, nous aussi, qu’à faire deux choses « toute la journée », jusqu’à la fin de notre séjour sur terre, et pour l’éternité : accueillir ce don de Dieu et le donner, et nous donner nous-mêmes à notre tour à tous ceux que nous accueillons, du matin au soir.

    Ainsi, le travail prend tout son sens : accueillir mes collègues, mes clients, mes patients, mes élèves, mes concurrents, les gens rencontrés une fois dans la vie ou ceux avec qui je me retrouve chaque jour, et leur donner toute mon attention, toutes mes forces, tous mes talents, pour construire ensemble une humanité nouvelle. Et l’on découvre alors que la vie de famille, les relations d’amitié, les rencontres d’un instant sur la route ou dans un magasin, les moments de détente ou même les problèmes ou les souffrances partagés, sont tous des occasions d’accueillir et de donner.

    Quand nous sentons l’ennui nous envahir, quand nous avons seulement envie de nous plaindre des situations et des personnes, c’est certainement que nous avons perdu en route notre boussole. Nous avons glissé peu à peu hors de notre chemin, nous avons cessé d’accueillir et de donner, et tout est devenu vide en nous et autour de nous…


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  • J’ai envie de parler clairement ce matin. J’espère que ça ne sera pas trop difficile. Mais si vous m’aimez, essayez de me suivre jusqu’au bout…

    Dans mon blog, je ne parle pratiquement jamais de Dieu (à part ma rubrique sur l’Evangile), par respect et par amour pour mes amis qui n’ont pas de référence religieuse, car je suis convaincu qu’avec chaque personne on peut se comprendre très profondément en partant de nos expériences communes de la vie de tous les jours…

    Mais ce matin, je voudrais partir de la Trinité, parce que c’est dans la relation de réciprocité totale entre le Père et le Fils dans le Saint Esprit que j’ai appris le vrai amour, dont je n’arrive plus à me passer.

    Et pour bien me faire comprendre, je vais vous citer maintenant la triste phrase qui m’a poussé à vous écrire. Elle est d’un de nos meilleurs écrivains, Alexandre Dumas, mais voyez ce qu’il dit : « Ce qui rend malheureux en amour, c’est moins de ne pas être aimé quand on aime, que d’être encore aimé quand on n’aime plus. »

    Mais de quel amour parle-t-il ici ? Comment est-il possible que j’aie aimé quelqu’un de tout mon cœur et que maintenant je ne l’aime plus ? Vous me direz que tout le monde fait cette expérience, c’est presque la monnaie courante de la plupart de nos films.

    Comment peut-il se faire que j’aime profondément une personne et qu’à un certain moment cet amour disparaisse ? Parce que l’autre m’a déçu, parce qu’il n’a pas répondu à mes attentes, parce qu’il m’a trahi peut-être ? Mais déjà on peut se demander si j’ai aimé l’autre pour lui ou pour moi, si aimer l’autre voulait dire donner ma vie pour lui de tout mon être, ou me sentir heureux avec lui et profiter de son affection ? L’amour était-il un amour de consommation ou de réciprocité ?

    Je ne veux pas parler ici des conflits dus à des maladies psychologiques que l’on peut découvrir parfois chez certaines personnes qu’on a aimées et qui soudain ont commencé à nous faire du mal : ce serait un autre sujet bien délicat. Non, je veux parler des relations normales d’amitié ou d’amour telles qu’on peut les vivre simplement au cours de notre vie.

    Je crois que tout part de cet amour que Jésus nous a révélé à l’intérieur de la Trinité et à l’image duquel nous sommes faits. Si je découvre à un certain moment de ma vie non seulement que Dieu m’aime d’un amour immense, mais qu’il a mis en mon cœur une semence de cet amour divin, tout va changer.

    Car chaque relation d’amour pour l’autre va élargir mon cœur aux dimensions du cœur de Dieu, va l’ouvrir sur l’autre d’une manière qui va me bouleverser, je vais peu à peu entrevoir en moi des énergies d’amour insoupçonnées qui vont changer toutes mes relations avec les autres. D’abord parce que ce cœur qui s’ouvre sur une personne, qui s’élargit peu à peu aux dimensions de toute l’humanité, ne peut plus retourner en arrière. Je vais désormais aimer chaque personne chaque jour un peu plus, même si l’autre n’est pas toujours facile à comprendre, comme moi-même je ne parviens pas toujours à me faire comprendre et aimer par l’autre.  

    Mais la plus belle surprise est de voir que si j’ai commencé à aimer l’autre de cet amour divin sans limites, les obstacles et les épreuves rencontrés en chemin deviennent des occasions de prouver encore plus mon amour et non pas des raisons de me renfermer tout à coup sur moi-même. Et l’autre va être tellement sensible à cet amour total en moi qu’il va lui aussi se jeter avec moi dans la réciprocité.

    Je sais bien que je fais ici une description de rêve qui va paraître presque impossible à certains. L’autre ne répond pas toujours. La liberté humaine est grande. Mais l’amour pousse à l’amour et si j’aime sincèrement de cette façon il y aura toujours des fruits surprenants, je vais créer peu à peu autour de moi une famille de gens qui s’aiment et qui va continuer à grandir de manière contagieuse et tout changer sur son passage…

    Cet article est bien évidemment une première provocation. Vous allez me dire que la réalité de l’amour est tellement plus complexe, qu’on ne peut pas mélanger l’amour et l’amitié, le spirituel et l’affectif, toutes les critiques que vous voulez… ce sera une belle occasion de continuer un dialogue fructueux !


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  • Il y a deux jours, j’écrivais un bel article auquel j’ai voulu donner comme titre « Vue du paradis ». J’ai mis tout mon cœur dans cet article, parce que je vois tellement de gens autour de moi qui souffrent, qui se plaignent, qui sont tristes ou déçus, que je voudrais tout faire pour leur faire goûter un peu au moins du paradis qui a transformé ma vie depuis longtemps déjà, mais spécialement au cours de ces dernières années.

    Mais aujourd’hui, j’ai eu envie de reprendre la même réalité en l’appelant cette fois-ci : « Vue du cœur de la vie. » Car le plus grand miracle du paradis, c’est qu’il n’est pas je ne sais où à des milliers d’années-lumière, inaccessible. Non, quand on a commencé à l’apercevoir tout proche de nous, qui nous réchauffe et nous rassure déjà, on finit par se rendre compte que ce paradis est aussi en nous et qu’il était en nous depuis longtemps déjà, mais que nous ne le savions pas.

    Alors, quand on commence à faire une telle découverte, plus rien ne pourra nous arrêter. Car le paradis ne va plus jamais dépendre des circonstances extérieures qui s’abattent sur nous, positives ou négatives. Mais il va être tout simplement la lueur ou la boussole qui vont éclairer notre chemin pour le restant de nos jours.

    Le problème de l’homme, c’est qu’il passe le plus clair de son temps à regarder les choses et les gens de l’extérieur et qu’il finit par ne pas y comprendre grand-chose. Les nouvelles de chaque jour, dans les journaux ou à la télévision, sont simplement la chronique d’un spectacle qui se déroule devant nos yeux, sans âme et sans signification.

    J’ai un vieil ami de plus de 90 ans qui a failli mourir l’année dernière. Les médecins lui avaient donné encore quelques heures à vivre. Et puis, il n’est pas mort. Depuis un an, il est là entre son lit et sa chaise roulante à déverser sur tous les gens qui viennent le visiter le paradis de paix et de joie qu’il porte dans son cœur. On aurait envie d’aller le voir pour le réconforter et c’est lui qui nous donne le courage d’aller de l’avant. Les « nouvelles » nous auraient parlé d’un vieux monsieur de 90 ans en train de mourir, comme c’est bien triste et bien normal à cet âge. La vision du cœur nous fait découvrir un trésor immense à partager et à conserver comme une leçon de vie, tellement rare et tellement précieuse.

     


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  • Le paradis, c’est comme la lumière. Quand on entrouvre sa porte, son esprit et son cœur au paradis, voilà qu’il nous inonde de toute sa flamme, voilà qu’il nous pénètre et qu’il nous laisse en même temps pénétrer en lui.

    Alors tout change, notre vie prend tout à coup une autre direction, la grisaille de notre quotidien s’emplit d’un arc en ciel multicolore. Et il n’y a alors plus besoin d’attendre je ne sais quel paradis qui arrivera seulement après la mort. Car le paradis est déjà là, même si tout autour de nous pourrait sembler comme les prémices d’un enfer.

    C’est le début d’une vision totalement nouvelle des personnes que nous rencontrons et qui partagent notre vie, et des circonstances de chacune de nos journées. Car nous ne voyons plus les gens et les évènements d’après leur apparence extérieure, mais d’après la lumière de paradis qui est cachée en eux.

    Cette lumière va nous aider à changer peu à peu bien des choses, à améliorer nos relations avec le monde qui nous entoure, mais surtout à donner un sens à tout. Car si le paradis est déjà là, l’impatience ou le découragement vont vite s’estomper. Et le paradis va nous faire voir aussi tout le positif surprenant que nous pouvons retirer du passé et toute la beauté que l’avenir sans doute nous réserve.

    Un proverbe dit que les barrières ne montent pas jusqu’au ciel. Or notre monde semble paralysé par les barrières de toutes sortes qui continuent à se dresser entre les personnes d’une même famille, entre les peuples, les religions, les cultures différentes. Tandis que, vues du paradis, ces différences qui provoquent des conflits l’un après l’autre sont au contraire des sources d’enrichissement réciproque.

     

    Les médias, qui ont transformé complètement notre société depuis surtout le siècle dernier, nous montrent en général les évènements avec des yeux éteints qui n’arrivent à distinguer les réalités que de l’extérieur. Combien nous feraient-ils enfin respirer s’ils nous apprenaient à saisir la vie telle qu’on la découvre d’en haut, du paradis !


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  • Je repars de la conclusion de mon article précédent et je vais essayer maintenant de m’expliquer. Je disais, il y a deux jours : « Ce qui est sûr aussi c’est que l’autre sera pour moi toujours une sorte de surprise, comme moi-même je serai pour lui toujours imprévisible. Et c’est là que tout va se jouer, si la surprise de l’autre devient pour moi un enfer ou un paradis ou si moi-même je parviens à transformer l’enfer de l’autre ou son paradis en une nouvelle réalité qui va nous surprendre tous les deux… »

    La première vérité, bien évidente, c’est que l’autre m’échappera toujours quelque part, comme moi-même je lui échapperai. C’est en un sens une chance et une bénédiction, puisque jamais je ne pourrai enfermer ou posséder l’autre et jamais l’autre ne pourra faire de moi ce qu’il veut, même si l’homme est tellement tordu quelquefois qu’il essaye quand même de mettre l’autre dans sa propre prison. Mais d’un autre côté c’est aussi un défi continuel, une sorte de souffrance perpétuelle, parce que nous ne serons jamais définitivement tranquilles dans notre relation avec les autres. Et c’est certainement cela qui fait la beauté de la vie : imaginons que l’autre et moi-même soyons chaque jour toujours les mêmes ou toujours correspondants aux attentes du jour précédent, quel ennui et quelle monotonie cela serait !

    L’autre va donc être pour moi cette surprise qui va me faire sentir tout à coup en enfer ou au paradis. Et c’est là qu’intervient surtout, comme nous le disions plus tôt, la dimension de l’amitié ou de l’amour. Si cette surprise est désagréable, si j’ai donné à l’autre toute ma confiance et que je me sens tout à coup trahi, je vais certainement me sentir en enfer, ou au moins au purgatoire. Mais si l’autre, à qui je me suis donné de tout mon cœur, invente aujourd’hui, en pleine réciprocité, un nouveau cadeau de lui-même que je n’aurais jamais imaginé, où il touche les cordes de mon cœur les plus sensibles comme seul lui ou elle sait le faire, alors je vais me sentir emporté au paradis pour toujours… même si je m’apercevrai bien vite que nous sommes encore sur cette terre et que ce paradis est à réinventer chaque jour.

     

    Mais c’est ici qu’intervient un élément encore plus profond et plus beau. Ma relation avec l’autre n’est pas simplement l’addition de mon moi ajouté banalement à celui de l’autre, ce qui voudrait dire seulement : un plus un = deux. Je vais découvrir peu à peu que la relation à l’autre est elle-même un mystère qui nous dépasse tous les deux et qui nous empêche d’être en fin de compte conditionnés réciproquement par la liberté et la volonté de l’autre. Je peux en effet, de multiples manières, transformer la réaction de l’autre qui me semblait terrible au départ, en un nouveau paradis qui va faire se réjouir l’autre en même temps que moi-même. C’est l’expérience du pardon, par exemple, qui va m’unir à l’autre bien plus que nous étions unis au départ, car le ciel bleu est encore plus bleu et plus limpide après la tempête. La beauté de la vie est quelque part cette liberté infinie que j’ai au fond de moi-même de faire de toute relation un paradis… comme un enfer. C’est la grandeur de l’humanité tout entière qui dépasse de tellement loin tous nos petits calculs, nos pauvres peurs ou appréhensions, et qui nous ouvre chaque jour sur des horizons immenses que jamais la veille nous n’aurions imaginés. Mais ce qui est sûr c’est que l’autre sera toujours un passage obligé vers ces nouveaux horizons, passage parfois tellement étroit, mais en même temps libération totale de ce moi qui pourrait être en réalité bien plus dangereux que l’autre ne peut l’être pour moi-même. De quoi vraiment avoir le vertige, mais un beau vertige !


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