• Reflets du paradis

    Il est sans doute impossible ou au moins dangereux de regarder le soleil en face. Le paradis est peut-être trop fort pour notre regard sur cette terre, mais rien ne nous empêche de contempler ses reflets comme ceux de notre soleil levant qui enflamme soudain l'horizon devant nous.

  • Il y a deux jours, j’écrivais un bel article auquel j’ai voulu donner comme titre « Vue du paradis ». J’ai mis tout mon cœur dans cet article, parce que je vois tellement de gens autour de moi qui souffrent, qui se plaignent, qui sont tristes ou déçus, que je voudrais tout faire pour leur faire goûter un peu au moins du paradis qui a transformé ma vie depuis longtemps déjà, mais spécialement au cours de ces dernières années.

    Mais aujourd’hui, j’ai eu envie de reprendre la même réalité en l’appelant cette fois-ci : « Vue du cœur de la vie. » Car le plus grand miracle du paradis, c’est qu’il n’est pas je ne sais où à des milliers d’années-lumière, inaccessible. Non, quand on a commencé à l’apercevoir tout proche de nous, qui nous réchauffe et nous rassure déjà, on finit par se rendre compte que ce paradis est aussi en nous et qu’il était en nous depuis longtemps déjà, mais que nous ne le savions pas.

    Alors, quand on commence à faire une telle découverte, plus rien ne pourra nous arrêter. Car le paradis ne va plus jamais dépendre des circonstances extérieures qui s’abattent sur nous, positives ou négatives. Mais il va être tout simplement la lueur ou la boussole qui vont éclairer notre chemin pour le restant de nos jours.

    Le problème de l’homme, c’est qu’il passe le plus clair de son temps à regarder les choses et les gens de l’extérieur et qu’il finit par ne pas y comprendre grand-chose. Les nouvelles de chaque jour, dans les journaux ou à la télévision, sont simplement la chronique d’un spectacle qui se déroule devant nos yeux, sans âme et sans signification.

    J’ai un vieil ami de plus de 90 ans qui a failli mourir l’année dernière. Les médecins lui avaient donné encore quelques heures à vivre. Et puis, il n’est pas mort. Depuis un an, il est là entre son lit et sa chaise roulante à déverser sur tous les gens qui viennent le visiter le paradis de paix et de joie qu’il porte dans son cœur. On aurait envie d’aller le voir pour le réconforter et c’est lui qui nous donne le courage d’aller de l’avant. Les « nouvelles » nous auraient parlé d’un vieux monsieur de 90 ans en train de mourir, comme c’est bien triste et bien normal à cet âge. La vision du cœur nous fait découvrir un trésor immense à partager et à conserver comme une leçon de vie, tellement rare et tellement précieuse.

     


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  • Le paradis, c’est comme la lumière. Quand on entrouvre sa porte, son esprit et son cœur au paradis, voilà qu’il nous inonde de toute sa flamme, voilà qu’il nous pénètre et qu’il nous laisse en même temps pénétrer en lui.

    Alors tout change, notre vie prend tout à coup une autre direction, la grisaille de notre quotidien s’emplit d’un arc en ciel multicolore. Et il n’y a alors plus besoin d’attendre je ne sais quel paradis qui arrivera seulement après la mort. Car le paradis est déjà là, même si tout autour de nous pourrait sembler comme les prémices d’un enfer.

    C’est le début d’une vision totalement nouvelle des personnes que nous rencontrons et qui partagent notre vie, et des circonstances de chacune de nos journées. Car nous ne voyons plus les gens et les évènements d’après leur apparence extérieure, mais d’après la lumière de paradis qui est cachée en eux.

    Cette lumière va nous aider à changer peu à peu bien des choses, à améliorer nos relations avec le monde qui nous entoure, mais surtout à donner un sens à tout. Car si le paradis est déjà là, l’impatience ou le découragement vont vite s’estomper. Et le paradis va nous faire voir aussi tout le positif surprenant que nous pouvons retirer du passé et toute la beauté que l’avenir sans doute nous réserve.

    Un proverbe dit que les barrières ne montent pas jusqu’au ciel. Or notre monde semble paralysé par les barrières de toutes sortes qui continuent à se dresser entre les personnes d’une même famille, entre les peuples, les religions, les cultures différentes. Tandis que, vues du paradis, ces différences qui provoquent des conflits l’un après l’autre sont au contraire des sources d’enrichissement réciproque.

     

    Les médias, qui ont transformé complètement notre société depuis surtout le siècle dernier, nous montrent en général les évènements avec des yeux éteints qui n’arrivent à distinguer les réalités que de l’extérieur. Combien nous feraient-ils enfin respirer s’ils nous apprenaient à saisir la vie telle qu’on la découvre d’en haut, du paradis !


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  • Je repars de la conclusion de mon article précédent et je vais essayer maintenant de m’expliquer. Je disais, il y a deux jours : « Ce qui est sûr aussi c’est que l’autre sera pour moi toujours une sorte de surprise, comme moi-même je serai pour lui toujours imprévisible. Et c’est là que tout va se jouer, si la surprise de l’autre devient pour moi un enfer ou un paradis ou si moi-même je parviens à transformer l’enfer de l’autre ou son paradis en une nouvelle réalité qui va nous surprendre tous les deux… »

    La première vérité, bien évidente, c’est que l’autre m’échappera toujours quelque part, comme moi-même je lui échapperai. C’est en un sens une chance et une bénédiction, puisque jamais je ne pourrai enfermer ou posséder l’autre et jamais l’autre ne pourra faire de moi ce qu’il veut, même si l’homme est tellement tordu quelquefois qu’il essaye quand même de mettre l’autre dans sa propre prison. Mais d’un autre côté c’est aussi un défi continuel, une sorte de souffrance perpétuelle, parce que nous ne serons jamais définitivement tranquilles dans notre relation avec les autres. Et c’est certainement cela qui fait la beauté de la vie : imaginons que l’autre et moi-même soyons chaque jour toujours les mêmes ou toujours correspondants aux attentes du jour précédent, quel ennui et quelle monotonie cela serait !

    L’autre va donc être pour moi cette surprise qui va me faire sentir tout à coup en enfer ou au paradis. Et c’est là qu’intervient surtout, comme nous le disions plus tôt, la dimension de l’amitié ou de l’amour. Si cette surprise est désagréable, si j’ai donné à l’autre toute ma confiance et que je me sens tout à coup trahi, je vais certainement me sentir en enfer, ou au moins au purgatoire. Mais si l’autre, à qui je me suis donné de tout mon cœur, invente aujourd’hui, en pleine réciprocité, un nouveau cadeau de lui-même que je n’aurais jamais imaginé, où il touche les cordes de mon cœur les plus sensibles comme seul lui ou elle sait le faire, alors je vais me sentir emporté au paradis pour toujours… même si je m’apercevrai bien vite que nous sommes encore sur cette terre et que ce paradis est à réinventer chaque jour.

     

    Mais c’est ici qu’intervient un élément encore plus profond et plus beau. Ma relation avec l’autre n’est pas simplement l’addition de mon moi ajouté banalement à celui de l’autre, ce qui voudrait dire seulement : un plus un = deux. Je vais découvrir peu à peu que la relation à l’autre est elle-même un mystère qui nous dépasse tous les deux et qui nous empêche d’être en fin de compte conditionnés réciproquement par la liberté et la volonté de l’autre. Je peux en effet, de multiples manières, transformer la réaction de l’autre qui me semblait terrible au départ, en un nouveau paradis qui va faire se réjouir l’autre en même temps que moi-même. C’est l’expérience du pardon, par exemple, qui va m’unir à l’autre bien plus que nous étions unis au départ, car le ciel bleu est encore plus bleu et plus limpide après la tempête. La beauté de la vie est quelque part cette liberté infinie que j’ai au fond de moi-même de faire de toute relation un paradis… comme un enfer. C’est la grandeur de l’humanité tout entière qui dépasse de tellement loin tous nos petits calculs, nos pauvres peurs ou appréhensions, et qui nous ouvre chaque jour sur des horizons immenses que jamais la veille nous n’aurions imaginés. Mais ce qui est sûr c’est que l’autre sera toujours un passage obligé vers ces nouveaux horizons, passage parfois tellement étroit, mais en même temps libération totale de ce moi qui pourrait être en réalité bien plus dangereux que l’autre ne peut l’être pour moi-même. De quoi vraiment avoir le vertige, mais un beau vertige !


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  • Oui, nous sommes bien dans la rubrique « Reflets du paradis ». Et comment m’est-il venu l’idée de donner ce titre qui est bien connu comme une des citations les plus fameuses de Jean-Paul Sartre ?

    Je vais commencer par citer Jean-Paul Sartre lui-même, qui a été si souvent mal compris à cause de cette phrase. Voilà ce qu’il a dit un jour, en la commentant :

    « ‘L'enfer c'est les autres’ a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c'était toujours des rapports infernaux. Or, c'est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. Pourquoi? Parce que les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont — nous ont donnés — de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d'autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d'autrui et alors, en effet, je suis en enfer. »

    Tout cela est extrêmement intéressant et fait réfléchir. Je vais retenir surtout cette phrase de Sartre qui me plaît : « Les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes… » Cela rejoint beaucoup d’idées de notre blog sur l’interdépendance entre les hommes. Sans prétendre faire de la philosophie en quelques pauvres lignes de l’article d’un blog, je me permets seulement de regretter que Sartre s’arrête ici au domaine de la connaissance et du jugement.

    Je crois qu’il y a une réalité dans la relation entre nous, entre moi et les autres, qui va bien au-delà de la connaissance et du jugement, c’est celle qui touche à l’amitié et à l’amour. Et c’est là surtout que l’autre peut être pour moi un enfer, un purgatoire ou un paradis. Ce qui est sûr, c’est que l’autre ne me sera jamais indifférent. Car l’autre est une sorte de miroir dans lequel je me reflète, une part de moi que j’ai donnée et qui s’en va sans me demander mon avis, comme moi je suis aussi une part de l’autre qu’il m’a donnée ou que j’ai volée et dont je fais à mon tour sans doute tout autre chose que ce que l’autre aurait pu attendre.

     

    Ce qui est sûr aussi c’est que l’autre sera pour moi toujours une sorte de surprise, comme moi-même je serai pour lui toujours imprévisible. Et c’est là que tout va se jouer, si la surprise de l’autre devient pour moi un enfer ou un paradis ou si moi-même je parviens à transformer l’enfer de l’autre ou son paradis en une nouvelle réalité qui va nous surprendre tous les deux… Mais je crois que je vais m’arrêter pour aujourd’hui et continuer bientôt… dans mon prochain article ! 


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  • Je crois qu’au cours de la longue histoire de l’humanité, l’homme a rarement trouvé l’équilibre dans sa relation avec Dieu. Ou bien trop timide, ou bien trop téméraire, quand il ne devient pas complètement indifférent ou hostile, cela n’a jamais été bien facile.

    Et pourtant nous sommes faits à l’image de Dieu. Nous sommes une goutte de divin, faite pour être Dieu en Dieu et avec lui et nous passons le plus souvent à côté. D’où vient le malentendu ? Où avons-nous fait fausse route ?

    La fausse route vient d’abord d’une compréhension complètement erronée que nous-mêmes nous faisons de Dieu, comme si ce Dieu était un concurrent au niveau duquel nous voulons nous placer. Vouloir dominer le bien et le mal, comme Adam et Eve, en pensant que c’est l’attribut de Dieu dont nous sommes en quelque sorte jaloux. Vouloir monter aussi haut que lui, comme les habitants de Babel, et c’est encore une histoire de jalousie.

    Mais quel aveuglement d’être jaloux de soi-même, car Dieu est en nous plus intime à nous-mêmes que notre propre moi, alors pourquoi le considérer comme un concurrent ?

    Ou bien l’homme tombe alors dans l’excès inverse : Dieu est de toute façon inaccessible, alors il est inutile d’essayer de l’approcher. Quel manque d’intelligence ici encore, lorsqu’on voit que c’est Dieu lui-même qui a tout fait pour s’approcher de nous !

    Mais une des grandes erreurs est encore la compréhension de ce que nous appelons :  être à l’image de Dieu. La tentation est forte en chacun de nous de nous dire : je suis homme, donc je suis à l’image de Dieu et l’on se retrouve bientôt sur le même plan qu’Adam et Eve ou que les habitants de Babel. Un orgueil mal placé va encore tout gâcher.

    C’est qu’en réalité ce n’est pas moi tout seul qui suis à l’image de Dieu, mais c’est l’homme tout entier, l’humanité tout entière lorsqu’elle accepte de vivre en son sein les mêmes relations d’amour réciproque que les personnes de la Trinité. Car nous oublions bien vite qu’en Dieu, le Père, le Fils et le Saint Esprit ne s’amusent jamais à être chacun Dieu tout seul dans son coin. On ne peut à aucun instant les séparer l’un de l’autre et de cet amour qui les unit.

     

    Lorsque nous commençons à nous aimer comme Jésus nous l’a demandé, à l’image de Dieu Trinité, alors voilà que ce Dieu vient habiter en nous et voilà que cette goutte de divin en nous reprend toute sa force, car elle est de nouveau branchée à la source qui lui a donné la vie. Alors, sans fausse modestie, nous pouvons accepter de croire que nous pouvons « être Dieu » en Dieu et avec lui, tout en gardant notre limite de créature. Dieu par participation et grâce à son amour infini. Et ce n’est pas pour un moindre cadeau que Jésus est venu sur terre et a donné sa vie pour nous. L’humanité a encore de beaux jours devant elle si elle apprend finalement la leçon !


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