• Reflets du paradis

    Il est sans doute impossible ou au moins dangereux de regarder le soleil en face. Le paradis est peut-être trop fort pour notre regard sur cette terre, mais rien ne nous empêche de contempler ses reflets comme ceux de notre soleil levant qui enflamme soudain l'horizon devant nous.

  • [Je viens de retrouver ces jours-ci, cet article écrit il y a 4 ans pour remercier alors tous ceux qui fêtaient mon anniversaire. Je n’aurais rien à y changer aujourd’hui. J’ajouterai simplement que ce « Toi » qui est Dieu et ce « toi » qui est chacun et chacune des personnes qui continuent à illuminer mes journées dans la réciprocité de l’accueil et du don faits de l’un à l’autre, sont devenus de plus en plus ma seule raison de vivre…]                                     

    [A l’occasion de mon anniversaire, en ce 11 mai 2018, je remercie Dieu pour ces 70 ans de vie tellement pleine, mais je tiens à remercier par cette lettre « personnelle » chacun et chacune de ceux qui ont illuminé ma route par leur présence et leur amour : ils se reconnaîtront !]

    Oui, c’est toi, mon plus grand trésor. Car sans toi, jamais je n’aurais pu être moi, ce moi si fragile et toujours en recherche, mais qui est bien moi et que j’ai appris à aimer malgré toutes ses ombres, ses contradictions, ses conflits, mais aussi cette soif d’infini, ce désir immense de paix, cette joie débordante à partager, ce cœur qui palpite avec tous ceux qui sont prêts à l’accueillir et qui rêve de soulager toute la souffrance du monde.

    Mais c’est toi qui m’a donné la force d’aimer ce moi qui se serait perdu, si tu n’avais pas été là. Car tu as été le miroir où j’ai commencé à comprendre qui je suis, malgré les moments de brouillard et d’incertitude. C’est parce que j’ai découvert peu à peu combien ton « moi » à toi est tellement beau, que j’ai commencé à prendre courage de regarder en face ce « moi » qui me faisait peur et à me laisser convaincre que moi aussi je dois être « aimable », moi aussi j’ai le droit d’aimer et d’être aimé. Avec cette passion désormais, jusqu’au dernier souffle que Dieu me donnera, de transmettre cette conviction et ce courage à tous ces gens que je rencontre chaque jour et qui sont encore tristes, qui n’ont pas encore trouvé le trésor.

    Ce trésor que je suis, et ce trésor que tu es. Car tu m’as aidé aussi à comprendre que c’est seulement ensemble, l’un plongé dans le ciel de l’autre, dans une parfaite réciprocité, que nous pouvons être de vrais trésors qui fassent respirer ce monde tellement malade autour de nous.

    Et c’est cela aussi qui est le plus beau, cette réciprocité qui n’est jamais ennuyeuse car elle nous surprend à chaque rencontre, cette surprise de découvrir et de redécouvrir sans cesse que je suis merveilleux parce que je suis unique, comme l’autre que tu es est merveilleux parce qu’il est unique. Mais c’est un unique qui grandit, progresse, s’épanouit chaque jour un peu plus, en acceptant d’accueillir et de se donner au « toi » de l’autre, comme des échos qui se répondent à l’infini sans jamais se lasser. Alors mon « moi » est toujours mon « moi », il ne pourra jamais devenir quelqu’un d’autre, mais il sera chaque jour plus empli de toi, un « toi » qui lui donne la lumière et qui la prend de moi, un toi qui me fait être comme toi, mais qui me fait être en même temps plus moi-même comme le miracle de la nature où jamais aucun être n’est complètement semblable à l’autre, mais en même temps si proche de l’autre, enrichi sans cesse du parfum et de la couleur de l’autre qu’il reproduit avec ses accents à lui toujours plus personnels et universels en même temps.

    Miracle de la nature et miracle de l’amour qui est le secret de la nature pour lequel nous sommes venus au monde. Alors merci encore d’avoir été là, spécialement dans les moments délicats, et merci d’être là encore aujourd’hui pour cette nouvelle étape. Et tu peux avoir la certitude que tout ce qui me restera à vivre sera pour plonger un peu plus encore dans ce mystère du « moi » et du « toi » qui est comme la musique de l’univers, ce lieu mystérieux où le beau, le bon et le bien s’entremêlent dans une symphonie à la fois présente et éternelle qui ne cesse de nous rassasier pour toujours !

     


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  • Nos bien chers autres

    Et nous voilà arrivés à notre troisième et dernier filtre sans lequel tout risquerait en fait de se déformer. Car Dieu, dans son amour trinitaire, ne pouvait pas faire autrement que de créer pour nous sur terre une nouvelle trinité à son image : moi, Dieu et les autres, ou Dieu, les autres et moi, ou les autres, Dieu et moi… Peu importe dans quel ordre nous nous y prenons, l’important c’est que les trois piliers de notre trinité soient bien là, toujours et à chaque instant et continuent à se répondre comme les échos de cette extraordinaire symphonie d’amour.

    Et combien il est facile, ici encore, de dévier de la route par laquelle Dieu nous invite à entrer dans son paradis. Un exemple ? Concentrer toute notre vie sur notre relation avec Dieu comme notre unique trésor, et nous renfermer sur ce rapport avec Dieu sans rien comprendre du trésor que devraient être pour nous tous ces frères et sœurs en humanité. Car on peut finir par aimer son prochain par devoir, simplement pour se servir de ce faux amour pour parvenir à une sorte de fausse sainteté égoïste où le prochain n’est plus aimé pour lui-même mais comme un instrument dont on se sert pour parvenir à ses fins en continuant à se regarder soi-même…

    Chiara Lubich disait toujours que chacun de nous est comme dans un immense jardin rempli de fleurs merveilleuses de toutes les couleurs et de tous les parfums. Alors il n’est pas raisonnable ni logique de passer notre vie à nous concentrer sur une seule fleur, la présence de Dieu dans notre cœur, sans même nous rendre compte que Dieu est aussi là qui nous attend par sa présence dans toutes les autres fleurs du jardin. Alors je regarde seulement ma fleur, je jouis de sa beauté et de son parfum, j’en connais tous les détails, mais je n’ai aucune idée de la beauté des autres qui pourraient tellement me donner et à qui en même temps je pourrais moi-même tellement donner, en m’enrichissant de ses fleurs et en les enrichissant réciproquement.

    Alors quel est finalement le plus grand cadeau que Dieu nous a donné et continue à nous donner chaque jour ? C’est l’unité et l’harmonie entre tous ces trésors qui se complètent et s’illuminent réciproquement. C’est l’amour qui circule de Dieu à moi et à l’autre, de moi à Dieu et à l’autre, à tous les autres, dans la variété d’un amour qui devient chaque jour une nouvelle surprise. Mais à condition que je sache à chaque instant sortir de mon centre pour entrer dans le centre de Dieu et le centre de l’autre, sans avoir peur d’y perdre quelque chose. Car c’est Dieu en moi et dans l’autre qui va ensuite à chaque instant me combler de ses dons sans que j’aie besoin d’être jamais préoccupé pour moi-même. N’est-ce pas déjà un peu ou beaucoup de paradis sur terre ?

     


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  • Notre bien cher Dieu 

    Bien sûr que c’est Dieu lui-même qui est notre cadeau le plus grand. Et c’est là notre deuxième filtre pour entrer dans la lumière de la réalité divine et humaine qui nous entoure. Le deuxième filtre et pas le premier ? Oui, évidemment, dans le sens que si nous n’avions pas notre cher « moi », nous ne pourrions même pas nous rendre compte que Dieu est là et qu’il nous aime. Mais une fois comprise cette explication, voilà enfin arrivé le moment de nous plonger dans ce cadeau des cadeaux qui est ce Dieu Amour qui est la source de la vie, de l’unité et de l’harmonie de l’univers et en même temps l’être qui se donne à moi et à chacun de nous et qui nous permet à chaque instant d’être ce que nous sommes et de faire ce que nous faisons.

    Mais comme tout est fait dans la vie, dans ce dessein éternel de Dieu sur toutes choses, pour participer à une immense symphonie d’amour entre les réalités, les choses, les personnes et les êtres, la clé de tout n’est pas de comprendre seulement qu’il y a ce « moi » d’un côté, Dieu de l’autre et les autres « moi » encore un peu plus loin. Car tout cela ne servirait à rien si chaque réalité était toute seule dans son coin, et ce qui fait la beauté de l’univers c’est cette relation entre tout cela. Notre cher Dieu n’a de sens que s’il est en relation d’amour et d’harmonie merveilleuse avec notre cher « moi ». Et c’est là à la fois notre plus grand trésor, notre plus grand défi et la source d’un bonheur qui peut si vite se transformer en le plus grand des malheurs si nous nous y prenons de travers.

    Et il est si facile de s’y prendre de travers. Vouloir par exemple se servir de Dieu au lieu de le servir et de l’aimer. Vouloir posséder Dieu, exiger de lui qu’il exauce tous nos caprices, sans essayer de comprendre ce qui est véritablement le bien pour lequel nous avons été créés. Mais ce n’est pas la peine d’allonger une liste qui serait seulement celle de toutes nos déviations et perversités qui finissent par transformer notre univers du paradis qu’il devrait être en un immense enfer dont on n’arrive plus à sortir.

    La clé de tout c’est de vivre ici déjà sur terre comme le Père et le Fils vivent de toute éternité entre eux dans le ciel dans l’Esprit. Le Fils est le centre de l’attention et de l’amour du Père dans l’Esprit et le Père est le centre de l’attention et de l’amour du Fils dans l’Esprit. Et nous n’avons rien d’autre à faire que de les imiter. Le jour où je commence à comprendre que n’ai pas été créé pour me regarder mais pour sortir de moi, pour me décentrer et pour vivre pour l’autre, pour « vivre l’autre », tout s’éclaire et s’harmonise.

    Oui, Dieu m’a créé pour que je l’aime. Mais oui, pauvre de moi, avec mon cœur si petit et toutes mes limites, voilà que Dieu m’invite à être son partenaire dans l’amour. Moi, en toute humilité et en même temps avec une immense fierté, je peux aimer Dieu, pas comme on aime un de ces produits de la société de consommation, mais comme on aime quelqu’un pour qui on est prêt à donner sa vie, toute sa vie.

    Moi, si je veux, si je le décide pour toujours et chaque jour, je peux faire le bonheur de Dieu, je peux lui faire sentir qu’il n’a pas eu tort de me créer, que je lui suis immensément reconnaissant et que je n’ai désormais plus d’autre chose à faire que de me laisser porter par lui et collaborer à son immense travail de création et de recréation de tout ce qui vit dans l’univers.

    Alors la prière elle-même prend un autre sens. Elle n’est plus une sorte de rite magique pour parvenir à mes désirs plus ou moins égoïstes et de courte vue. Elle est ce dialogue d’amour incessant entre deux associés qui s’aiment, qui s’écoutent, qui se complètent et qui avancent la main dans la main, le cœur dans le cœur, l’esprit dans l’esprit pour que ce paradis souvent perdu revienne s’installer parmi nous déjà pendant notre séjour sur terre… (Affaire encore à suivre)

     


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  • Notre bien cher « moi »

    Nous disions dans le premier article quelle chance nous avons non seulement d’avoir reçu la vie de Dieu, mais aussi de nous en rendre compte, d’en avoir une conscience plus ou moins pleine. C’est que Dieu nous a donné à la fois la vie et des filtres pour savoir goûter cette vie. Et le premier filtre que nous recevons certainement à notre naissance c’est le mystère incroyable de notre « moi ».

    Penser que dans tout l’univers il n’y a que moi qui vois les choses comme je les vois, qui entends ou qui sens les choses comme moi je les entends et je les sens. Il n’y a que moi qui veux ce que je veux, qui pense ce que je pense. Personne ne peut savoir exactement ce qui se passe dans ma tête ou dans mon cœur, même s’ils peuvent le deviner en partie, mais je suis vraiment unique. Et chacun est unique à son tour. Et cela est tellement beau et il ne devrait jamais y avoir de jalousie à ce niveau. On peut être jaloux des richesses que l’autre possède, mais pas de ce qui fait l’intérieur ou l’intimité de son moi. La seule petite difficulté, c’est que je ne vois pas mon dos ou le dessus de ma tête, mais ce n’est tout de même pas bien grave quand on le compare à tout le reste que je suis seul à pouvoir saisir et vivre…

    Et Dieu me fait comprendre que tout cela est le cadeau qu’il a pensé pour moi, de toute éternité. Il m’a voulu comme une goutte de divin descendue sur la terre pour y porter des reflets de ciel, des reflets que personne d’autre ne peut me prendre. Et cela fait toute ma beauté particulière, mon trésor. Alors, si Dieu m’a voulu comme ça, c’est sûrement pour mon bonheur. Mais c’est là que quelque chose ne va pas. Si Dieu aime tellement ce « moi » qu’il a inventé, pourquoi la triste réalité est-elle si souvent que ce « moi » devient la source même de mon malheur ? Mon pauvre « moi » devient le centre d’un égoïsme et d’un orgueil tellement monstrueux qu’ils me coupent de tout le reste de l’humanité et même de l’univers, alors que je sens confusément que je devrais être en harmonie avec tout cela, mais que j’ai perdu la boussole.

    La réponse à tout cela est si simple quand on regarde la Trinité qu’on se demande où, comment et pourquoi nous avons tellement perdu notre route en chemin. Et vous savez d’où vient la confusion ? C’est que notre moi est tellement beau que nous avons cru stupidement qu’il était le centre de l’univers, le but de notre vie, et nous avons tout gâché. Alors que dans la Trinité, le centre et le but du Père, c’est la vie du Fils dans l’Esprit. Et le centre et le but du Fils, c’est le Père dans l’Esprit. Chacune des Personnes divines de la Trinité ne pense qu’à accueillir la vie des deux autres et à leur donner sa vie.

    Quand nous avons compris cette immense vérité toute bête et que nous commençons à la mettre en pratique, tout va changer. Le but de ma vie, de chacune de mes journées, c’est d’abord de donner ma vie pour Dieu et pour les autres, avec ce miracle que je vais voir Dieu et ces autres prendre soin de moi bien mieux que je n’aurais su le faire moi-même. Et la logique de l’amour trinitaire gagne alors tout de suite la bataille. Car je n’ai même pas à devoir défendre mon moi contre Dieu et les autres, puisque ce sont eux qui m’aiment plus que moi-même j’en serais capable. Et c’est déjà le paradis sur terre… Affaire à suivre…


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  • 1)      Un festival de trésors (suite)

    … Puis il y a le trésor de la résurrection. Une résurrection perpétuelle qui fait vraiment que chaque mort porte beaucoup de fruit, que toute souffrance porte en elle une lumière inouïe, une nouvelle création. Comme l’hiver prépare le printemps et que la chenille qui semble disparaître se transforme en réalité en un papillon qui se met à voler de ses propres ailes, symbole de beauté et de liberté tout à la fois. La résurrection, c’est l’assurance que la souffrance et la mort n’auront jamais le dernier mot, et cela change tout évidemment. Encore faut-il être prêt à passer par des nuits parfois terribles dont nous ne comprendrons sans doute le sens véritable qu’une fois arrivés dans l’au-delà, mais les saints qui se sont laissés pénétrer jusqu’au fond par la nuit sont les témoins pour toujours de ce mystère à la fois terrible et merveilleux…

    Pour dire tout cela avec des mots encore plus simples, un des plus grands cadeaux de Dieu, c’est qu’avec lui et en lui le positif est toujours présent. Le positif dans notre vie n’est pas l’absence ou le contraire du négatif. Tout serait alors tellement triste. Avec ce risque de diviser l’humanité entre ceux qui ont eu la chance d’avoir une vie plus ou moins heureuse et ceux qui n’ont connu que le malheur. Non, le positif en nous et autour de nous ne dépend pas de la quantité de négatif que nous devons affronter chaque jour. Et le miracle de Dieu est qu’il est capable de nous faire sentir, découvrir ou expérimenter le positif le plus incroyable là où tout ne semblerait que difficultés, problèmes ou tragédies. Comme cette lumière impossible qui jaillit du regard d’un moribond en train de saluer sa famille pour la dernière fois sur la terre et qui nous laisse dans le cœur une paix de paradis qui semble un rêve mais que chacun de nous a sans doute eu la chance et la joie de rencontrer à certains moments de sa vie…

    Et je finirai pour aujourd’hui en parlant seulement de la réciprocité. La réciprocité entre nous les hommes, c’est déjà le parfum de la vie du ciel sur la terre. Quand j’aime l’autre et que je me laisse aimer par lui, à la fois semblable à moi et tellement différent, je me libère de toutes les peurs. Je n’ai plus à me préoccuper des réactions de l’autre, j’ai seulement à vouloir le bien de l’autre et à lui donner ma vie de tout mon cœur. Alors l’autre ne pourra plus faire autrement que de répondre à l’amour par amour. Car la réciprocité est la purification de l’amour, la garantie que personne n’essaye plus de posséder ou de dominer l’autre, car mon but est désormais jusqu’à la fin de ma vie de « vivre l’autre », c’est-à-dire de le faire vivre, en étant tranquille que pendant que je pense à l’autre, c’est l’autre qui pense à moi bien mieux que si j’essayais de le faire tout seul…

    Paroles de rêves ? Impossibles à vivre ? Loin de la pauvre réalité que nous rencontrons tous les jours ? C’est ce que nous verrons bientôt dans notre prochain article…

     


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