• Reflets du paradis

    Il est sans doute impossible ou au moins dangereux de regarder le soleil en face. Le paradis est peut-être trop fort pour notre regard sur cette terre, mais rien ne nous empêche de contempler ses reflets comme ceux de notre soleil levant qui enflamme soudain l'horizon devant nous.

  • Ce matin, j’ai envie de réagir à la formule d’une prière que je vois circuler souvent dans les réseaux sociaux sur Facebook : « Seigneur, mon cœur ne trouvera le repos qu’en toi ! »

    C’est certainement une belle prière. Encore faudrait-il la remettre dans le contexte ou les contextes où elle a pu être prononcée, car on pourrait faire dire à une telle phrase beaucoup de choses parfois contradictoires. On pourrait penser que c’est simplement un bel élan d’amour envers Dieu, qui peut faire du bien. On peut aussi y voir la tentation d’une personne qui cherche son refuge en Dieu parce que le monde autour d’elle est trop difficile et ce serait en quelque sorte une fuite du monde…

    Il est bien évident qu’on ne trouvera le repos qu’en Dieu. Dans quelques années au paradis, mais déjà ici sur cette terre. Mais ici-bas où se trouve ce Dieu qui va nous donner le repos ? Dans la prière, bien sûr, dans l’eucharistie à laquelle nous pouvons nous nourrir chaque jour. Mais aussi dans la Parole de Dieu qui est une autre nourriture…

    Et l’on oublie souvent que cette Parole est là pour nous rappeler que Dieu, ici-bas, est particulièrement présent dans nos frères et nos sœurs et encore plus quand nous sommes unis et que nous nous aimons les uns les autres dans la réciprocité.

    Une des plus belles expériences que nous pouvons faire dans notre vie, c’est quand nous commençons à « trouver le repos » dans des relations vraies, sincères et profondes avec les personnes que nous côtoyons chaque jour. Alors la vie devient une aventure merveilleuse, car chaque prochain rencontré en chemin, du matin au soir, peut devenir une occasion de « me reposer en Dieu » et de le faire reposer lui-même en même temps. Et l’on découvre alors la joie immense de trouver le vrai repos quand nous-mêmes nous sommes en train de le donner aux autres. C’est cela le véritable secret de la vie chrétienne et de la vie tout court. Vous ne pensez pas ?


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  • Oui, j’ai publié de nouveau cette phrase la semaine dernière : « Il est encore plus beau d’aimer que d’être aimé. » Une de mes meilleures lectrices me répond : « Pas d’accord » Et quand je lui demande pourquoi, elle me dit bien simplement : « Mais c’est toi qui dis que la relation doit être réciproque ! » J’aime bien ce genre de provocations constructives qui peuvent aider à aller encore plus en profondeur : je vais mieux m’expliquer.

    Il est bien évident que c’est très beau d’être aimé, de trouver quelqu’un qui nous accepte tel que nous sommes, qui est content ou heureux de nous voir, qui nous comble d’attentions ou d’affection. Et d’ailleurs nous avons commencé notre vie en étant aimés tout d’abord, par nos parents et notre entourage, avant d’apprendre nous-mêmes à répondre à cet amour.

    Mais nous nous sommes peu à peu jetés à l’eau nous aussi, à aimer les autres et à leur donner de nous-mêmes, avec plus ou moins de réussite, avec des hauts et des bas, mais nous avons commencé à faire l’expérience si belle de la réciprocité, dans laquelle ce n’est plus important de savoir qui a commencé à aimer le premier, car nous sentons une telle harmonie entre nous que le reste devient secondaire.

    Mais nous avons aussi connu les déceptions ou parfois même la trahison dans l’amour, ou bien la jalousie. Nous nous sommes donnés de tout notre cœur à certaines personnes et nous n’avons pas senti cette réciprocité en retour et, pire encore, nous avons reçu parfois du mal en échange du bien que nous avions fait.

    C’est là que nous avons dû choisir entre nous replier sur nous ou continuer à aimer quand même. Nous avons timidement découvert qu’on peut aussi pardonner, aimer gratuitement, aimer sans rien attendre en retour. Et, au-delà des gros efforts que nous avons faits au début, nous avons senti en nous une liberté nouvelle. Nous avons découvert la joie d’aimer même quand on n’est pas aimé. Puis ensuite la joie encore plus grande que cet amour parfois héroïque en nous avait commencé à faire des miracles. Et alors nous avons commencé à comprendre que notre cœur n’était désormais plus le même.

    Au début l’amour était beau, mais simplement naturel, et encore tellement fragile. Mais, à un certain moment, c’est le cœur de Dieu qui est entré en nous. Et, sans nous en rendre compte, nous avons pénétré au sein de la Trinité où le Fils et le Père s’accueillent et se donnent l’un à l’autre en l’Esprit de toute éternité. Nous avons commencé à nous apercevoir, en tout petit d’abord, et de plus en plus clairement par la suite, que nous étions en train de devenir Dieu en quelque sorte, même si avec encore tellement de rechutes.

    Mais désormais nous sentons que l’important et le plus beau, c’est d’aimer toujours comme Dieu, d’accueillir l’amour de l’autre, mais pas pour le garder pour nous, pour le posséder et le mettre égoïstement dans notre coffre-fort, mais pour aimer tout de suite en retour celui ou celle qui nous a aimés et en même temps toute l’humanité qui nous entoure. Alors l’amour n’est plus à moi ou pour moi, mais c’est encore mieux car il est en moi, comme le sens de ma vie et ma propre respiration. Et peu à peu, je deviens moi-même l’amour, car l’Amour demeure en moi et moi en Lui, et surtout l’Amour demeure en nous et nous en Lui. Car ce n’est plus que tous ensemble, avec ceux qui vivent cet amour réciproque, que nous sommes capables de vivre. Et l’on comprend alors, comme l’a dit Chiara Lubich, que « dans l’amour, l’important c’est d’aimer. » … Et cela n’enlève rien à la joie immense d’être aimés en retour, mais dans une réciprocité qui ne nous arrive jamais comme une obligation, mais avec la fraîcheur de la plus belle des gratuités !


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  • Oui, j’ai décidé d’écrire cet article dans ma rubrique « Reflets du paradis », sinon ce sera difficile de se comprendre. Car il est toujours difficile de parler de l’amour sans partir de Dieu qui est la source de cet amour… même si beaucoup de gens sans foi religieuse ont souvent de l’amour une vision qui nous ferait du bien si nous savions les écouter.

    Je vais partir d’une phrase lue ces derniers jours sur Facebook et qui m’a choqué : « Je te pardonne car je t’aime, mais je m’éloigne car je m’aime. » (Tiré du site « Sain-et-naturel.com ») A première vue, on pourrait y voir une certaine sagesse, et puis c’est déjà bien d’avoir la force de pardonner. Mais où est le malentendu et le piège ? C’est la séparation, l’opposition entre l’amour pour l’autre et l’amour pour soi-même.

    Combien de conflits, de tensions, de drames dans nos relations partent de cette confusion dans la compréhension de l’amour. Car il n’existe en fait qu’un seul amour. C’est celui qui nous a été donné gratuitement dès le jour de notre naissance, c’est cette énergie merveilleuse qui fait à la fois que les autres m’attirent et que je voudrais en même temps tout leur donner. C’est ce feu qui grandit dans notre cœur, malgré les peurs et les obstacles de toutes sortes qui voudraient l’éteindre pour nous causer moins de problèmes.

    L’amour, c’est le désir de tout partager avec l’autre et surtout d’entrer au fond de son cœur et de le laisser pénétrer dans le nôtre. L’amour, c’est ce qui nous pousse à faire de l’humanité une famille au-delà de toutes nos incompréhensions. Mais l’amour est aussi une réalité qui fatigue, qui blesse, qui déçoit, qui donne envie de se replier sur soi pour éviter de nouvelles blessures. Et c’est là qu’on commence à opposer l’amour pour soi (« J’ai bien le droit moi aussi, de chercher mon propre bonheur, je ne peux pas toujours m’occuper des autres… ») à l’amour pour notre prochain.

    C’est sûr que mon propre bonheur est important, car c’est pour être heureux que Dieu m’a créé et il est le premier à vouloir mon bien. Mais jamais Dieu n’opposera mon bonheur à celui des autres. Quand je me lave le matin, que je m’habille et prends mon petit déjeuner avant d’aller au travail, c’est seulement pour moi que je le fais ? Non, je le fais pour moi et en même temps pour les autres que je vais rencontrer sur mon chemin, pour me sentir bien pour moi et pour eux, pour pouvoir être agréable aux autres, tout en me sentant à l’aise avec moi-même. Et j’apprendrai chaque jour un peu plus que plus je me donne aux autres et je leur procure de la joie, plus je sens le paradis grandir dans mon cœur.

    Alors, bien sûr, je dois équilibrer ma vie entre des moments où je me donne et d’autres où je me repose, des moments où j’agis et d’autres où je me ressource, des moments où je suis sérieux et d’autres où je me détends. Et ce sera encore plus beau si tous ces moments se passent en compagnie d’autres frères et sœurs en humanité, même s’il est beau de pouvoir passer des moments de solitude provisoire, pour prier, pour aller au fond de soi-même.

    Ce qui est important dans l’amour, c’est qu’il est toujours ouvert. Je ne peux pas pardonner à quelqu’un et le refuser ensuite dans ma vie, ce ne serait pas du pardon, ce serait une tactique, une stratégie dans laquelle j’organiserais ma vie en pensant la dominer. Car ce qui est beau dans l’amour, c’est qu’il est toujours disponible et qu’il se laisse faire. L’amour se laisse conduire par l’esprit de Dieu au fond de notre cœur qui nous prépare chaque jour de nouvelles surprises. L’amour continue à aimer la personne qui m’a blessée, l’amour me fait espérer qu’il va changer un jour et revenir à l’harmonie passée de nos belles relations, enrichie alors par cette crise passagère… Je ne me sentirai bien et en paix avec moi-même que lorsque toutes mes défenses et mes peurs seront tombées. Je parle ici, bien sûr, de relations normales avec des personnes saines mentalement. Si nous avons affaire à des personnes malades, il y aurait un autre discours à faire qui serait ici trop long, mais toujours basé sur l’amour…

     

     

     

     

     

     

     


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  • C’est vrai que je ne parle pas beaucoup de Dieu dans ce blog, par délicatesse pour mes amis ou lecteurs qui n’ont pas de référence religieuse et avec lesquels on peut partager tout de même tellement de valeurs humaines sur le sens de la vie, de la joie ou de la souffrance, de la justice ou de la paix, de l’accueil et du don et de tant de réalités que vous trouvez par exemple dans les « tags » du blog… mais aujourd’hui j’ai envie de parler de Dieu.

    Ou plutôt, j’ai envie de vous donner un peu de ce Dieu qui brûle dans mon cœur depuis quelques temps. Nous sentons tous clairement ou confusément que nous sommes venus au monde pour aimer, pour être un don les uns pour les autres. Mais c’est parfois cet amour lui-même qui devient la source des plus grands malentendus, de conflits ou de blessures que nous nous procurons sans le vouloir et qui viennent tout gâcher.

    Nous sentons bien que seul Dieu est capable de nous aimer d’un amour total, un amour qui accepte l’autre tel qu’il est, qui le laisse tellement libre, mais qui est en même temps toujours tellement présent, prêt à se donner à lui de tout son être au premier besoin. Et ce qui est extraordinaire c’est que chacun a l’impression avec Dieu d’être le centre du monde, comme si Dieu n’avait que moi à aimer, car il est capable de me faire sentir qu’en Lui je suis la personne la plus aimée au monde, qu’il n’aime personne d’autre comme il m’aime, que pour Lui je suis vraiment unique…

    Nous savons bien en même temps que Dieu aime tous les autres hommes de la même manière, mais cela ne nous gêne pas, nous ne sommes pas jaloux. Au contraire nous sommes tellement heureux quand nous pouvons partager cette expérience avec des personnes qui nous sont chères et même avec toute l’humanité. Car nous savons bien que plus Dieu aime les autres, plus il augmentera en même temps son amour pour nous. L’amour de Dieu n’est pas une grande tarte que nous devrions nous partager en nous sacrifiant les uns pour les autres. Non, c’est le miracle d’un cœur qui se fait encore plus brûlant et plus proche en se partageant.

    Mais la découverte extraordinaire que je fais de plus en plus depuis quelques années, c’est que Dieu nous aime tellement qu’il veut nous donner son cœur. Que nous-mêmes pouvons, timidement au début, puis avec de plus en plus de conviction et d’assurance, apprendre à aimer chacun comme s’il était unique au monde et passer de l’un à l’autre avec le même feu divin en nous, capable d’écouter, de consoler, de réconforter, de faire sentir à l’autre combien il est important… sans qu’il y ait de jaloux. C’est là que tout commence : quand l’autre est tellement heureux de notre amour pour lui qu’il comprend que ce n’est plus moi seulement qui l’aime de tout mon cœur, d’un amour simplement humain, mais qu’il y a quelque chose de divin dans notre relation. Et alors chacun voudrait faire profiter les personnes qui lui sont chères de ce courant divin, qui se donne sans autre intérêt que le bonheur de l’autre qui devient en même temps le bonheur de soi-même en se partageant à l’infini. Nous avons commencé à être Dieu et, si nous ne gâchons pas tout en route par nos caprices, le cœur de Dieu va nous envahir chaque jour un peu plus… jusqu’au jour où nous serons totalement en Lui…

     


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  • Je crois qu’un des plus grands problèmes de notre vie, c’est que souvent ne savons plus distinguer entre ce qui est simplement un rêve, une illusion passagère et ce qui est la réalité durable.

    Ou bien, si : la mentalité courante, soi-disant réaliste, que nous entendons s’exprimer le plus souvent autour de nous, va nous convaincre que la vie est bien triste, que les moments de vrai bonheur ne durent pas, que les problèmes et les souffrances sont le lot de tous les hommes et qu’il est inutile de vouloir leur échapper…

    Alors, on finit par se résigner, par se méfier de toute pensée trop optimiste qui voudrait nous cacher la réalité telle qu’elle est, toute crue, comme on dit.

    Eh bien, ce matin, j’ai envie de tout renverser, de repartir à zéro, de crier bien fort que toute cette mentalité courante est aveugle et ne sait justement pas regarder en face la réalité.

    Lorsque j’aime quelqu’un de tout mon cœur et que l’autre me répond en toute réciprocité, lorsqu’ensemble avec un ami, une amie, des amis, nous partageons un grand idéal qui nous change complètement la vie, nous goûtons à des moments de bonheur infini, indicible, que nous ne voudrions plus jamais perdre.

    Mais voilà que peu à peu la peur s’empare de nous : tout cela est trop beau pour être vrai, trop beau pour durer. La vie va bientôt nous réveiller et nous ramener à cette triste réalité dont nous parlions. Et quand on a peur d’une catastrophe, cette panique finit par provoquer toute seule la catastrophe, même si cela aurait été bien possible de l’éviter.

    Alors, rêve ou réalité ? Je pense que nous sommes nés pour nous aimer et vivre le bonheur. On ne dira jamais que nous sommes nés pour souffrir, que nous avons été créés dans le but de nous rendre malheureux…

    La seule solution est d’apprendre à accepter les réalités telles qu’elles nous arrivent, jour après jour et à les faire devenir du combustible à brûler pour notre bonheur, pour notre paradis. Si tout va bien aujourd’hui avec les gens que nous aimons, profitons-en de tout notre cœur, ce n’est pas un rêve éphémère, c’est notre raison même de vivre.

    Mais si aujourd’hui tout semble aller mal, profitons-en de la même façon, car cette souffrance passagère sera aussi du combustible à brûler pour nous unir encore plus avec les autres, pour donner notre vie, pour partager l’essentiel, pour entrer au fond du cœur de l’autre qui souffre et le laisser lui aussi entrer dans notre cœur.

    A la fin tout passe, et il ne restera que ce paradis construit jour après jour dans les joies et dans les souffrances : c’est cela la réalité. Tout le reste ne sont que des occasions momentanées de profiter un peu plus de la vie, des occasions dont nous saurons nous servir pour du positif, ou bien qui nous donneront une leçon si nous n’avons pas su en profiter, mais tout sera finalement matière première pour pénétrer là où la vraie vie a un sens et nous attend…


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