• Désorientés

    Oui, notre monde est désorienté. Nous sommes tous désorientés. Qu'est-ce que cela veut dire: que nous avons perdu le Nord ou bien l'Orient? Et si l'Orient tout à coup nous redonnait sa lumière perdue?

  • Nous arrivons à la fin de notre article, même si notre dialogue ne s’arrêtera sans doute pas là, si vous m’envoyez encore d’autres commentaires.

    Notre ami nous parle d’un amour « qui serait pratiquement impossible, car nous ne sommes pas des robots, des machines à aimer, des saints exceptionnels qu’on rencontre peut-être une fois dans la vie. »

    Excusez-moi, mais ici encore je ne peux que me révolter devant des affirmations pareilles. Il est bien évident que nous ne sommes ni des robots, ni des machines. Les machines à aimer n’existent pas, car l’amour est exactement le contraire d’une machine qui est programmée à l’avance et qui est au fond complètement stupide. C’est l’amour qui est la partie la plus intelligente de l’homme, car elle utilise tous les talents les plus beaux qui se trouvent en lui : la liberté, la générosité, la persévérance, l’oubli de soi, la patience, le courage, toutes les vertus que nous pouvons imaginer et que l’on doit chercher au fond de son cœur à chaque instant, devant chaque nouvelle situation, belle ou difficile…

    Alors dire que l’amour est impossible, parce que nous ne sommes pas des machines, j’avoue que je ne comprends pas. C’est justement parce que nous ne sommes pas des machines que l’amour est toujours possible. L’amour n’est pas un programme tout fait qu’on doit exécuter sans réfléchir, c’est au contraire une invention de chaque instant, la recherche pleine de joie du bien de l’autre et de son bonheur. L’amour est un voyage sans fin vers des horizons toujours nouveaux qui s’ouvre sans cesse sur l’avenir. Et c’est pour cela qu’il est toujours possible, car l’échec d’hier n’est que la raison de la réussite de demain. L’amour apprend chaque jour et sait se recréer après chaque obstacle, sinon il ne serait pas l’amour…

    Et c’est cela qui fait que les saints sont tellement exceptionnels et tellement simples en même temps. Un saint est exactement le contraire d’une machine à aimer. Un saint est quelqu’un de faible et de limité comme nous, mais qui a accepté ses limites en toute transparence, sans honte et sans trop se regarder. Car il a décidé un jour de s’oublier pour aimer les autres. Un saint, c’est celui qui croit justement que l’amour est et sera toujours possible, même quand toutes les apparences semblent dire le contraire. Un saint, c’est la preuve que notre vie a toujours un sens quelles que soient les circonstances…

    Alors continuons à croire en la vie et en l’amour et à leur faire confiance. Qu’avons-nous à perdre en le faisant ? Une vie de routine, de médiocrité et de tristesse ? Ce serait mieux de la perdre tout de suite, cette vie-là qui n’est même plus une vie !


    votre commentaire
  • « Se contenter, disait notre ami, d’un simple amour gratuit, sans intérêt, sans rien attendre de l’autre… » Nous avons déjà expliqué que l’amour gratuit et sans intérêt engendre automatiquement la réponse de l’autre, au moins d’un autre, quel qu’il soit, car l’amour engendre toujours l’amour. Mais le grand malentendu ici est dans cette attente. J’ai déjà écrit dans un article qui s’intitulait : « S’attendre à tout… sans rien attendre » qu’il est normal et beau d’attendre. Si j’ai aimé, l’amour arrivera toujours en retour. Mais l’erreur c’est de l’attendre sous la forme que moi je voudrais lui imposer. L’amour de l’autre, sa réciprocité, va m’arriver à l’improviste sous la forme d’un beau cadeau vert, alors que moi je l’attendais rouge, ou en soirée, alors que je l’attendais le matin…

    Nous devons toujours laisser la vie, surtout la vie de l’autre suivre son cours librement. L’important est seulement de bien faire notre part de tout notre cœur et quelque chose va se passer. Où, quand, comment ? Cela n’a pas d’importance et c’est mieux que cela nous arrive comme une belle et bonne surprise inimaginable que comme la routine d’une réaction qui serait toujours la même, parce que l’autre sait à l’avance ce qui nous plaît et il va se plier à nos habitudes au lieu d’inventer son cadeau à lui de tout son cœur.

    Cela est déjà une bonne partie de ma réponse, mais nous n’avons pas encore fini. Notre ami confond tout, apparemment. Il parle de « se contenter, héroïquement, d’un simple amour gratuit… » Ce sont des mots qui ne vont pas ensemble. C’est vrai que l’amour gratuit est parfois héroïque, mais justement parce qu’il ne se contente jamais. C’est l’amour de routine, à moitié égoïste, qui se contente toujours de peu, qui se résigne à la médiocrité et qui n’attire plus personne sur son passage. Tandis que l’amour gratuit, sans intérêt particulier, sinon celui du bien de l’autre, est justement tellement héroïque qu’il va chaque jour au-delà de ses propres limites, il est capable de rebondir après chaque échec, de sauter par-dessus les obstacles, de répondre au mal par le bien, de pardonner et de toujours recommencer… cet amour-là ne se contente jamais, il invente toujours de nouveaux chemins, là où s’étaient dressées des barrières, et c’est cela qui nous permettra toujours d’espérer… (article à suivre)


    1 commentaire
  • Continuons notre révolte contre la vie bien triste de la plus grande partie des hommes et des femmes d’aujourd’hui, ces frères et ces sœurs en humanité qui n’arrêtent pas de se plaindre, alors qu’en changeant leur regard ils pourraient eux aussi trouver le bonheur.

    Repartons du sens de notre vie qui est au fond comme une vague de la mer qu’on ne peut jamais posséder, ni dominer, ni même prévoir, mais qui nous fait un bien immense quand on se laisse porter par elle et pénétrer par son eau bienfaisante.

    Notre ami disait qu’on ne peut pas vivre l’amour réciproque puisque la réciprocité de l’autre m’échappe. Ce serait comme dire que la vague de la mer ne peut pas me faire du bien, puisqu’elle n’obéit pas à mes ordres, ce serait bien ridicule. Nous avons déjà dit souvent dans ce blog que la réciprocité est justement le seul amour qu’on ne peut pas posséder ou dompter, car elle dépend totalement de la liberté de l’autre. Et alors ? Nous préférerions que l’autre soit notre esclave, qu’il nous aime comme nous voulons et quand nous voulons, qu’il soit une photocopie de nos caprices, que nous puissions toujours être sûrs de comment les choses vont se passer avec lui ? Quelle tristesse ce serait alors véritablement !

    Mais non, la beauté et la grandeur de la réciprocité sont justement dans le fait qu’elle est imprévisible, qu’elle nous surprendra toujours, puisque l’autre est tellement différent de nous, il a un autre caractère, d’autres talents, un autre rythme de vie, il me répond quand lui le sent, pas quand moi je l’attends, at avec ses qualités à lui qui me font du bien car elles m’enrichissent de tout ce qui manque encore à mon humanité limitée.

    La réciprocité, c’est l’assurance que chaque jour mon cœur va s’élargir, faire de nouvelles découvertes, mais ce ne sera évidemment jamais comme je l’avais imaginé auparavant. Et c’est là qu’est le grand malentendu : croire que cette réciprocité n’existe pas parce que je ne peux pas en être le maître, parce que je peux seulement me laisser faire par elle et la laisser pénétrer en moi. N’est-ce pas cela que nous attendons de l’amour et de l’amitié ? Nous laisser pénétrer de tout notre être, ou bien vouloir que cet amour et cette amitié soient comme un objet entre nos mains infantiles ?

    Je sais que beaucoup disent avoir fait l’expérience terrible d’avoir essayé d’aimer et d’avoir été beaucoup déçus. Eh bien, excusez-moi, mais je pense qu’ils ont mal regardé en face la réalité. L’amour en nous est comme l’eau de la mer. S’il y a l’eau, il y aura toujours des vagues, même si nous ne savons pas comment et où elles vont se déverser sur notre rivage. L’amour, l’amour vrai, engendre toujours l’amour, c’est une loi de la nature. L’amour désintéressé, qui veut d’abord le bien de l’autre est tellement contagieux qu’il entraîne l’autre à sa suite. C’est vrai que parfois une personne que nous avons tant aimée se détourne de nous ou même nous fait du mal : une sur dix, une sur cent ? Et cela nous empêche de voir toutes les autres qui sont tellement touchées par notre attitude qu’elles recherchent notre compagnie et se mettent à aimer à leur tour les gens qu’elles rencontrent ?

    C’est donc comme cela que nous pourrons vivre l’amour réciproque, ou plutôt le laisser vivre au milieu de nous, à condition que nous fassions bien sûr toute notre part. Si l’eau de notre amour se multiplie, tout ira bien, mais si elle venait à se dessécher, alors évidemment il n’y aurait plus de vagues pour nous porter, tout deviendrait vide et désespérant, mais ce serait bien de notre faute !


    1 commentaire
  • Oui, la vie est difficile, elle est pleine d’embûches, d’obstacles, de difficultés, de souffrances de toutes sortes. Nous sentons confusément que la solution se trouve lorsque nous sortons de notre solitude ou de notre égoïsme, pour nous entraider avec les autres. Mais voilà que ces autres deviennent souvent eux-mêmes des sources de problèmes au lieu de nous aider. Alors que faire ? Nous replier pour toujours sur nous-mêmes en espérant ne pas avoir trop de malchance quand même pour le reste de notre vie ?

    Je voudrais partir ce matin du commentaire d’un de mes lecteurs à tout ce que j’écris de temps en temps sur la réciprocité et l’amour réciproque, car cela donne vraiment à réfléchir : voyez plutôt !

    « Comment est-il possible de vivre l’amour réciproque, si la réciprocité de l’autre m’échappe, car il est toujours libre de répondre ou non à mon amour ? Ne doit-on pas se contenter, héroïquement, d’un simple amour gratuit, sans intérêt, sans rien attendre de l’autre, un amour qui serait pratiquement impossible, car nous ne sommes pas des robots, des machines à aimer, des saints exceptionnels qu’on rencontre peut-être une fois dans la vie ? »

    Si je reprends ces mots un par un, tout semble juste, réaliste. C’est vrai que la réciprocité de l’autre m’échappe, car en effet l’autre est toujours libre de répondre ou non à notre amour. Alors, en effet cela semble plus simple de ne rien attendre de l’autre et de l’aimer sans intérêt, d’un simple amour gratuit. Mais notre ami détruit lui-même ses propositions en disant que cet amour-là est pratiquement impossible et que nous ne sommes pas des robots ou des machines à aimer, ni des saints exceptionnels. Et quand il se demande si on doit « se contenter » d’une telle situation, sa réponse semble bien négative, sans issue : la vie et l’amour sont « pratiquement » impossibles et notre voyage sur cette terre est condamné à être bien triste : c’est à peu près la conclusion qu’il nous laisse imaginer.

    Je voudrais me révolter ici de tout mon cœur contre de telles affirmations, qui ne sont certainement pas la faute de cet ami, plein de bonne volonté mais découragé, mais le résultat de toute une mentalité qui envahit nos réseaux sociaux de tous les côtés, comme un poison qui nous pénètre sans que nous nous en rendions compte et qui nous paralyse.

    Ma « révolte » va prendre plusieurs jours et plusieurs articles, car elle va être longue. Je voudrais réagir simplement aujourd’hui contre cette mode de la sécurité à tout prix qui règne sur le monde et qui gâche tout. On voudrait tout sécuriser, on invente des assurances sur tout et sur rien, on ne vote plus désormais en politique pour des valeurs mais pour des candidats qui nous promettent qu’avec eux on sera bien plus en sécurité contre les peurs de tout genre. Et comme ça ne marche jamais vraiment, la peur augmente et le bonheur diminue. Il faut arrêter cette hémorragie du bonheur, sinon nous courons tous à la catastrophe.

    Et la première chose que nous devons bien nous mettre dans la tête et dans le cœur, c’est que nous ne possédons pas la vie, car au fond elle nous échappera toujours. Ce n’est pas seulement l’amour réciproque qui nous échappe, mais tout nous échappe au fond : le temps nous échappe, ce sang qui coule dans nos veines et toute notre santé nous échappent, notre intelligence nous échappe, la nature nous échappe, l’eau, l’air et le feu nous échappent, les relations avec ceux que nous aimons et ceux que nous n’arrivons pas à aimer nous échappent. Il est inutile d’en faire un drame, c’est cela notre condition humaine, et nous ne pourrons jamais rien y changer.

    Alors, le début du bonheur, c’est quand nous prenons finalement la vie comme elle vient et quand elle vient, en la remerciant de nous avoir fait exister, en jouissant de tout ce qu’elle nous apporte, en essayant bien sûr d’améliorer ses conditions, mais dans la limite de notre grandeur et de notre immense fragilité. Essayer de posséder ou de dominer la vie ne nous portera qu’à de grandes désillusions et mieux vaut en prendre définitivement conscience… (Article à suivre)


    1 commentaire
  • Mais combien on entend ou on lit de paroles tellement tristes sur la vie et l’optimisme ! Ce matin, je tombe sur cette phrase de Mark Twain, qui a pourtant été un grand écrivain. Mais voyez plutôt : « L’homme qui est pessimiste à 45 ans en sait trop, celui qui est optimiste après n’en sait pas assez. » Vous ne trouvez pas que tout sonne faux dans cette phrase ?

    Nous avons d’abord un écrivain qui pense sans doute en savoir plus que les autres, qui pense avoir découvert les secrets de la vie et qui a trouvé cette vie tellement triste qu’en vieillissant il est devenu pessimiste. Car l’optimiste est pour lui un pauvre homme qui n’a rien compris, qui n’est pas capable de regarder la réalité en face et qui vit dans l’illusion.

    Comme la vie est tout de même belle quelque part, il nous conseille en somme de goûter à la vie tant que nous sommes jeunes, mais sans trop la regarder au fond de sa vérité. On profite de tout ce qui peut nous donner un peu de joie et de bonheur pendant quelques années et puis, un jour, on doit tout de même apprendre ce qu’est la vérité et se résigner pour finir à la tristesse profonde de cette vérité… Ce serait cela le sens de notre vie sur cette terre ?

    Moi, je vous avoue que je n’aime pas me résigner. Je crois trop profondément que la vie est le plus grand des cadeaux et le plus grand des trésors et qu’on peut la regarder en face, les yeux dans les yeux, sans en avoir peur, bien au contraire.

    Et ce n’est pas le manque de savoir qui nous laisse un peu de bonheur et d’illusion, c’est au contraire l’expérience profonde de la vie, mais jusqu’au fond, au-delà des joies et des souffrances, là où la relation avec l’autre devient plus vraie, et plus belle que ces joies et ces souffrances, que nous parvenons enfin à une vérité qui nous libère et nous fait respirer.

    Le problème c’est qu’on veut tout savoir tout seul, comme un juge qui regarderait de l’extérieur le spectacle de l’humanité et qui mettrait des notes, de plus en plus mauvaises à tout ce qui se passe devant lui, mais sans y pénétrer jamais de l’intérieur.

    Quand on commence à entrer dans le cœur de l’autre dans la réciprocité, on commence à faire des découvertes surprenantes. On s’aperçoit que l’autre est tellement beau et aimable, au-delà des apparences qui nous avaient rebuté au départ. Car l’autre, comme chacun de nous est en général comme une belle plante en train de se dessécher parce qu’elle n’a plus été arrosée depuis longtemps. Il lui suffit seulement d’un peu d’eau pour qu’elle retrouve soudain toute sa fraîcheur, pour qu’elle nous attire de nouveau.

    Alors on n’arrête plus de savoir et de découvrir toutes les fleurs de ce jardin immense de l’humanité qui se présente devant nous. Des fleurs aux couleurs et aux parfums les plus variés, aux personnalités les plus incroyables, mais qui ont toujours quelque chose de magnifique à nous dire et à nous donner.

    Et plus nous en « savons » et plus nous comprenons que nous en « savons » encore tellement peu, mais que ce savoir de l’intérieur est une telle aventure sans fin qui nous enivre et nous appelle, et plus nous avons envie de « savoir » encore. Alors la vie au lieu de nous attrister sur la fin de nos jours, ne cesse au contraire de nous ouvrir toujours plus sur des horizons infinis qui nous font vibrer, qui nous touchent au plus profond de nous-mêmes. Puisque l’on rencontre de temps en temps de ces sages, comme ce vieil ami de 92 ans que je connais et qui se prépare à mourir dans la joie, justement parce qu’il a eu le courage de goûter au cœur de la vie, pourquoi ne pas nous convaincre que la vie peut être tellement belle, mais que cela dépend de nous ? Pourquoi ne nous laissons-nous pas faire par la vie ? Pourquoi juger de travers les gens qui ont réussi à être vraiment heureux ? Simplement pour prouver que nous, nous avons raison, et que la vie est triste ?   


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique