• Au cœur du verbe

    Que ferions-nous sans le verbe qui est le moteur de la phrase, celui qui donne vie à nos dialogues et à nos relations? Cela vaut la peine de s'arrêter parfois quelques instants pour se pencher sur un verbe, l'écouter et contempler son trésor.

  • Une nouvelle citation vue ces jours-ci sur les réseaux sociaux (tirée du site « LesBeauxProverbes.com ») et qui m’a beaucoup dérangé : « Une relation, c’est la réciprocité entre deux personnes. L’une ne doit pas tout donner et l’autre tout prendre. »

    C’est terrible, cette fausse sagesse tellement terre à terre et superficielle qui semble illuminer la vie et qui l’empêche en fait de décoller. C’est bien évident qu’une vraie relation, c’est la réciprocité entre deux personnes, ou plus. C’est ce que nous ne cessons de dire dans ce blog sur tous les tons…

    Mais pour créer cette réciprocité on devrait s’arrêter de tout donner ? Entendons-nous : il ne s’agit pas ici de donner des choses matérielles comme de l’argent. Il est bien certain que la générosité doit toujours rester équilibrée. Mais il s’agit de se donner soi-même, de donner sa vie, son cœur, son esprit, ses forces, son temps. Pourquoi y mettre des limites ? Si j’aime quelqu’un, pourquoi devrais-je mesurer mon amour ?

    Bien sûr que cet amour sera différent s’il s’agit d’un mari avec sa femme, d’une mère avec ses enfants ou de collègues de travail. Mais cela n’empêchera pas de se donner tout entier dans la transmission de ce qu’il y a de plus profond en nous. Un sourire donné à moitié, c’est comme montrer à l’autre qu’au fond il ne nous intéresse pas beaucoup…

    Mais ce qui me scandalise dans cette phrase, ce sont surtout les derniers mots : l’autre ne doit pas « tout prendre ». Mais qui a dit que quand je donne à l’autre de moi-même, en amour ou en amitié, l’autre va me prendre quelque chose ? Ce n’est plus une relation gratuite et désintéressée, c’est devenu du commerce. Cela veut dire que l’on ne comprend rien au don lui-même. Car, dans les relations humaines de réciprocité, le complément de « donner » n’est pas « prendre », mais « accueillir ». Quand l’autre se donne à moi, d’une manière ou d’une autre, je ne vais pas m’amuser à le prendre pour le posséder, je vais simplement accueillir son don de tout mon cœur.

    Quand je me donne à l’autre et que l’autre m’accueille, je ne perds rien, mais au contraire je reçois l’amitié, la confiance, la compréhension, l’émerveillement de l’autre et tout cela enrichit mon don et me donne le courage de continuer à me donner encore plus à l’avenir. Le fruit du don est donc et sera toujours l’accueil et le fruit de l’accueil est et sera toujours le don. C’est cela qui fait la beauté de la réciprocité dans nos relations humaines. Sortir de cette logique naturelle pour tomber dans la mentalité de la société de consommation ou le don de l’amitié devient un produit de supermarché que je peux prendre ou laisser selon mon humeur du moment, serait la fin de l’humanité…


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  • Respirer… oui : respirer ! c’est le verbe que j’ai choisi ce matin pour méditer un moment avec vous. C’est un petit verbe tout simple, tellement discret et silencieux… On oublie parfois que toute notre vie est une longue respiration qui se répète à l’infini, comme les vagues qui se jettent sans fin sur le rivage…

    Quand j’étais gosse, avec mes camarades de classe, nous nous amusions parfois à fermer notre bouche et à nous boucher le nez pour voir combien de temps nous étions capables de nous arrêter de respirer : en général nous tenions un peu plus d’une minute et puis c’était comme une explosion, car tout notre corps se révoltait contre cette action bizarre et violente. Je sais bien qu’il y a des plongeurs professionnels capables de rester sous l’eau quelques minutes sans oxygène, mais même pour eux cela ne peut pas durer trop longtemps non plus : certains ont risqué leur vie à ce petit jeu et quelques-uns en sont même morts. La vie n’existera jamais sans respiration.

    On parlera donc souvent de cette exigence humaine de pouvoir toujours respirer, au propre comme au figuré. Car si respirer avec ses pleins poumons est indispensable pour vivre, on parlera aussi de la possibilité de « respirer » au niveau psychologique ou spirituel. Respirer c’est s’ouvrir corps et âme à cet air pur qui nous pénètre et nous transforme en nous purifiant et en nous faisant renaître à chaque instant.

    Nous prenons de plus en plus conscience, dans le monde d’aujourd’hui, du danger mortel de cette pollution qui envahit notre atmosphère et qui nous empêche de respirer l’air pur, justement, entraînant des allergies et des maladies de toutes sortes qui nous gâchent la vie.

    Mais la société est pleine de ces contraintes dans les relations humaines qui nous rendent esclaves les uns des autres et nous empêchent d’être nous-mêmes et de respirer avec toute notre liberté et notre personnalité. Ces dictatures politiques ou médiatiques qui font que nous devenons peu à peu comme des machines ou des robots qui ne savent même plus « respirer » l’air de la confiance ou de la découverte. Combien de gens fuient leur pays ravagé par la guerre ou des injustices de toutes sortes… pour essayer d’aller « respirer » ailleurs.

    La liste serait trop longue dans une page de notre blog pour citer tous les obstacles que l’homme lui-même s’est inventés par désir de dominer ou de posséder et qui empêchent des peuples entiers de « respirer ». Alors je pense qu’un des plus beaux idéaux que nous pouvons choisir dès maintenant et jusqu’à la fin de nos jours, c’est de nous battre pour que tout le monde autour de nous puisse vraiment respirer. Si un directeur d’entreprise allait chaque matin au travail avec comme premier but de faire « respirer » ses employés, ou un professeur de faire « respirer » ses élèves, combien de choses changeraient dans nos relations sociales ! Cela vaut la peine d’essayer… et nous-mêmes apprendrons à mieux respirer, en même temps que nous aiderons l’humanité autour de nous à retrouver la joie de vivre sans ces contraintes absurdes qui ne servent qu’à attrister notre vie pour toujours.


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  • Vous aurez sans doute remarqué qu’on oppose souvent, dans la vie des tous les jours, les deux verbes prendre et donner. On vous dira que l’homme ne peut pas toujours donner, il doit bien aussi penser à prendre pour lui-même. On oppose en général ces deux actes apparemment incompatibles, ou, au mieux, on nous dit que la vie est faite d’équilibre entre prendre et donner. Sagesse populaire qui dit en partie la vérité, mais qui dérange un peu. C’est comme si on voulait nous dire que « donner » est un grand idéal très beau, mais qu’on peut l’appliquer seulement par moments, car il faut tout de même penser à soi avant de pouvoir donner, il faut être réaliste et ne pas trop se faire d’illusion. C’est pour une vie médiocre de cette sorte que nous serions venus au monde ?

    Il est bien évident que nous ne pouvons pas donner toute la journée, c’est bien normal. Et là n’est pas le problème. Alors que faire quand nous ne sommes pas en train de donner ? Eh bien simplement recevoir ou accueillir. C’est déjà tellement beau de recevoir : recevoir des amis, recevoir un message, un cadeau, une invitation, une bonne nouvelle… mais évidemment un peu moins agréable de recevoir de mauvaises nouvelles, de recevoir des coups.  Toute la journée nous avons mille occasions de recevoir. Mais là encore, il y a quelque chose qui me dérange, car on peut recevoir un cadeau et le mettre de côté sans même prendre le temps de s’y intéresser. On peut recevoir beaucoup de choses ou de personnes, sans se sentir trop impliqué, de manière superficielle.

    Alors ce qui est le véritable complément, à mon avis, du verbe « donner », c’est le verbe « accueillir ». Car accueillir, c’est recevoir de tout son cœur. Accueillir un pauvre ou un réfugié chez soi, cela peut lui changer la vie et changer la nôtre en même temps. Accueillir la souffrance des autres et même sa propre souffrance, c’est leur donner un sens qui restera encore toute notre vie, même quand cette souffrance aura disparu…

    C’est qu’en définitive, comme nous l’avons déjà écrit à plusieurs reprises dans ce blog, accueillir et donner sont tout simplement les deux visages de l’amour ou même de l’être, ce qui rend notre vie pleine, lumineuse, attirante, pour nous-mêmes et pour les autres.

    Car lorsque j’accueille un don, je n’ai qu’une envie, c’est celle de le partager avec les gens que j’aime et même avec toute l’humanité. Alors notre vie se passe dans ce mouvement de balancement perpétuel entre accueillir et donner, et il ne reste même plus de temps pour prendre, pour vouloir posséder égoïstement ce que nous venons de recevoir. Nous avons bien autre chose à faire, quand il nous reste seulement le temps de courir d’une personne à l’autre pour accueillir et pour donner et redonner, partager ou communiquer ce qui vient à peine de nous arriver. La vie ne peut plus être monotone, elle nous entraîne dans une dynamique contagieuse qui ne pourra plus s’arrêter. A essayer pour voir… si vous n’avez pas encore eu la chance de goûter à cette expérience.

     


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  • Pourquoi cette idée négative répandue en général dans l’opinion commune que le rêve est simplement une fuite de la réalité, une perte de temps ou pire encore ?

    Je voudrais ce matin essayer d’expliquer pourquoi il est si important et bénéfique d’apprendre à rêver.

    Mais partons d’abord du fameux « rêve » de Martin Luther King que l’on commence un peu à oublier :

    « Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : … que tous les hommes sont créés égaux.

    Je rêve que, un jour, sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

    Je rêve que, un jour, l'État du Mississippi lui-même, tout brûlant des feux de l'injustice, tout brûlant des feux de l'oppression, se transformera en oasis de liberté et de justice.
    Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Je fais aujourd'hui un rêve !

    Je rêve que, un jour, même en Alabama où le racisme est vicieux…, un jour, justement en Alabama, les petits garçons et petites filles noirs, les petits garçons et petites filles blancs, pourront tous se prendre par la main comme frères et sœurs. Je fais aujourd'hui un rêve !

    Je rêve que, un jour, tout vallon sera relevé, toute montagne et toute colline seront rabaissés, tout éperon deviendra une plaine, tout mamelon une trouée, et la gloire du Seigneur sera révélée à tous les êtres faits de chair tout à la fois. »

    Ce rêve a commencé aujourd’hui à se réaliser, parce que des hommes courageux ont eu l’audace de le faire…

    Alors, je voudrais vous inviter à rêver aussi avec moi. Si je me levais chaque matin en rêvant que cette journée qui s’ouvre devant nous pourrait être pleine de belles surprises qui redonneraient la paix, le bonheur et l’espoir aux gens qui souffrent autour de nous…

    Si je mettais à rêver de tout mon cœur que les guerres allaient bientôt cesser partout sur la face de la terre et qu’on abattrait finalement ces frontières stupides comme le mur de Berlin qui servent seulement à répandre la haine…

    Si je me mettais à rêver que ce matin je vais rencontrer une personne nouvelle qui va illuminer ma vie…

    Oui, je rêve qu’aujourd’hui des solutions inattendues font se présenter à mes problèmes. Je rêve de dépasser mes peurs. Je rêve de pouvoir alléger la souffrance des gens que j’aime. Je rêve de devenir capable d’accepter les autres sans y mettre toujours des conditions qui finissent par me renfermer sur moi-même. Je rêve de pouvoir faire confiance sans arrière-pensées. Je rêve de me sentir enfin libre et d’aider les autres à se libérer. Je rêve de retrouver toujours le soleil après l’orage et la lumière à la fin de chaque tunnel…

    Eh bien, je vais vous dire la vérité : cela fait quelques années que j’ai décidé d’apprendre à rêver. Et cela m’a transformé, d’abord parce que quand des occasions positives se présentent à moi, à travers un ami, un évènement inattendu, je suis beaucoup plus attentif qu’autrefois et je ne laisse plus passer ces occasions. Et puis surtout parce que, quand on accepte la réalité avec des yeux nouveaux, de tout notre cœur, on finit par y découvrir des trésors qui deviennent encore plus beaux que les rêves les plus insensés qu’on aurait osé imaginer. Comme si le rêve nous entraînait finalement au-delà même des barrières que la réalité semblait vouloir mettre devant nous pour nous empêcher d’avancer…

    Je sais que mon blog est là pour vous provoquer : alors provoquez-moi à votre tour en essayant de me prouver le contraire… ce sera peut-être le début d’un nouveau dialogue fructueux.


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  • Oui, « nous recevoir de l’autre », savez-vous que c’est une des plus belles expériences que nous puissions faire en ce monde ? Cela ne vous dit rien ? Vous avez peut-être déjà fait cette découverte sans vous en rendre compte consciemment ? Essayons de nous expliquer.

    « Recevoir » est déjà l’un des plus beaux verbes qui existent. Il est très proche du verbe « accueillir » qui est un des piliers de ce blog. Pour recevoir, il faut être à la fois passif et actif, extrêmement attentif, prêt à tout, et avoir l’esprit et le cœur complètement ouverts.

    Je peux recevoir un cadeau, bien sûr, ou un conseil, je peux recevoir des amis chez moi, je peux recevoir de bonnes ou de mauvaises nouvelles, je peux aussi recevoir des coups qui me laissent décontenancé. Ce qui est sûr c’est que nous avons tous commencé par recevoir la vie au départ et tout ce que nos parents et notre famille, puis la société autour de nous, nous ont peu à peu donné. Car tout ce que nous sommes contents de donner aujourd’hui, nous l’avons reçu auparavant un jour ou l’autre.

    Mais ce qui existe certainement de plus beau dans notre aventure humaine, c’est cette vie qui nous a été donnée gratuitement et la joie de la partager avec des gens qui nous aiment et que nous aimons. Mais c’est surtout ce « moi » qui nous a été donné à la naissance et qui s’est développé peu à peu au contact avec les autres, qui continue chaque jour à nous bouleverser, à nous émouvoir, mais aussi à nous préoccuper continuellement ou même à nous angoisser…

    Mais avons-nous pensé que ce « moi » n’est devenu conscient en nous que par rapport au « moi » des autres ? C’est la relation, parfois paisible, parfois pleine de conflits avec nos frères et nos sœurs en humanité, qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui et qui continue à chaque instant à construire ce « moi » qui nous pousse et nous attire en même temps.

    Et c’est évidemment dans l’amitié et dans l’amour que ce processus devient tellement plus clair, plus conscient et plus beau. C’est qu’à un certain moment, nous faisons cette expérience de nous perdre dans le « moi » de l’autre, pour nous donner à lui, avec le risque de ne plus bien savoir où nous en sommes. Car la tentation est toujours forte de refuser la relation, de nous isoler, pour protéger justement notre « moi » de ces intrusions qui comportent toujours un risque…

    Mais c’est alors que se passe le miracle le plus beau et le plus grand : ce « moi » que nous avons accepté de perdre un instant par amour pour le « moi » de l’autre, pour ce « toi » qui nous attire et nous fait un peu peur en même temps, voilà que l’autre nous le redonne tout à coup transformé. Nous avons eu le courage d’entrer dans le ciel de l’autre et de laisser l’autre entrer dans notre ciel. L’autre nous a « volé » notre « moi » pour un peu de temps, mais voilà qu’il nous redonne ce « moi » filtré par lui et enrichi de tout le trésor qu’il porte en lui, mais c’est toujours notre « moi », unique et distinct, mais tellement plus coloré, plus harmonieux et plus universel, car il est capable maintenant de sortir de soi pour contenir toute l’humanité. Et c’est là que nous apprenons à « recevoir notre moi de l’autre », à « nous recevoir de l’autre », comme la plus belle des surprises, sur laquelle nous ne finirons jamais de nous extasier…


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