• Au cœur du verbe

    Que ferions-nous sans le verbe qui est le moteur de la phrase, celui qui donne vie à nos dialogues et à nos relations? Cela vaut la peine de s'arrêter parfois quelques instants pour se pencher sur un verbe, l'écouter et contempler son trésor.

  • C’est un verbe qui fait rêver. Il donne une idée de passage des ténèbres à la lumière, de sortie d’un tunnel, de retour à la vie. Et puis c’est un verbe qu’on peut utiliser à la fois pour soi-même et pour les autres et qui est donc un synonyme de partage et de collaboration.

    On guérit en effet d’une maladie, d’une manie, d’une mauvaise habitude. Mais on peut aussi guérir les autres de leur propre maladie. Guérir, c’est l’espoir que le mal pourra enfin être vaincu. Guérir, c’est l’expérience de retrouver la santé ou l’harmonie là où elles semblaient perdues, et c’est en même temps une nouvelle prise de conscience heureuse de la chance que nous avons d’être toujours en vie.

    Guérir, c’est expérimenter que la maladie n’est jamais définitive, et qu’elle est en fait une sorte d’épreuve qui augmente ensuite notre énergie, notre courage et en même temps notre amour les uns pour les autres.

    Et puis si guérir est une victoire sur la maladie, c’est aussi commencer à penser que même la mort ne sera au fond qu’un passage, comme nous l’avons vécu déjà si souvent avec certains de nos proches.

    Mais, en attendant, guérir est l’occasion de nous serrer les coudes entre nous. Quand nous souffrons pour un être cher qui se sent très mal, quand nous faisons tout pour l’aider à trouver le remède ou le médecin qui pourra le sauver, quand nous passons des heures à l’assister à l’hôpital et à l’accompagner jusqu’à la guérison complète, ces moments restent inoubliables. Le mal et la souffrance sont passés, et on se souvient seulement que nous sommes entrés pour toujours dans le cœur l’un de l’autre et que l’humanité est une belle famille…


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  • Avez-vous remarqué que nos relations avec les autres sont presque toujours à l’image de la réciprocité ? Mais cela change évidemment tout si nous nous connaissons d’une connaissance réciproque, ou bien si nous nous jugeons les uns les autres ou, pire encore, si nous nous haïssons les uns les autres.

    Se connaître réciproquement dans une relation d’amitié ou d’amour, ou au moins d’estime et de bienveillance, c’est la base de l’harmonie sociale, la joie d’entrer dans l’esprit ou le cœur de l’autre sans peur et avec la plus grande transparence possible. Car la simplicité d’une telle relation crée peu à peu une si grande confiance réciproque que l’autre devient à la fois le but de ma vie, le centre de mon intérêt, le critère de mes décisions, l’ouverture toujours plus grande de ma personnalité aux dimensions de toute l’humanité.

    Tandis que si je suis moi-même le centre de tout, la base de mes critères et de mes décisions, car j’ai peur d’entrer dans la vie de l’autre et de le laisser à son tour pénétrer en moi, alors je ne pourrai plus voir l’autre que du dehors et je ne le connaîtrai jamais vraiment. Je me mettrai à l’analyser, à le juger, à essayer vainement de le comprendre sans y parvenir. Et l’autre me le rendra bien, car il se méfiera de moi, il se mettra lui aussi à me coller des étiquettes de l’extérieur. Nous passerons notre vie comme des spectateurs devant la scène d’une pièce de théâtre, mais nous ne saurons jamais ce qu’est la confiance réciproque avec quelqu’un. Et le pire sera bien sûr quand, pour nous défendre encore plus des attaques des jugements de l’autre, nous nous mettrons à nous haïr, toujours réciproquement. Notre vie sera une guerre, avec beaucoup de conflits et de blessures, dans laquelle nous croirons parfois gagner sur l’autre, mais où nous nous perdrons nous-mêmes.

    On pourrait penser que nos relations sont faites en réalité de ces trois niveaux : les amis qui entrent dans notre vie, les personnes indifférentes que nous côtoyons chaque jour, et les ennemis que nous fuyons ou que nous affrontons selon les moments. C’est une vision apparemment réaliste des choses mais qui est en fait bien triste, car elle dépend pratiquement du hasard des rencontres et des circonstances.

    Tandis que si nous décidons un jour de faire de l’autre le centre et le but de notre vie, nous rencontrerons toujours des gens qui répondront à notre ouverture de cœur, et cette relation de compréhension et d’amour réciproque de l’intérieur finira par faire tache d’huile. Le cercle de nos amis grandira à l’infini, personne ne nous deviendra plus indifférent et les conflits avec certaines personnes apparemment difficiles trouveront pour la plupart des solutions, impensables au premier abord et qui nous feront respirer. A nous de choisir dans quelle direction nous jeter et n’allons jamais nous plaindre de nos relations car il y a toujours en chacun une clé pour sortir de n’importe quel tunnel et pour retrouver la lumière…


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  • Une nouvelle citation vue ces jours-ci sur les réseaux sociaux (tirée du site « LesBeauxProverbes.com ») et qui m’a beaucoup dérangé : « Une relation, c’est la réciprocité entre deux personnes. L’une ne doit pas tout donner et l’autre tout prendre. »

    C’est terrible, cette fausse sagesse tellement terre à terre et superficielle qui semble illuminer la vie et qui l’empêche en fait de décoller. C’est bien évident qu’une vraie relation, c’est la réciprocité entre deux personnes, ou plus. C’est ce que nous ne cessons de dire dans ce blog sur tous les tons…

    Mais pour créer cette réciprocité on devrait s’arrêter de tout donner ? Entendons-nous : il ne s’agit pas ici de donner des choses matérielles comme de l’argent. Il est bien certain que la générosité doit toujours rester équilibrée. Mais il s’agit de se donner soi-même, de donner sa vie, son cœur, son esprit, ses forces, son temps. Pourquoi y mettre des limites ? Si j’aime quelqu’un, pourquoi devrais-je mesurer mon amour ?

    Bien sûr que cet amour sera différent s’il s’agit d’un mari avec sa femme, d’une mère avec ses enfants ou de collègues de travail. Mais cela n’empêchera pas de se donner tout entier dans la transmission de ce qu’il y a de plus profond en nous. Un sourire donné à moitié, c’est comme montrer à l’autre qu’au fond il ne nous intéresse pas beaucoup…

    Mais ce qui me scandalise dans cette phrase, ce sont surtout les derniers mots : l’autre ne doit pas « tout prendre ». Mais qui a dit que quand je donne à l’autre de moi-même, en amour ou en amitié, l’autre va me prendre quelque chose ? Ce n’est plus une relation gratuite et désintéressée, c’est devenu du commerce. Cela veut dire que l’on ne comprend rien au don lui-même. Car, dans les relations humaines de réciprocité, le complément de « donner » n’est pas « prendre », mais « accueillir ». Quand l’autre se donne à moi, d’une manière ou d’une autre, je ne vais pas m’amuser à le prendre pour le posséder, je vais simplement accueillir son don de tout mon cœur.

    Quand je me donne à l’autre et que l’autre m’accueille, je ne perds rien, mais au contraire je reçois l’amitié, la confiance, la compréhension, l’émerveillement de l’autre et tout cela enrichit mon don et me donne le courage de continuer à me donner encore plus à l’avenir. Le fruit du don est donc et sera toujours l’accueil et le fruit de l’accueil est et sera toujours le don. C’est cela qui fait la beauté de la réciprocité dans nos relations humaines. Sortir de cette logique naturelle pour tomber dans la mentalité de la société de consommation ou le don de l’amitié devient un produit de supermarché que je peux prendre ou laisser selon mon humeur du moment, serait la fin de l’humanité…


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  • Respirer… oui : respirer ! c’est le verbe que j’ai choisi ce matin pour méditer un moment avec vous. C’est un petit verbe tout simple, tellement discret et silencieux… On oublie parfois que toute notre vie est une longue respiration qui se répète à l’infini, comme les vagues qui se jettent sans fin sur le rivage…

    Quand j’étais gosse, avec mes camarades de classe, nous nous amusions parfois à fermer notre bouche et à nous boucher le nez pour voir combien de temps nous étions capables de nous arrêter de respirer : en général nous tenions un peu plus d’une minute et puis c’était comme une explosion, car tout notre corps se révoltait contre cette action bizarre et violente. Je sais bien qu’il y a des plongeurs professionnels capables de rester sous l’eau quelques minutes sans oxygène, mais même pour eux cela ne peut pas durer trop longtemps non plus : certains ont risqué leur vie à ce petit jeu et quelques-uns en sont même morts. La vie n’existera jamais sans respiration.

    On parlera donc souvent de cette exigence humaine de pouvoir toujours respirer, au propre comme au figuré. Car si respirer avec ses pleins poumons est indispensable pour vivre, on parlera aussi de la possibilité de « respirer » au niveau psychologique ou spirituel. Respirer c’est s’ouvrir corps et âme à cet air pur qui nous pénètre et nous transforme en nous purifiant et en nous faisant renaître à chaque instant.

    Nous prenons de plus en plus conscience, dans le monde d’aujourd’hui, du danger mortel de cette pollution qui envahit notre atmosphère et qui nous empêche de respirer l’air pur, justement, entraînant des allergies et des maladies de toutes sortes qui nous gâchent la vie.

    Mais la société est pleine de ces contraintes dans les relations humaines qui nous rendent esclaves les uns des autres et nous empêchent d’être nous-mêmes et de respirer avec toute notre liberté et notre personnalité. Ces dictatures politiques ou médiatiques qui font que nous devenons peu à peu comme des machines ou des robots qui ne savent même plus « respirer » l’air de la confiance ou de la découverte. Combien de gens fuient leur pays ravagé par la guerre ou des injustices de toutes sortes… pour essayer d’aller « respirer » ailleurs.

    La liste serait trop longue dans une page de notre blog pour citer tous les obstacles que l’homme lui-même s’est inventés par désir de dominer ou de posséder et qui empêchent des peuples entiers de « respirer ». Alors je pense qu’un des plus beaux idéaux que nous pouvons choisir dès maintenant et jusqu’à la fin de nos jours, c’est de nous battre pour que tout le monde autour de nous puisse vraiment respirer. Si un directeur d’entreprise allait chaque matin au travail avec comme premier but de faire « respirer » ses employés, ou un professeur de faire « respirer » ses élèves, combien de choses changeraient dans nos relations sociales ! Cela vaut la peine d’essayer… et nous-mêmes apprendrons à mieux respirer, en même temps que nous aiderons l’humanité autour de nous à retrouver la joie de vivre sans ces contraintes absurdes qui ne servent qu’à attrister notre vie pour toujours.


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  • Vous aurez sans doute remarqué qu’on oppose souvent, dans la vie des tous les jours, les deux verbes prendre et donner. On vous dira que l’homme ne peut pas toujours donner, il doit bien aussi penser à prendre pour lui-même. On oppose en général ces deux actes apparemment incompatibles, ou, au mieux, on nous dit que la vie est faite d’équilibre entre prendre et donner. Sagesse populaire qui dit en partie la vérité, mais qui dérange un peu. C’est comme si on voulait nous dire que « donner » est un grand idéal très beau, mais qu’on peut l’appliquer seulement par moments, car il faut tout de même penser à soi avant de pouvoir donner, il faut être réaliste et ne pas trop se faire d’illusion. C’est pour une vie médiocre de cette sorte que nous serions venus au monde ?

    Il est bien évident que nous ne pouvons pas donner toute la journée, c’est bien normal. Et là n’est pas le problème. Alors que faire quand nous ne sommes pas en train de donner ? Eh bien simplement recevoir ou accueillir. C’est déjà tellement beau de recevoir : recevoir des amis, recevoir un message, un cadeau, une invitation, une bonne nouvelle… mais évidemment un peu moins agréable de recevoir de mauvaises nouvelles, de recevoir des coups.  Toute la journée nous avons mille occasions de recevoir. Mais là encore, il y a quelque chose qui me dérange, car on peut recevoir un cadeau et le mettre de côté sans même prendre le temps de s’y intéresser. On peut recevoir beaucoup de choses ou de personnes, sans se sentir trop impliqué, de manière superficielle.

    Alors ce qui est le véritable complément, à mon avis, du verbe « donner », c’est le verbe « accueillir ». Car accueillir, c’est recevoir de tout son cœur. Accueillir un pauvre ou un réfugié chez soi, cela peut lui changer la vie et changer la nôtre en même temps. Accueillir la souffrance des autres et même sa propre souffrance, c’est leur donner un sens qui restera encore toute notre vie, même quand cette souffrance aura disparu…

    C’est qu’en définitive, comme nous l’avons déjà écrit à plusieurs reprises dans ce blog, accueillir et donner sont tout simplement les deux visages de l’amour ou même de l’être, ce qui rend notre vie pleine, lumineuse, attirante, pour nous-mêmes et pour les autres.

    Car lorsque j’accueille un don, je n’ai qu’une envie, c’est celle de le partager avec les gens que j’aime et même avec toute l’humanité. Alors notre vie se passe dans ce mouvement de balancement perpétuel entre accueillir et donner, et il ne reste même plus de temps pour prendre, pour vouloir posséder égoïstement ce que nous venons de recevoir. Nous avons bien autre chose à faire, quand il nous reste seulement le temps de courir d’une personne à l’autre pour accueillir et pour donner et redonner, partager ou communiquer ce qui vient à peine de nous arriver. La vie ne peut plus être monotone, elle nous entraîne dans une dynamique contagieuse qui ne pourra plus s’arrêter. A essayer pour voir… si vous n’avez pas encore eu la chance de goûter à cette expérience.

     


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