• Provocations

    Il y a bien sûr de bonnes provocations et des provocations méchantes.Mais n'avons-nous pas fait l'expérience quelquefois que toute provocation est au fond une excellente occasion de commencer une nouvelle étape importante de notre vie?

  • Il y a quelques jours, j’étais revenu sur Facebook sur le sujet de la « confiance » et j’avais repris quelques phrases d’un de mes vieux articles, qui disaient : « Si je commence à faire confiance à l’autre, que ce soit une personne que je connais bien depuis longtemps, ou quelqu’un que je n’avais jamais vu auparavant, cette confiance va devenir source d’eau vive à l’intérieur de nos relations. Cela va d’abord me libérer de mes peurs… » « Et je continue à penser que la confiance doit obligatoirement faire tache d’huile, c’est vraiment une loi de la nature… à condition de lui ouvrir nos portes. »

    Une de mes meilleures lectrices m’a écrit alors un commentaire intéressant sur lequel j’aimerais revenir : « L’important est de ne pas être déçu par l’un à qui nous avions fait confiance. » Je comprends très bien cette réflexion qui est en quelque sorte guidée par la prudence, et j’avais moi-même écrit un article sur ce sujet de la confiance et de la prudence. Mais je crois qu’il y a là tout de même un malentendu que je voudrais dissiper.

    Je ne vais pas entrer dans une discussion sur des cas extrêmes. Il y a toujours des cas extrêmes dans la société, comme les cas de certains criminels malades et récidivistes : leur place est certainement en prison, on ne va pas leur faire confiance une fois de trop et les laisser tuer encore quelqu’un, c’est évident. Je voudrais parler ici seulement des personnes normales que nous rencontrons toute la journée en famille, au travail et dans nos cercles de relations.

    Je vais vous choquer peut-être si je vous dis que la véritable confiance ne peut jamais être déçue ? Mais comment cela ? Il y a tellement de gens en qui nous mettons notre confiance et qui font ensuite le contraire de ce que nous attendions… C’est justement là qu’il y a un grand malentendu. C’est que le plus souvent nous faisons confiance aux gens de manière intéressée, pour obtenir des résultats, et quand les résultats n’arrivent pas, nous retirons notre confiance. C’est normal si nos relations avec les autres sont comme des relations commerciales où il faut un minimum de justice pour aller de l’avant. Mais nos relations risquent de rester bien superficielles, comme les relations commerciales justement.

    La confiance dont j’essaye de parler ici, bien timidement, parce que je sais que je suis le premier à la vivre si mal, est la confiance de l’amour qui croit en l’autre par principe, plus que lui-même ne croit en lui. C’est la confiance qui ne regarde pas les fautes et les trahisons de l’autre mais qui fait comprendre à l’autre qu’il est tellement plus beau que ses fautes et que ses faiblesses. C’est la confiance de quelqu’un qui croit en l’autre pour le trésor, peut-être caché, qui est en lui, car ce trésor ne sortira de sa prison que si le soleil de notre amour l’en fait sortir, comme une plante a besoin de lumière, d’eau et de chaleur pour sortir de la terre.

    A partir de ce moment-là, ma confiance ne va plus être pour telle ou telle personne, ou pour telle ou telle action, mais pour l’humanité tout entière. J’ai décidé à un certain moment de ma vie que je voulais faire confiance en l’humanité malgré toutes ses apparences terribles. Et je m’en suis trouvé libéré. Car, avant de transformer l’autre par ma confiance, je me rends compte de plus en plus que c’est moi qui suis en train de me transformer, de sortir d’un tas de peurs qui me paralysaient depuis mon enfance. Ah, oui, je prends des coups de temps en temps, c’est sûr. Quand on sort de chez soi, on peut avoir peur du froid, du chaud, de l’humidité… on serait plus tranquille à la maison. Quand on risque, il y a toujours des essais qui finissent mal. Mais que sont ces échecs en comparaison avec les relations innombrables que nous pouvons ainsi construire avec des personnes merveilleuses que nous n’aurions jamais découvertes si la méfiance avait gagné la bataille ? D’autant plus que lorsqu’on entre dans cette dynamique positive de la confiance réciproque, on n’est plus jamais seul et les déceptions nous touchent certainement de moins en moins. Je sais que tout n’est pas aussi simple. Un article de blog est bien trop rapide pour aller au fond du problème. Je serais heureux de continuer cet échange…


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  • Je suis tombé, il y a quelques jours, sur cette fameuse phrase de Voltaire, qui m’a fait frémir : « Le doute est un état mental désagréable, mais la certitude est ridicule. »

    Bien sûr, il faudrait reprendre la phrase de Voltaire dans son contexte, pour être honnête et ne pas lui faire dire ce qu’il n’a pas voulu dire. On doit quand même reconnaître l’influence des philosophes du siècle des Lumières sur la pensée occidentale, avec leur lutte contre l’obscurantisme…

    Mais ce genre de phrases est extrêmement dangereux, si on y réfléchit un tant soit peu. Ne voyons-nous pas déjà, dans le ton de la phrase que Voltaire est bien sûr de lui, dans son affirmation catégorique ? N’est-il pas tombé lui aussi alors dans le piège de la certitude qu’il est en train de dénoncer ? Je suis évidemment en train de jouer avec lui, si j’en reste à ce niveau.

    Je voudrais en fait aller beaucoup plus loin dans ma critique constructive. Voltaire a bien raison de vouloir dire qu’une grande partie de nos certitudes est basée sur des illusions ou, pire encore, sur des tromperies. Les illusions, ce n’est pas notre faute en général : on s’est simplement trompé sur la marchandise, en étant sans doute de bonne foi. Les tromperies, volontaires et assumées, pour un intérêt quelconque à défendre, c’est évidemment bien plus répréhensible et condamnable, et Voltaire a tout à fait le droit de s’en prendre à ces gens qui essayent de diriger le monde en le trompant.

    Mais de là à dire que toute certitude est une illusion ou une tromperie, il y a un grand pas que je refuse absolument de faire. Il existe des certitudes importantes dans notre vie. Que le soleil brillera de nouveau demain matin après la nuit. Que la terre est ronde et que l’eau est un élément indispensable à toute vie… On nous dira que Voltaire voulait sans doute parler à un niveau plus abstrait ou philosophique. Mais même à ce niveau, serait-il interdit d’avoir des certitudes ?

    La vie et la mort ne sont-elles pas des certitudes ? L’amitié et l’amour sont-elles seulement des illusions ou des tromperies ? Si j’aide quelqu’un, si je le sauve d’un danger, si je viens au secours d’un malheureux, si je redonne la santé à un malade ou l’espoir à une personne désespérée, ne suis-je pas certain d’avoir fait faire un pas en avant à mon angle d’humanité ?

     

    Notre monde moderne est malade de relativisme. Pour combattre les fausses certitudes qui ont démoli notre société de l’intérieur, n’est-il pas plus intelligent de partir à la recherche de certitudes qui en vaillent la peine ? Que la confiance réciproque est beaucoup plus efficace que la méfiance ? Que la paix est mille fois mieux qu’une guerre pour réparer une injustice subie ? Que l’individualisme n’apportera jamais le bonheur, car nous sommes faits pour dépendre positivement les uns des autres ? L’humanité malade et aveugle sortira de son tunnel, le jour où, tous ensemble, nous nous convaincrons vraiment que sans certitudes, nous allons tous au suicide collectif. Tandis que des certitudes mûries ensemble (et non pas chacun dans son coin à défendre sa propre certitude contre les certitudes de l’autre) sont les seuls remèdes qui nous permettront de vraiment respirer.


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  • « Plus nous faisons confiance à l'autre, plus l'autre a envie de nous faire confiance à son tour, c'est une loi de la nature. » C’est la phrase que je viens de publier il y a quelques jours pour mes amis et que je remets aujourd’hui dans ma rubrique « Provocations ».

    J’avoue que je m’attendais à plus de réactions négatives. Parce que, si je crois à ce que j’écris, je sais que cette vérité est loin d’être évidente. Combien de fois dans notre vie avons-nous fait confiance à quelqu’un qui nous a ensuite déçus et peut-être même trahis. Alors que faut-il penser ?

    Je crois qu’au fond les vérités sont toujours toutes simples. La loi de la nature, c’est celle des vases communicants. Si une bouteille est vide et que je verse de l’eau dedans, elle n’est plus vide, à moins qu’il n’y ait une fuite quelque part.

    Si je mets de la confiance là où il n’y en avait pas au départ, il est clair que la confiance va augmenter. Mais le problème ici, c’est l’autre et sa liberté. Si je verse ma confiance sur l’humanité qui en manque, cette confiance va augmenter, mais elle ne va pas forcément augmenter là où je l’attendais et c’est là que se trouve la principale difficulté.

    Je dois d’abord dire que je ne remercierai jamais assez les gens que j’ai rencontrés au départ et qui m’ont fait confiance, au-delà des apparences un peu négatives qu’ils auraient pu trouver en moi. Cette attitude inattendue, de voir des personnes qui m’aimaient, plus que moi-même j’étais capable de m’aimer, m’a bouleversé, m’a poussé à chercher à comprendre ce qui pouvait se cacher derrière cette bonté que j’aurais pu trouver naïve.

    Et lorsque j’ai décidé dans ma vie à mon tour d’essayer de faire le plus confiance possible aux gens que je rencontrais, j’ai eu beaucoup de surprises. De bonnes et de mauvaises surprises. J’ai vu des personnes se transformer complètement, comme une plante qu’on avait oublié d’arroser depuis quelques temps et qui se redresse soudain et revit. Mais j’ai vu des gens profiter de moi et me faire du mal au lieu du bien que j’avais pu leur faire…

    Je dois tout de même dire que les bonnes surprises ont été beaucoup plus nombreuses que les mauvaises. Mais le résultat de ces années de bataille pour la confiance est tout simplement extraordinaire. J’ai d’abord une confiance dans la vie qui déborde en moi que jamais je n’aurais pu imaginer au départ.

    Mais ce n’est même pas une confiance en moi, c’est une confiance dans la relation positive entre les hommes. Les gens sont attirés de voir des personnes qui s’aiment de tout leur cœur, dans la simplicité, la transparence et la réciprocité. Alors cette confiance fait tache d’huile, elle ne peut plus s’arrêter, elle est comme un torrent qui descend vers la mer, qui se heurte à une foule d’obstacles en route, mais qui finit toujours par se frayer un chemin et qui répand la vie sur son passage.

    Cela donne un sens à tout ce que l’on fait du matin au soir de chacune de nos journées. Et c’est cela que j’appelle « la loi de la nature », au-delà des petits accidents de parcours qui n’arriveront plus jamais à arrêter cet élan dynamique en nous qui ne cesse et ne cessera de se ressourcer en lui-même, pour notre joie et la joie de tant de personnes que nous rencontrons au cours de notre voyage sur cette terre.

     

     


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  • Comme une page de blog est souvent trop courte pour bien se faire comprendre, j’ai eu envie de revenir sur mon dernier article où je m’élève contre cette peur au cœur du monde chrétien qui continue à éloigner de l’Eglise et du christianisme le peu de gens qui pourraient encore y trouver une certaine lumière.

    Mais reprenons la phrase clé de l’article qui m’a fait réagir : « La pratique du yoga est incompatible avec la spiritualité chrétienne. »

    Lorsque deux réalités sont incompatibles l’une avec l’autre, elles le sont toujours dans la réciprocité. Et si je retourne la phrase, on pourra lui faire dire que le christianisme, ou au moins la spiritualité chrétienne, est incompatible avec la pratique du yoga. Mais vous ne sentez pas qu’il y a là une affirmation terriblement grave qui risque de déformer tout le message du Christ ?

    On va finir par dire que le Christ est incompatible avec les trois quarts de l’humanité ! Mais une personne responsable de l’Eglise qui se permet des mots pareils, en mesure-t-elle la portée terrible ?

    Non, il y a là un immense malentendu, qui part peut-être d’une bonne intention au départ, mais qui dénature complètement l’esprit de l’Evangile ! Le Christ que je suis (du verbe suivre) est compatible avec tout homme quel qu’il soit, avec même le plus misérable des pécheurs que Jésus est venu sauver. Le Christ est même compatible avec le péché puisqu’il a assumé le péché sur la croix, alors qu’il aurait pu s’en désolidariser complètement.

    Le Christ est solidaire de tout homme. Le seul péché qu’il a récusé de manière absolue est celui qui va contre l’Esprit, et encore faudrait-il être sûr d’avoir compris ce qu’il a voulu dire par là.

    Et lorsqu’une religion, que l’on est en droit de considérer de bonne foi, développe une recherche qui semble différente des idées du christianisme, l’Eglise d’aujourd’hui (qui revient à la source de l’Evangile) est en train de nous apprendre à y chercher les semences du Verbe, c’est-à-dire du Christ. Le Christ est là, au cœur même du yoga et de toute spiritualité qui pourrait sembler diverse de notre propre foi. Le Christ voit bien plus loin que les apparences, son regard d’amour plonge au cœur de chaque homme pour lequel il a donné sa vie.

    Ce n’est pas en pratiquant le yoga que je cours des risques, mais en cessant de vivre en moi et avec mes compagnons de route l’esprit de l’Evangile qui s’intéresse à tout homme, surtout celui qui est différent et qui m’attire : « Allez dans le monde entier proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création. » Et dans le monde entier se trouvent les pratiquants de yoga, les non-violents comme Gandhi, tous ceux qui se battent pour un monde meilleur, mais qui ont d’autres idées que nous et que le Christ aime comme il nous aime. Si c’est cet esprit-là qui se perd, alors je veux bien croire que le christianisme court à sa perte, mais ce ne sera pas à cause des autres, ce sera à cause d’une maladie qu’il se sera créée lui-même de l’intérieur, par peur, par paresse, par égoïsme, ou même par hypocrisie : Dieu seul pourra en juger ! 

     

     


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  • Je ne sais pas pourquoi, mais je vois trop de peur un peu partout ces jours-ci. Je suis peut-être en train de tomber dans le piège d’avoir peur de la peur ? Il y aurait de quoi être préoccupé. Quand trop de chrétiens sont sur la défensive et continuent à se préoccuper de l’avenir du christianisme, cela pourrait en effet être un signe précurseur que le christianisme est bien malade.

    Heureusement tous les chrétiens n’ont pas peur, car je pense qu’un véritable chrétien est surtout occupé à aimer Dieu et son prochain, il n’a même pas le temps de trop se regarder.

    Mais dites-moi ce que vous pensez de ces quelques lignes tirées d’un article publié hier dans l’Orient Le Jour, le quotidien libanais en langue française :

    « La pratique du yoga est incompatible avec la spiritualité chrétienne, a estimé vendredi le Centre catholique d'information (CCI).

    "Face à la campagne médiatique dont bénéficie le yoga, et la désinformation consistant à cantonner cette pratique à un exercice physique faisant appel à des techniques de respiration et de détente, le CCI tient à alerter les croyants sur les dangers de l'utilisation de ces techniques de méditation venues de l'Asie de l'Est et sur l'éventualité qu'elles pourraient être compatibles avec la méditation chrétienne", indique le communiqué publié vendredi par le CCI.

    "La spiritualité du yoga est contraire à la spiritualité chrétienne... »

    Moi, je ne comprends plus ce christianisme frileux et perdu d’avance qui se replie sur lui-même au lieu de conquérir le monde à l’amour du Christ, cet amour à la fois avec Dieu et entre les hommes qui fait respirer, qui libère. Lorsqu’on voit partout le négatif et des dangers menaçants, c’est qu’on a commencé à être vide au fond de soi-même. Et c’est cela le véritable danger. Excusez-moi, mais si les chrétiens s’aimaient entre eux et aimaient tous leurs frères et sœurs en humanité, ils seraient tellement pleins de vie débordante qu’ils transformeraient le monde.

    J’ai de grands amis qui pratiquent le yoga avec joie et enthousiasme et qui sont en même temps de véritables chrétiens dans tous les sens du terme. Et si quelque part dans le monde certains chrétiens sociologiques ont trouvé dans l’hindouisme une source d’épanouissement qu’ils n’avaient pas trouvé dans le christianisme, qui sommes-nous pour juger qu’ils sont en train de se perdre ?

    Le danger n’est donc pas le yoga, mais la peur du yoga, comme la peur de l’islam ou la peur du nouveau, ou la peur du réfugié, ou la peur de celui qui est différent. Et le christianisme n’est pas d’abord une spiritualité ou une méditation, c’est une vie bien concrète, une relation personnelle avec un Dieu qui s’est fait homme pour nous faire Dieu avec lui. Si je l’ai vraiment découvert, comment pourrais-je revenir en arrière à cause d’une méditation ou d’une spiritualité ? Pauvre christianisme qui se sent menacé : ce n’est pas ce christianisme-là qui risque d’attirer les jeunes d’aujourd’hui ! 

     

     


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