• Ma passion des verbes

    Si vous visitez de temps en temps « L’Orient La Nuit », vous avez bien dû vous rendre compte que je suis un fanatique des verbes. Manie d’un vieil intellectuel perdu dans les livres ou les manuels de conjugaison et qui ne sait pas quoi faire de son temps ? Je vais vous montrer que c’est exactement le contraire. Les livres et les recherches intellectuelles m’intéressent de moins en moins : c’est la vie qui me passionne de plus en plus, peut-être parce que je commence à me rendre compte qu’elle ne durera pas indéfiniment sur cette terre et que je voudrais en profiter au maximum.

    Vous avez bien dû lire aussi dans mes articles cette conviction que l’homme est heureux lorsqu’il accueille cette vie pour la donner aussitôt à ses compagnons de voyage. La pire des choses serait de recevoir cette vie pour la prendre égoïstement, vouloir la posséder pour soi, pour en profiter dans son coin et la vie s’arrêterait là, bien malheureuse.

    Eh bien, cette vie qui s’arrêterait là, bien malheureuse, c’est dans les noms que je la vois, jamais dans les verbes. Je vais vous donner quelques exemples. On parle beaucoup de liberté. On se bat pour la liberté. On veut acquérir la liberté, souvent d’ailleurs aux dépends de la liberté des autres. Mais est-ce que vous connaissez quelqu’un qui « a » la liberté, qui la « possède » finalement et ne sera plus dérangé ? C’est juste de créer et d’utiliser des mots pour se comprendre, mais si on réfléchit un seul instant on voit bien que « la liberté » n’existe pas, comme une conquête que je pourrais mettre dans mon armoire ou dans un coffre-fort et la protéger des attaques des autres. Ce qui existe ce sont des personnes qui « libèrent » et « se libèrent » : beauté du verbe où la vie jaillit, se met en marche, part à la recherche, ouvre des chemins nouveaux, parvient à des conquêtes, mais n’est en même temps jamais arrivée.

    Essayons d’en venir à la foi maintenant. Vous « avez » la foi ? Et vous pensez « avoir » bien de la chance. Pauvre foi dont on a fait un dépôt qu’on pourrait presque déposer en banque et qui nous fait sentir supérieurs à ces pauvres gens qui n’ « ont pas » la foi, ou qui l’ « avaient » et qui l’ont « perdue » maintenant. Et on en est arrivé à une guerre stupide entre croyants et incroyants. Moi, je ne pense pas « avoir » la foi. Mais je « crois », ce qui veut dire que je fais confiance à quelqu’un, à quelque chose en qui je me jette tout entier et qui donne un sens à ma vie. Et croire est une recherche qui se renouvelle chaque jour et à chaque instant. Croire c’est toujours lutter, se donner pour arriver à plus de lumière. Croire c’est chercher ensemble, partager les doutes et les moments de crise, ne pas éviter les questions qui dérangent, être capables d’écouter et de comprendre les questions des autres. Tout homme croit à quelqu’un ou a quelque chose. C’est cela la vie.

    Et je terminerai par le pouvoir, pour ne pas être trop long. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler. Mais ça me parait tellement évident. Comme c’est beau de « pouvoir ». Pouvoir se lever le matin, pouvoir penser, aller vers les autres, pouvoir travailler, pouvoir aimer, pouvoir lutter, pouvoir accueillir et donner. Les personnes les plus malheureuses de la terre sont celles qui pourraient mais qu’on empêche de pouvoir, qui pourraient construire quelque chose de beau dans leur vie, mais à qui on enlève la possibilité de travailler, de créer, à qui on enlève le temps et l’espace où ils pourraient apprendre à être eux-mêmes et partager avec les autres. Mais qui les empêche de pouvoir ? C’est le « pouvoir » justement. Il y a des gens qui ne pouvaient plus se contenter d’être des hommes comme tout le monde, ils ont voulu arrêter ce « pouvoir » pour eux, pour le posséder, pour dominer les autres, en pensant par là qu’ils seraient plus heureux, sans réfléchir qu’on est heureux seulement tous ensemble. Quelle beauté dans ce verbe pouvoir et quel danger dans ce nom pouvoir qui est souvent la source de tous les maux ! Je sais bien que tout cela est trop rapide : ce n’est que l’article d’un blog. Mais essayez vous aussi de vivre plus, de vous libérer de vous-mêmes et de libérer les autres, essayez de croire et de pouvoir. Ne perdez pas de temps à vous disputer sur des noms où chacun met souvent la signification qu’il veut en croyant posséder je ne sais quelle vérité, mais en oubliant d’ « être » tout simplement, de vivre et de laisser la vie de ces verbes vivre en lui... « En vie de vocabulaire », comme dit notre rubrique : oui, certains mots ne sont pas seulement des mots, ils sont le cœur de nos actions, de nos batailles, de nos recherches et de toutes nos découvertes : ce sont les verbes qui ont cette fonction inouïe !


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  • Commentaires

    1
    Hayat
    Lundi 25 Mai 2015 à 09:13

    Magnifique!  Je pense surtout aux personnes qui pourraient et qu'on empêche de pouvoir !!!! Et il y a mille et une façon de les "empêcher "...Oufff ! 

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