• Les mots de janvier: Jean d'Ormesson

    [Jean d’Ormesson, écrivain français, journaliste et philosophe, vient de nous quitter le mois dernier, à l’âge de 92 ans. Ce qu’il a écrit au cours de son long voyage sur terre est une occasion de réfléchir au sens de la vie et de tout ce qu’elle contient. On peut ne pas être d’accord avec tout ce qu’il dit, mais cela ne laisse jamais indifférent.]

    Vivre est une catastrophe et c’est un grand bonheur.

    Je ne suis pas de ceux qui disent : « La situation est très mauvaise aujourd’hui, tout va mal, c’était mieux avant. » Alors, non, ce n’était pas mieux avant. Le monde a toujours été difficile et il faut toujours garder l’espérance.

    Une des clés du bonheur, c’est les autres.

    Je ne sais pas si Dieu existe mais, depuis toujours, je l’espère avec force. Parce qu’il faudrait qu’existe tout de même ailleurs quelque chose qui ressemble d’un peu plus près que chez nous à une justice et à une vérité que nous ne cessons de rechercher, que nous devons poursuivre et que nous n’atteindrons jamais. 
    De temps en temps, je l’avoue, le doute l’emporte sur l’espérance. Et, de temps en temps, l’espérance l’emporte sur le doute. Ce cruel état d’incertitude ne durera pas toujours. Grâce à Dieu, je mourrai.

    Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde.

    La naissance est le lieu de l'inégalité. L'égalité prend sa revanche avec l'approche de la mort.

    Ce qui éclaire l’existence, c’est l’espérance.

    Je t'aime dans le temps. Je t'aimerai jusqu'au bout du temps. Et quand le temps sera écoulé, alors, je t'aurai aimée. Et rien de cet amour, comme rien de ce qui a été, ne pourra jamais être effacé.

    Chacun est prisonnier de sa famille, de son milieu, de son métier, de son temps.

    L'allégresse et l'angoisse. Ce qu'il y a peut-être de plus remarquable à la fois dans l'histoire et dans l'existence de chacun d'entre nous, c'est cette sorte d'équilibre qui n'est jamais rompu entre le bonheur et le malheur. On dirait qu'une force mystérieuse les empêche l'un et l'autre de s'installer pour toujours.

    Les hommes découvrent et ils inventent. Quand ils découvrent, les unes après les autres, les lois cachées de la nature et ce qu'ils appellent la vérité, ils font de la science. Quand ils se livrent à leur imagination et qu'ils inventent ce qu'ils appellent de la beauté, ils font de l'art. La vérité est contraignante comme la nature. La beauté est libre comme l'imagination.
    Copernic découvre. Galilée découvre. Newton découvre. Einstein découvre. Et chacun d'eux détruit le système qui le précède.
    Homère invente. Virgile invente. Dante invente. Michel-Ange, Titien, Rembrandt, Shakespeare, Racine, Bach et Mozart, Baudelaire, Proust inventent. Et aucun d'entre eux ne détruit les œuvres qui le précèdent.

    Le présent est une prison sans barreaux, un filet invisible, sans odeur et sans masse, qui nous enveloppe de partout. Il n'a ni apparence ni existence, et nous n'en sortons jamais. Aucun corps, jamais, n'a vécu ailleurs que dans le présent, aucun esprit, jamais, n'a rien pensé qu'au présent. C'est dans le présent que nous nous souvenons du passé, c'est dans le présent que nous nous projetons dans l'avenir. Le présent change tout le temps et il ne cesse jamais d'être là. Et nous en sommes prisonniers.

    Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde.

    Nous avons roulé de progrès en progrès. Ils ont toujours tout changé de notre façon de sentir, de penser et de vivre. Ils n'ont jamais rien changé à notre humaine condition.

    Mourir ne me dérange pas. Je suis juste ennuyé par la perspective de ne plus pouvoir savoir ce qui va se passer.

    On peut tout dire de l'amour.
    Tout ce qu'on en dit est vrai, et le contraire aussi.

    Voilà ce que je suis, un miracle. À des milliards et des milliards d’exemplaires.

    Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c'est la présence des absents dans la mémoire des vivants.

    C'est quand il y a quelque chose au-dessus de la vie que la vie devient belle.

    Avec son passé qui n'est plus, son avenir qui n'est pas encore et son éternel présent toujours en train de s'évanouir entre souvenir et projet, le temps est la plus prodigieuse de toutes les machineries. Aucun phénomène de la nature, aucune invention humaine, aucune combinaison de l'esprit, aucune intrigue de roman, de cinéma, de théâtre ou d'opéra, si compliquée qu'elle puisse être, ne lui parvient à la cheville.

    La vie n'est pas une fête perpétuelle. Merci pour les roses, merci aussi pour les épines.

    Personne ne sait jamais ce qu'on gagne avec une naissance. On n'y gagne que des espérances, des illusions et des rêves. Il faut attendre la mort pour savoir enfin ce qu'on perd.

    Tâchons de dépasser ce qui nous oppose et de multiplier ce qui nous unit.

    La vie est belle parce qu'elle a une fin.

    L'être avec qui on meurt est aussi important que l'être de qui on naît.

    La beauté est un mystère qui danse et chante dans le temps et au-delà du temps. Depuis toujours et à jamais. Elle est incompréhensible.... Elle est dans l'œil qui regarde, dans l'oreille qui écoute autant que dans l'objet admiré... Elle est liée à l'amour. Elle est promesse de bonheur. A la façon de la joie, elle est une nostalgie d'ailleurs.

    En dépit de tant de malheurs et de tant de chagrins, c’est un bonheur d’être né.

    Faut-il à tout prix imposer aux autres une vérité dont ils ne veulent pas - et qui peut-être n'existe pas ? Mieux vaut parfois aimer les autres que de leur dire notre vérité.

    Tout le bonheur du monde est dans l'inattendu.

    Rien n'est plus proche de l'absolu qu'un amour en train de naître.

    J'ai eu de la chance. Je suis né. Je ne m'en plains pas. Je mourrai, naturellement. En attendant, je vis.

    Le portable entre nos mains prend la place du chapelet. Facebook est une communion sans Dieu, mêlée de confessions.

    Toute mort est un mystère parce que toute vie est un mystère.

    La vie pour vous sera si belle que, malgré les échecs et les souffrances que nous connaissons tous, vous aurez, je vous le dis, un peu de mal à la quitter.

    L'ambition, comme le courage, est une vertu vide : elle est digne d'estime lorsqu'elle est au service d'une grande cause ; elle est haïssable si elle tend à blesser, à humilier, à détruire.

    A chaque instant de notre vie, nous sommes en train de mourir.

    Le plaisir est une herbe folle qui pousse entre les pierres. Le bonheur est un lac très calme qui brille sous le soleil. La joie est une tempête qui tombe du ciel pour nous élever vers lui. 

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Hayat Fallah
    Dimanche 14 Janvier à 22:17
    Quel beau " recueil " des pensées de D'Ormesson !!!
    2
    Bassem
    Lundi 15 Janvier à 17:34
    Quelles belles paroles d’une grande profondeur! Quel écrivain lucide avec une espérance contagieuse! Merci Roland d’avoir rassembler ces textes.
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