• Ne jamais enfermer l'autre!

    Quand on aime quelqu’un, d’amitié ou d’amour, on sent que la vie est pleine, réalisée. Tout ce qu’on a pu vivre jusque-là de recherches et d’épreuves devient relatif ou, mieux encore, nous apparaît comme des étapes nécessaires et bienfaisantes pour construire cette relation désormais si belle avec l’autre.

    On sent confusément que la vie est faite pour des relations pareilles, où l’amour ou l’amitié nous libèrent finalement de nous-mêmes pour nous ouvrir à l’infini. Car il n’y rien de pire dans la vie que de rester enfermé en soi-même à gémir de ses problèmes, de ses échecs, de ses déceptions, à se juger soi-même en jugeant en même temps les autres et le monde entier. L’autre, ce frère ou cette sœur en humanité qui vient nous sortir de notre léthargie ou de notre tunnel en partageant avec nous ses trésors, nous met enfin sur le chemin de ce pour quoi nous avons été mis au monde : construire cette humanité où l’amour dans la réciprocité est à la fois la voie et le but, le moyen et l’horizon, le remède et l’accomplissement.

    Mais voilà qu’un danger terrible nous guette, au moment-même où nous avions l’occasion de goûter finalement pleinement à la saveur de cette vie nouvelle. Voilà que nous avons envie de tout arrêter là, comme on fixe un moment d’éternité sur la pellicule d’une photographie. Tant qu’on en reste au niveau de beaux souvenirs à partager maintenant et plus tard avec les êtres qui nous sont chers, il n’y a rien de mal, c’est un si beau moyen de multiplier la joie de tous en la distribuant. Mais lorsqu’on tombe dans le piège de fixer l’amour lui-même et l’amitié dans le tiroir de notre possession égoïste, c’est déjà le début de la fin.

    Notre amour et notre amitié vont bien vite s’envoler, car ils ne se laisseront jamais enfermer eux-mêmes dans notre pauvre prison.  Et nous nous retrouverons seuls avec nous-mêmes ou avec celui ou celle avec qui un instant plus tôt nous avions l’impression de vivre le paradis, et ce paradis se transformera bien vite en un enfer insupportable…

     

    Caricature, bien sûr, que cette description horrible. Sur cette terre rien n’est jamais complètement paradis ou complètement enfer. Et l’on peut perdre son paradis pour le retrouver un peu plus tard enrichi des expériences négatives que l’on aura vécues. Mais attention à cette tentation de vouloir toujours enfermer l’autre dans notre bonheur de peur qu’il ne s’échappe : c’est le meilleur moyen qu’il s’échappe vraiment pour toujours.


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  • Commentaires

    1
    Rosa
    Samedi 19 Août à 17:08

    Oui Roland, et c'est vrai aussi de la vie spirituelle. Et tellement courant.

     

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