• « Ainsi les derniers seront premiers et les premiers derniers. » (Mt 20,16)

    Ici notre ami Matthieu insiste beaucoup. Il vient à peine de finir le chapitre précédent en disant déjà : « Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers. » Mais que veut nous dire réellement Jésus avec ce genre d’affirmation provocatrice ? Je crois qu’en fait il se moque gentiment de nous, comme un bon éducateur qui veut nous aider à relativiser nos assurances, nos schémas tout faits, nos absolus et qui veut par là nous rendre libres, profondément libres devant tout ce qui peut nous arriver dans la vie.

    Et en même temps il veut nous pousser à arrêter pour toujours ces comparaisons entre nous qui sont souvent le fruit de la jalousie, d’une envie malsaine d’arriver toujours avant les autres et de les dominer, de les écraser, de se montrer supérieurs. Alors que l’unique préoccupation qui devrait remplir nos journées devrait être de nous demander si nous aimons réellement Dieu et notre prochain.

    Qu’est-ce que cela peut bien faire à Dieu si je suis premier en quelque chose ? Si c’est pour me sentir responsable d’un talent qu’il m’a peut-être donné plus qu’à d’autres, pourquoi pas, cela serait encore positif, à condition que je sois heureux pour les autres talents que Dieu a donnés à mes frères et à mes sœurs plus qu’à moi. Mais soyons sérieux : à quoi cela sert-il d’être premier ? Premier en classe, passe encore, si cela pousse à mieux étudier et si le premier en classe est généreux dans l’aide à ses camarades qui comprennent moins vite que lui. Premier dans un jeu ou en sport, c’est bien si c’est un jeu qui nous aide à créer un esprit de famille. Mais premier dans le travail, c’est malheureusement déjà très dangereux, parce que cela signifie souvent éliminer des concurrents pour prendre leur place et cela enferme sur soi.

    Alors on pourrait chercher à être premier en vertu ou en amour ? Mais qui sera capable de faire le classement ? Comment pourrions-nous savoir ce que nous ferions si nous étions à la place de l’autre ? Et se croire premier en vertu, n’est-ce pas le piège d’orgueil dans lequel est tombé le pharisien qui méprise le pauvre publicain et qui se détourne finalement de Dieu ? Alors laissons tout cela de côté, car Dieu a bien d’autres préoccupations pour nous. Il voudrait que nous entrions chaque jour un peu plus ou beaucoup plus dans son amour. Il voudrait tout nous donner et il serait tellement heureux que nous sachions accueillir son don de tout notre être, de tout notre cœur, de tout notre esprit et de toutes nos forces.

    Bien sûr que Dieu nous invite à aimer chaque jour toujours plus et toujours mieux, mais pas pour nous regarder et nous sentir meilleurs que les autres ou supérieurs à eux, mais pour participer toujours plus au partage de la vie divine que Jésus est venu apporter sur la terre. Car en fin de compte, c’est seulement cette participation et ce partage qui peuvent donner un sens à notre vie et nous apporter la paix et le bonheur qui seront en même temps toujours à partager de nouveau avec nos compagnons de voyage sur cette terre…

     


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  • Chers lecteurs,

    Voici la synthèse des articles de ce mois-ci, pour ceux d’entre vous qui n’ont pas réussi à tout suivre.

    Nous avons commencé notre mois, le 1er septembre par le commentaire « Matthieu 19 » sur ce nouveau chapitre de l’Evangile de Matthieu, dans « Perles de la Parole », suivi les 5, 7, 9 et 11 septembre par « Pont entre ciel et terre », « Entrer dans la vie éternelle », « Etre parfait » et « Comme il nous l’a promis », autres trésors du même chapitre.

    En réaction aux évènements douloureux que nous continuons à vivre au Liban, j’ai écrit le 3 septembre, dans la rubrique « Découvertes », « Il y a toujours un chemin pour s’en sortir ». Puis dans la rubrique « Batailles », les 17 et 19 septembre : « Arrêtons-nous ! » et « Les gestes barrières ».

    Et nous sommes revenus ensuite à notre voyage dans l’Evangile de Matthieu dans « Perles de la Parole », avec « De Marc à Matthieu 20 » le 15 du mois, puis « Matthieu 20 », le 21, et de nouvelles perles les 23, 25 et 27 septembre : « Invitation divine », « Va t’en ! » et « Bonté injuste ? », cet Evangile qui nous remet chaque fois la paix dans la cœur, surtout par les temps difficiles que nous traversons.

    Bonne lecture à chacun et chacune !


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  • « Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? » (Mt 20,14-15)

    Si on réfléchit seulement un peu à cette phrase, elle est au fond très simple et très logique, mais tellement difficile à vivre. On y trouve une vérité de fond qui est merveilleuse, extraordinaire : Dieu est bon ! Il est bon en lui-même, puisqu’il est un Dieu Amour, et il est en même temps la bonté suprême pour chacun d’entre nous. Nous le savons, au moins théoriquement, mais nous vivons presque toute notre journée, toute notre vie, comme si nous n’avions rien compris à cette vérité de fond. La preuve, c’est que nous continuons à faire sans cesse des comparaisons inutiles, mauvaises et pleines de conséquences amères. Vous ne pensez pas que c’est exactement ce qui se passe ?

    Mais voyons : le Liban vient d’être frappé par une nouvelle catastrophe. Dans l’explosion du port de Beyrouth, il y a eu des centaines de morts ou de blessés, des milliers de personnes qui ont perdu leur maisons, des personnes choquées pour longtemps et en même temps des milliers de miraculés. Car tout le monde dit qu’au lieu de 200 morts on aurait dû en avoir des milliers et chacun connaît des personnes qui ont vraiment échappé à la mort d’une manière tellement incroyable qu’il y a du miracle là-dedans. Alors on commence à se poser des questions, bien naturelles : pourquoi celui-ci a reçu un miracle du Bon Dieu et moi non ? Ou bien le contraire : pourquoi ai-je vu la mort en face, des personnes anéanties en un instant devant moi, et moi j’en suis sorti indemne ? Où est la justice de Dieu là-dedans ? Ce n’est pas une question théorique et dans les nuages, c’est ce que tout le peuple libanais est en train de vivre ces jours-ci.

    Et cette question se répète à longueur de journée quand on pense à la prière. Pourquoi cette personne prie-t-elle chaque jour depuis des années et Dieu ne la guérit pas ? Ou bien Dieu m’a longtemps exaucé et maintenant il ne répond plus à mes prières, a-t-il cessé tout à coup d’être bon avec moi ? La réponse est dans ce merveilleux passage de l’Evangile. Dieu est bon en lui-même, Dieu est bon avec chacun de nous, mais sa bonté est toujours un mystère. Car Dieu est le seul à savoir quel est notre bien. Dieu est le seul à connaître notre destin. Dieu sait que pour telle personne une maladie peut être une grâce toute spéciale dans sa vie. Dieu sait que la santé peut être un cadeau et l’absence de santé un autre cadeau. Il sait qu’une personne ne vivra même pas 20 ans et fera de sa vie un chef-d’œuvre et une autre vivra 100 ans et fera un autre chef-d’œuvre.

    Le problème n’est donc pas la bonté de Dieu, mais nos comparaisons inutiles qui se répètent, nos raisonnements qui sont faux à la base parce qu’en fait nous ne savons presque rien du mystère de notre vie et de ce qui est bien pour nous. Nous savons que ce n’est pas Dieu qui nous procure tout cette souffrance qui nous frappe, mais nous oublions que Dieu par son amour tire du bien de cette souffrance parfois en l’éloignant, parfois en permettant que nous continuions à souffrir. Quand Dieu a ressuscité Lazare, c’était un exemple extraordinaire de sa bonté, mais nous oublions que Lazare a bien dû mourir quelques années plus tard et sa mort a été elle aussi un signe de la bonté de Dieu qui l’a pris avec lui dans son paradis.

    Combien la vie devient-elle plus simple quand nous commençons à faire vraiment confiance à Dieu pour tout ce qu’il nous envoie chaque jour. Car Dieu ne travaille pas comme ces usines de prêt-à-porter pleines de vêtements standard qui sont les mêmes pour tout le monde. Dieu nous aime chacun sur mesure, chaque évènement joyeux ou douloureux qui nous arrive à tout instant de la journée a déjà un sens en soi dans la mosaïque merveilleuse de notre vie, dont nous découvrirons le dessein final quand nous serons au paradis. Mais si nous nous laissons faire dès maintenant, sans comparaisons ni calculs inutiles, nous commencerons à comprendre finalement le sens de beaucoup de choses positives ou négatives qui meublent nos journées et qui nous font mûrir et découvrir toujours plus la main de Dieu dans nos vies, même si ce sera toujours ici-bas avec une part de mystère.  


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  • « Mon ami, je ne te fais aucun tort. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour une pièce d’argent ? Prends ce qui te revient et va-t’en. » (Mt 20,13-14)

    Nous venons à peine de dire que Dieu nous invite tous à entrer dans sa vigne et qu’il ne revient jamais sur son invitation, et voilà qu’il dit à l’un de nous : « Va-t’en ! ». Où est passé tout à coup cet amour de Dieu universel et sans distinction pour tous ?

    Je crois qu’il faut bien remettre la phrase du maître de la vigne dans son contexte. Le désir de Dieu est évidemment d’inviter tout le monde à sa vigne sans exception. Mais que va-t-on faire dans sa vigne, si ce n’est nous aimer les uns les autres comme Jésus l’a déjà expliqué dès les premiers chapitres de l’Evangile de Matthieu, avec la réconciliation, le pardon, le partage, tout ce qui crée l’esprit de famille et de communauté ?

    Mais voilà qu’un des invités avec qui le maître de la vigne s’était mis d’accord, pense d’abord à lui-même et à ce qu’il peut « prendre » égoïstement pour profiter de la bonté du maître au lieu de se réjouir de la joie de ses compagnons à qui le maître voudrait que rien ne manque. Notre pauvre invité n’a rien compris à l’invitation, il n’a pas saisi l’intention du maître de créer une belle famille de gens qui s’aiment et qui partagent leurs biens en s’en faisant profiter mutuellement les uns les autres. Alors la réaction du maître est une sorte de moquerie du moment pour le provoquer et sans doute le faire réfléchir.

    Dieu en Jésus nous dit : notre paradis c’est de partager ensemble cette vie d’amour réciproque, mais si ça ne t’intéresse pas, libre à toi, prends quand même la part que je t’avais promise et va-t’en puisque c’est toi et tes possessions qui t’intéressent et non pas la vie du paradis de la vigne. Mais Jésus sait bien que notre pauvre égoïste va se mettre à réfléchir et qu’il reviendra certainement de nouveau vers le maître. Jésus n’a-t-il pas dit un peu plus tôt à Pierre, qui voulait l’empêcher de monter à Jérusalem pour y subir la passion : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ! » Quand il le faut, Jésus sait être fort, mais c’est toujours pour notre bien…


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  • « Allez, vous aussi, à ma vigne. » (Mt 20,7)

    Moi aussi ? Toi aussi ? Nous aussi ? Mais oui, c’est bien clair : quand Dieu fait une invitation, elle est toujours ouverte à chacun et à chacune, et donc à moi aussi. Mais est-ce que nous nous rendons compte seulement un peu de ce qui se passe ? Dieu lui-même est en train de nous inviter, nous aussi, à sa vigne ! Sa vigne c’est le symbole de ces fruits succulents qui donnent la vie. Sa vigne, c’est ce qu’il a planté dans son paradis de plus beau pour en faire profiter l’humanité et toute la création. Sa vigne, c’est en fait lui-même et son paradis. Parce que la vie en Dieu ne peut être autre chose que Dieu lui-même, la source de tout ce qui est. Et Dieu nous a créés pour participer à cette vie, et pour la partager avec tous nos frères et nos sœurs en humanité.

    C’est une invitation qui est aussi définitive, sur laquelle il ne reviendra pas, mais ce n’est pas un ordre. Merveille de ce Dieu qui pourrait nous obliger à faire ce qu’il veut, mais qui nous propose seulement d’entrer chez lui et en lui… si nous voulons. Dieu respecte tellement notre liberté et notre personnalité qu’il attend que nous comprenions vraiment la portée de son invitation et que nous y répondions en toute conscience.

    Et ce qui est le plus extraordinaire, c’est que Dieu sait bien que nous allons probablement dire oui à son appel, mais que nous allons nous arrêter en route ou même revenir en arrière, ou vivre dans sa vigne comme si nous étions ailleurs, et même en sortir comme si sa vigne ne nous intéressait pas. Mais Dieu est patient, il sait que nous sommes faibles et inconstants, mais il ne reviendra jamais sur son invitation, il nous l’a faite pour toujours, parce que son amour ne peut pas s’exprimer autrement.

    Et le message que Jésus a porté avec lui sur la terre, c’est qu’en fait cette invitation se répète chaque jour et à chaque instant. Ce temps que Dieu nous donne le matin à notre réveil et que nous pouvons librement remplir d’actes ou de pensées positives ou négatives, c’est déjà sa première invitation. Chaque évènement qui nous touche, qui nous surprend, qui nous donne de la joie ou qui nous fait mal, est une enveloppe mystérieuse dans laquelle se cache une invitation. Même si c’est une invitation cachée parfois derrière le mal qui règne dans ce monde, elle est toujours bien là si nous apprenons à être attentifs. Et chaque personne que nous rencontrons est en fait elle-même une invitation à entrer à travers elle dans la proximité de Dieu, comme chacun de nous est aussi, sans s’en rendre compte une porte et une invitation pour les personnes qu’il rencontre à son tour. Comme notre attitude changerait complètement si nous prenions conscience de cette responsabilité inouïe : je peux être pour mes frères une invitation à entrer en Dieu !

     


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