• « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée. » (Mt 4, 16)

    Depuis que le monde est monde, depuis que l’humanité existe, la vie est une immense bataille entre les ténèbres et la lumière. Chacun d’entre nous essaye de s’en sortir comme il peut, plus ou moins bien selon les circonstances qu’il traverse, avec beaucoup de difficultés et d’échecs au milieu de quelques victoires provisoires… c’est à peu près cela la mentalité courante dans laquelle nous baignons du matin au soir.

    Pire encore, la plupart de nos compagnons de voyage dans cette grande aventure de la vie, passent leur temps à regarder cette bataille des ténèbres et de la lumière comme des spectateurs qui se contentent de commenter ce qui se passe, qui donnent quelques jugements et quelques statistiques, pour savoir si c’est plus juste d’être optimiste ou pessimiste… et qui ne font pas grand-chose pour participer eux-mêmes à la bataille, comme si tout cela les paralysait. Et c’est pour cela que la plupart des gens continuent à se plaindre de leurs conditions de vie, de leurs collègues ou de leurs parents, de leurs patrons ou du gouvernement, de leur santé ou de la religion… et tout semble rester à peu près comme avant comme si l’on devait se résigner à prendre la vie comme un destin bien lourd où quelques personnes ont de temps en temps un peu plus de chance que les autres…

    C’est comme si Jésus n’était pas venu sur terre nous apporter la vie du ciel, comme s’il n’avait pas donné sa vie pour nous, comme s’il nous avait aimés pour rien… Alors que le jour où l’on décide de prendre au sérieux ses paroles, tout va changer. Les ténèbres vont continuer à nous envelopper, puisque nous ne sommes pas encore au paradis. Mais la lumière est arrivée et personne ne nous empêche au fond d’en profiter, si ce n’est notre propre paresse spirituelle.

    La lumière de Dieu est comme un train qui se serait arrêté devant notre porte et qui nous invite à y monter. Avec le train de la lumière, nous allons pouvoir traverser tous les obstacles, tous les tunnels, tous les nuages, toutes les nuits qui essayent de nous impressionner, mais nous serons toujours dans la lumière. L’important, c’est de ne plus descendre du train sous aucun prétexte. Ou bien seulement de descendre à chaque station pour inviter à notre tour les gens que nous aimons à monter avec nous dans le train. Alors tout prend un sens tellement différent, car les ténèbres elles-mêmes finissent par s’illuminer… mais il faut accueillir la lumière et ne plus jamais la laisser… pourquoi ne pas le faire ?

     


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  • Comme je n’arrête pas de le répéter dans ce blog, la réciprocité est peut-être le plus beau des cadeaux que l’on puisse recevoir de quelqu’un : cette amitié ou cet amour gratuits qui nous arrivent de l’autre à l’improviste comme une belle surprise qui nous comble de joie et d’émerveillement.

    Le problème c’est que nous sommes capables souvent de gâcher les plus beaux cadeaux ou de prétendre les recevoir comme si c’était un devoir de l’autre de nous le faire parvenir… et l’on commence à attendre, à prétendre si l’autre ne répond pas comme il l’avait fait la première fois : nous avons mis cette amitié ou cet amour en cage et il ne sera plus jamais libre de voler comme il le faisait à son premier élan.

    On accuse ensuite l’autre de ne pas être fidèle ou sincère, mais c’est nous qui lui avons coupé les ailes. C’est nous qui l’avons emprisonné dans nos caprices ou nos jugements… et la vie redevient bien triste.

    Un des principes de la réciprocité, c’est qu’on ne devrait jamais l’attendre, mais seulement l’accueillir quand elle nous arrive sans avoir prévenu. Mais le deuxième principe, c’est de nous dire que si la réciprocité de l’autre nous fait tellement de bien, à nous de la prendre en charge et de l’inventer à notre tour. Si je me levais le matin en pensant : à qui je pourrais aujourd’hui faire un acte d’amour gratuit, une surprise qui serait capable de l’émouvoir ou même de le bouleverser ? Qui donc je pourrais remercier de tout mon cœur avec un mot en plus de ce qu’il aurait attendu ? A qui je pourrais donner un peu de mon temps inattendu pendant la journée ? Qui je pourrais appeler au téléphone ? A qui je pourrais dire : « Tu sais que tu me manques et j’ai tellement envie de te voir ? » Ou bien : « Tu sais que je n’arrête pas de penser à toi depuis que tu m’as confié ton problème, ou depuis le jour où tu as été tellement proche de moi dans le mien ? » Quelques mots qui sortent de l’ordinaire, une petite attention spéciale, un mot de tendresse au milieu d’une épreuve, un service rendu qu’on ne m’avait même pas demandé… pour faire sentir à l’autre que notre relation ne mourra jamais, parce qu’il est trop important pour moi… et la réciprocité appelle la réciprocité et l’amour appelle l’amour et l’on peut commencer déjà à vivre le paradis sur la terre !


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  • « Le démon lui dit : ‘Tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer.’ Alors Jésus lui dit : ‘Arrière Satan ! car il est écrit : ‘C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu adoreras !’ » (Mt 4,9-10)

    Je crois qu’ici, tout est définitivement très simple : d’ailleurs, c’est la dernière tentative du diable qui s’en va dans un échec total. C’est que le diable s’est pris à son propre piège, il croit être devenu puissant comme Dieu, mais il croit que la puissance de Dieu est dans la possession. Il voit bien que Dieu est heureux quand on se prosterne devant lui, mais il croit que Dieu veut nous posséder quand nous l’adorons. Il veut faire de la concurrence à Dieu en promettant de donner à Jésus tous les royaumes du monde s’il se prosterne devant lui : il espère peut-être ainsi se venger de Dieu en le possédant. Pauvre diable ! Il oublie seulement que personne ne possède ces royaumes, pas même Dieu, et surtout que personne ne pourra jamais posséder Dieu. Car, encore une fois, Dieu n’est pas capable de posséder. Dieu est seulement capable de se donner en donnant sa vie par amour.

    Quand nous nous prosternons devant Dieu, ce n’est pas pour qu’il nous récompense par des trésors que nous allons posséder. Non, il va tout simplement nous faire entrer dans sa vie de donation et d’amour. Car le premier à adorer et à se prosterner, c’est le Fils lui-même qui se donne ainsi au Père, et le Père lui-même qui se donne au Fils dans l’Esprit Saint. Il n’y a pas d’intérêt caché là-dedans. Le trésor n’est pas une possession qu’on reçoit, mais la vie même de Dieu qu’on accueille pour la redonner aussitôt, ce sang divin qu’on laisse couler dans les veines de notre âme et de notre corps tout à la fois.

    Alors apprenons ici à nous prosterner devant Dieu et à l’adorer, pas pour qu’il nous récompense en exauçant je ne sais quelle prière, mais en nous libérant de nous-mêmes en nous faisant entrer dans le courant divin qui ne cesse de couler dans la Trinité et de la Trinité à la création pour retourner sans cesse en Dieu comme une réponse d’amour réciproque. Adorer Dieu, c’est nous jeter en lui par un mouvement de foi et d’amour tout ensemble, un mouvement où nous allons accompagner Jésus en Lui et en nous, Jésus qui tour à tour part du Père pour donner sa vie à la création et à l’humanité en elle. Et Jésus ensuite qui retourne au Père avec toute cette création et cette humanité. Mouvement perpétuel de l’amour qui ne cesse de se donner, alors que la tentation du diable était justement de tout arrêter pour posséder et pour tuer en même temps le mouvement perpétuel de l’amour. Avec Jésus il n’avait bien aucune chance de réussir. Espérons que nous saurons choisir nous aussi de quel côté nous prosterner.

     


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  • « Le vilain passé me rattrape ! » C’est l’appel au secours, le cri du cœur que je viens de recevoir d’une parente qui m’est très chère et qui se trouve dans un moment délicat de la vie. Comme on voudrait de tout son cœur, dans des moments pareils, prendre sur soi la souffrance de l’autre pour le soulager au moins un peu ! Mais on sait bien que le plus souvent on ne peut pas faire grand-chose dans de telles situations. Alors, s’avouer vaincu et abandonner l’autre à son triste sort ? Là, je ne serai jamais d’accord : tant qu’on peut faire quelque chose pour l’autre, il ne faut jamais se décourager au départ.

    Alors je voudrais dire aujourd’hui à ma parente ce qui me vient en ce moment à l’esprit et dans le cœur à son sujet. D’abord une évidence, même si elle est difficilement convaincante : c’est que le « passé » n’existe plus. Il est justement « passé » par définition, c’est-à-dire qu’il a eu lieu un jour qui n’est plus, mais il a disparu à l’horizon et il ne se représentera plus jamais, au moins de la même façon.

    Pourquoi cette peur du passé, alors que seul le présent et le futur sont désormais devant nous ? C’est là le problème : nous pensons avoir peur du futur, mais en fait nous avons encore peur du passé. Nous imaginons le futur comme une répétition de moments du passé qui nous ont traumatisés et nous avons peur de ne plus pouvoir les supporter. Nous n’avons en général jamais peur d’un futur qui serait complètement inconnu, comme un beau voyage touristique. Ce que nous craignons, parfois jusqu’à l’angoisse, c’est le retour de conflits avec des personnes, qui nous ont envenimé la vie. C’est le retour de nos faiblesses, de nos réactions disproportionnées ou violentes devant telle ou telle situation difficile. Chacun sait ce qui a été lourd dans son passé, car chacun a un passé bien différent de l’autre, mais nous sommes tous avec le souffle coupé quand nous voyons se répéter à l’horizon certaines situations qui nous ont mis auparavant complètement par terre.

    On pourrait parler sans fin de ce sujet, mais je voudrais donner ici deux petites pistes qui pourraient nous aider à sortir de ce tunnel du passé et nous ouvrir sur la lumière d’un avenir différent. La première chose, c’est qu’aujourd’hui je ne suis plus le même qu’il y a un an, deux ans et encore moins dix ou vingt ans. J’ai changé, sans même m’en rendre compte, on me dira que j’ai peut-être empiré, mais en fait j’ai certainement mûri, je sais mieux sauter devant certains obstacles. Et quand de nouveaux problèmes se présentent à moi, je devrai d’abord faire une petite cure d’optimisme et chercher à me souvenir de toutes les réalités positives que j’ai vécues ces derniers temps, des gens à qui j’ai fait du bien, des moments de partage profond, même si tout n’était pas rose, la conviction que ma vie au milieu des difficultés a trouvé de plus en plus de signification à ce qui lui arrive… à chacun de chercher au fond de lui-même cette lumière qui ne peut pas ne pas être présente, même au milieu du brouillard : et la preuve c’est que nous sommes toujours là à lutter, bien vivants.

    Et la deuxième piste, c’est celle de l’amitié, pour ne pas dire de l’amour, car l’amour est parfois trop fragile. Mais l’amitié se trouve toujours. Et dans les moments d’angoisse, il faut avoir le courage et l’humilité d’aller frapper à la porte et au cœur de ses amis sincères. On me dira que c’est parfois difficile de les trouver. J’ai déjà tellement écrit à ce sujet que j’ai peur de me répéter. Mais pourquoi, dans des moments délicats, on passe son temps à penser seulement à ces faux amis qui nous ont trahis ou abandonnés, alors qu’il y a toujours quelqu’un qui serait tellement heureux si nous allions lui demander son aide. Quelqu’un qui a peut-être justement besoin d’aimer en ce moment une personne en difficulté, parce que lui-même ne se sent pas bien, mais se rend compte confusément qu’en se donnant aux autres, ou au moins à un autre, il va retrouver la paix et la sérénité. Si l’on essaye vraiment, de toutes ses forces de se jeter dans une direction ou dans une autre, ce « passé » restera réellement « passé », il ne pourra plus nous tromper et faire semblant d’exister encore…

     

     

                                                                                    


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  • Oui, chers lecteurs, ce n’est pas une nouveauté dans ce blog, si vous me suivez depuis déjà plus de trois ans : je suis de plus en plus persuadé que pour être soi-même, il faut sortir de ce « soi-même » et entrer dans la relation la plus forte possible avec les autres.

    Sans relation, nous serions comme ces enfants sauvages abandonnés qu’on a trouvés parfois dans la forêt : ils avaient tout pour être des hommes, mais ils étaient restés comme des bêtes…

    C’est au fond une loi de la nature. Les muscles ne sont pas faits d’abord pour se reposer, mais pour travailler. Quand on se casse un bras ou une jambe et qu’on les met dans le plâtre pour plusieurs semaines, c’est toute une histoire compliquée de rééducation pour retrouver la force normale de tous ces muscles qui n’avaient plus rien fait pendant si longtemps.

    Quand je m’habitue à rester enfermé dans mon coin par désir de sécurité, je finis par avoir tellement peur des gens que je deviens sauvage. Quand je ne sais plus écouter les autres de tout mon cœur, sans commencer par des préjugés, ma vie finit par être un conflit perpétuel avec tous ceux qui ne sont pas d’accord avec moi et donc avec pratiquement tout le monde.

    Et la première chose pour laquelle je suis venu au monde, c’est pour aimer mes frères et sœurs en humanité et leur donner ma vie. C’est là que mes « muscles » spirituels, ou intellectuels, ou sociaux ou affectifs se mettent à travailler, dans le dialogue et toutes les formes de relations humaines, et c’est là que ma personnalité se forme et devient harmonieuse.

    C’est dans ce contexte que j’ai publié il y a deux jours sur Facebook une phrase qui disait : « Quand j’ai envie de donner ma vie pour l’autre de tout mon cœur, c’est là que je suis véritablement moi-même… pas quand j’essaye de défendre ce ‘moi-même’ contre les attaques de l’autre ! »

    J’ai reçu tout de suite des critiques de personnes qui protestaient, comme pour me dire : « Mais alors, on ne peut même plus se défendre si on nous attaque ? » Je n’ai jamais voulu dire cela. Si on m’attaque, c’est évident que je dois me défendre ou au moins me sauver, me mettre à l’abri. Mais ce qui est sûr c’est que ma personnalité ne va pas grandir parce que je me sauve. Ma personnalité va grandir seulement quand j’arriverai à contenir l’autre en moi au lieu de le rejeter. Car on n’élargit son cœur, son esprit et toute sa personnalité qu’en laissant pénétrer la richesse de l’autre différent à l’intérieur de nous, tout en faisant profiter l’autre de notre propre richesse. C’est là, par exemple, que le pardon, si difficile à vivre, est la plus belle réponse à une attaque, car il prépare déjà une réconciliation qui va enrichir l’autre et moi-même en même temps.

    Quand on passe son temps, aussi par exemple, à vouloir montrer qu’on a raison contre l’autre, on ne grandit pas, on élève seulement des barrières entre nous et l’autre, on est content d’écraser l’autre par nos arguments irréfutables, de lui faire perdre son assurance, pour la maigre récompense de se sentir supérieur. Alors qu’en essayant d’écouter l’autre et de le comprendre on aurait finalement fait de nouvelles découvertes merveilleuses et surprenantes.

    Alors que faire dans nos conflits de tous les jours ? D’abord ne pas perdre trop de temps à vouloir nous défendre, sauf s’il s’agit de questions graves évidemment, de problèmes qui peuvent nous gâcher la vie pour toujours, mais ce sont des problèmes tellement rares. En général on perd son temps à vouloir se défendre contre des jugements, des critiques, des paroles mal placées, en tournant le plus souvent sur nous-mêmes sans aucun résultat. Alors qu’on pourrait utiliser tout ce temps perdu et ces énergies gâchées à nous battre pour des valeurs positives, à donner notre vie pour des gens qui souffrent, à ouvrir notre esprit et notre cœur à des personnes qui auraient tellement besoin de nous. C’est comme ça que grandit notre personnalité, avec un cercle d’amis toujours plus beau et toujours plus large qui nous fait respirer et qui devient la réponse naturelle à toutes les attaques qui peuvent nous arriver de l’extérieur et qui finalement nous touchent de moins en moins. Car je suis tellement heureux de partager ma vie, mon esprit et mon cœur avec des personnes de plus en plus nombreuses et merveilleuses en même temps que ma vie devient tellement passionnante : même les épreuves finissent par devenir de nouvelles chances et non plus des problèmes sans solution…


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