• [Pour nous préparer à la lecture du chapitre 6 de l’Evangile de Luc, nous reprenons quelques commentaires publiés dans ce blog en 2019] 

    « Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur !’ pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7,21) (cf. Lc 6, 46 : « Et pourquoi m’appelez-vous en disant : ‘Seigneur ! Seigneur !’ et ne faites-vous pas ce que je dis ? »)

    Encore une petite phrase apparemment si simple et que nous connaissons par cœur… sans peut-être avoir jamais découvert son mystère ! Alors arrêtons-nous aujourd’hui pour essayer de comprendre…

    La plupart de nos prières portent souvent des fruits décevants. Nous passons notre temps à demander à ce Dieu qui devrait nous aimer de nous combler de cadeaux, de bonheur, de solutions à nos problèmes, d’assurances pour le futur, de garanties pour notre santé, notre famille, notre travail ou même de véritables miracles qui vont changer toute notre vie… et bien peu de choses se passent comme nous l’aurions souhaité, il faut bien l’avouer.

    Est-ce par ce que nous ne savons pas prier ? Est-ce parce que nous ne sommes pas cohérents, que nous prions, mais que nous ne faisons pas cette volonté de Dieu qui nous attend ? Il doit bien y avoir une erreur, une faute dans notre parcours.

    Tout le discours sur la montagne, que nous venons de contempler et de méditer en détails depuis quelques temps, est là pour nous rappeler certainement l’essentiel de cette « volonté de Dieu », et nous pourrions y revenir pas à pas, depuis les béatitudes jusqu’à la prière du Notre Père et tous les conseils merveilleux que Jésus nous a donnés…

    Mais il est un mot, si petit, si apparemment ordinaire, qui va peut-être à lui tout seul nous faire pénétrer dans le secret de Dieu : c’est ce verbe « entrer ». Dieu n’est pas là d’abord pour nous « donner » je ne sais quel bienfait qui nous manquerait et pour satisfaire notre désir illusoire de « posséder » enfin le bonheur. Non, Dieu veut que nous marchions tout à coup vers Lui, que nous sortions de nous-mêmes et que nous « entrions » dans son paradis. Car le Paradis de Dieu, la vie de la Trinité qui est aux cieux, n’est pas une réalité que nous pouvons contenir ou enfermer dans nos possessions, mais un courant d’amour dans lequel Dieu nous invite à nous jeter en toute confiance, sans plus regarder en arrière.

    Et comme nous avons compris en même temps que le cœur du frère ou de la sœur qu’il place sur notre chemin est aussi une « porte étroite » privilégiée pour nous faire pénétrer dans le Royaume, tout est prêt maintenant pour notre « saint voyage » vers le paradis. Nous n’avons plus qu’à nous lever chaque matin en nous demandant par quelle porte Jésus veut aujourd’hui nous faire entrer chez Lui et chez le Père avec Lui dans l’Esprit. La vie devient tout à coup tellement plus simple et notre prière avec elle tellement plus essentielle et efficace. A essayer pour voir…


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    « L’homme bon, dans son trésor qui est bon, prend des choses bonnes ; l’homme mauvais, dans son trésor qui est mauvais, prend des choses mauvaises. » (Mt 12,35) (cf. Lc 6,45 : « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. »)

    Voilà une phrase bien claire, mais comment la comprendre ? Qui est bon et qui est mauvais ? Chacun de nous n’a-t-il pas en lui du bon et du mauvais ? Mais reprenons ce que vient de dire Jésus juste avant de parler de l’homme bon et de l’homme mauvais : « Prenez un bel arbre, son fruit sera beau ; prenez un arbre détestable, son fruit sera détestable, car c’est à son fruit qu’on reconnaît l’arbre. Engeance de vipères ! comment pouvez-vous dire des paroles bonnes, vous qui êtes mauvais ? »

    Alors, je vais vous dire en deux mots ce que je pense de tout cela. C’est une interprétation personnelle, mais je ne pense pas qu’elle soit loin de la réalité. Je crois qu’il faut remettre les phrases de Jésus dans le contexte de son enseignement pédagogique au peuple juif de l’époque. Jésus veut faire peur à ses interlocuteurs, comme lorsqu’il dit que le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné. Et il est étonnant de voir que les seuls hommes présentés comme mauvais dans l’Evangile sont justement les scribes et les pharisiens du peuple juif. Pratiquement jamais Jésus ne dit de mal des Romains, des Samaritains ou des païens. A tous ces gens-là, Jésus ne présente finalement que son amour, pour nous montrer que chaque homme est aimé de Lui.

    Bientôt Jésus va finir sa vie sur terre et monter au ciel. Une des premières choses qu’il va faire de « là-haut », c’est appeler justement un de ces « mauvais » pharisiens et en faire en Paul son plus grand apôtre. Maintenant, Jésus n’est plus directement sur terre pour nous réprimander. Il est désormais remonté au ciel avec le Père et l’Esprit et il nous aime du cœur de la Trinité, et il n’est pas capable de voir en nous autre chose que le « bon » qu’il a mis en chacun de nous quand il nous a créés. Car c’est d’une source divine que nous avons été faits quand nous sommes venus au monde. Notre véritable identité, notre personnalité profonde ne peut être que « bonne », puisque c’est Dieu lui-même qui nous a faits à son image. Puis le mal nous a atteints et a gâché en partie cette image divine en nous, mais est-ce que cela veut dire que le mal fait vraiment partie de notre personnalité ? Pourquoi, lorsque quelqu’un meurt, on ne se souvient que du positif qu’il a vécu ? N’est-ce pas parce que c’est ce « bon » qui le caractérisait au plus profond de lui ?

    Il y a en chacun de nous sur cette terre un mystère du mal, mais Jésus, le Père et l’Esprit ne perdent pas de temps avec le mal qui est en nous. Ils vont tout de suite plonger dans le « bien » ou le « bon » qui nous caractérisent et ils le renforcent, le guérissent s’il y a lieu, profitant de tout ce qui se passe en nous pour le tourner en positif. Jamais on n’imaginera Dieu un seul instant s’arrêter sur notre négatif, il n’en est même pas capable car il nous aime de tout son cœur de Dieu… Alors pourquoi n’en faisons-nous pas autant à notre tour avec tous nos frères et sœurs en humanité ? Nous dire devant chaque personne que nous rencontrons : celui-ci ou celle-ci a été créé ou créée par Dieu, donc il est forcément au départ quelqu’un de bon, et si ce « bon » est peut-être caché derrière une apparence de mal, derrière des blessures, des peurs, des fragilités de toutes sortes, à moi d’aider Dieu en Lui à sauver cette personne, comme Dieu est en train de faire avec moi du matin au soir. Il n’y a plus alors de place pour les jugements, les condamnations des autres, mais seulement pour l’amour de miséricorde qui nous donne peu à peu le cœur de Dieu et nous fait prendre nous aussi seulement « des choses bonnes » de notre trésor qui est « bon » !

     

     

     


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    « Un arbre bon ne peut pas porter des fruits détestables, ni un arbre mauvais porter de beaux fruits… C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » (Mt 7,18.20) (cf. Lc 6, 43 : « Jamais un arbre ne donne de mauvais fruits ; jamais non plus un arbre mauvais ne donne de bons fruits. »)

    Combien il y aurait à dire sur ces deux phrases si simples et si spéciales à la fois ! Je vais me contenter aujourd’hui de deux remarques rapides, deux réflexions qui m’ont fait personnellement beaucoup de bien.

    D’abord, si l’on porte en soi un minimum de bonté, de désir de faire le bien autour de soi, comme la plupart des gens, on devrait arrêter de se préoccuper sans cesse pour toutes les bêtises que nous faisons. Les bêtises passent mais les fruits positifs restent. Si j’ai essayé de construire l’harmonie autour de moi, avec toute ma bonne volonté, cela ne peut donner à la longue que de bons fruits, au-delà de tous les moments d’incompréhensions ou de difficultés de tous genres. Et cela devrait nous donner une grande paix dans le cœur et la paix engendre aussi des fruits merveilleux !

    Comme nous devons tout de même rester réalistes et avouer bien humblement qu’un certain nombre de nos fruits, sans être « détestables », auraient pu être bien meilleurs ou plus mûrs que ceux que nous avons produits, il y a là un seul remède. Seul Dieu est véritablement bon. Et s’il y a beaucoup de bonté en nous, elle vient toujours de Lui. De là vient ma deuxième considération. Si nous tenons à donner des fruits excellents et qui durent, nous devrions surtout le laisser prendre en main notre vie, et pour cela nous devrions commencer par nous aimer tellement les uns les autres que Jésus, présent au milieu de nous, devienne le véritable acteur de notre vie, même s’il est si content d’agir à travers nous. Car le problème de beaucoup de nos fruits assez bons, pas mauvais, mais limités, c’est qu’ils ont une touche trop personnelle. Nous avons toujours tendance à vouloir nous mettre en évidence, à vouloir produire des fruits tout seuls, avec notre seule bravoure : ce n’est pas forcément mauvais, mais c’est tellement mieux quand nous laissons Dieu nous porter Lui-même vers la lumière !

     

     


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    « Qu’as-tu à regarder la paille de l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Comment vas-tu dire à ton frère : ‘Laisse-moi retirer la paille de ton œil’, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ? Esprit faux ! Enlève d’abord la poutre de ton œil, alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l’œil de ton frère. » (Mt 7, 3-5) (cf. Lc 6, 41-42 : « Qu’as-tu à regarder la paille de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Comment peux-tu dire à ton frère : ‘Frère, laisse-moi retirer la paille qui est dans ton œil’ alors que tu ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Esprit faux ! enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l’œil de ton frère. »)

    Ici encore, Jésus y va un peu fort : par définition, tout ce qui ne va pas chez l’autre est une paille et ce qui ne va pas chez moi est une poutre, ce qui veut dire une faute bien plus grave. Ce qui veut dire en même temps, à la base, que nous ne pourrons jamais dire à l’autre : ta faute est pire que la mienne, car cela ne nous regarde pas. C’est très intéressant comme logique. C’est la continuation de la phrase qui nous demande de ne pas juger…

    Mais pourquoi cela ? Jésus ne voit-il pas les injustices que nous subissons ? Ici encore, il veut nous faire regarder l’autre avec le regard de Dieu. Car Jésus n’est pas venu pour condamner les hommes à cause de leurs fautes, mais pour les guérir. Il nous invite à sortir de notre niveau terre à terre, le niveau du tribunal des hommes où l’on juge la responsabilité des fautes comme on juge celles d’un accident de voiture…

    Jésus nous demande d’oublier toutes les phrases de nos discussions quotidiennes qui ne servent qu’à creuser un peu plus le fossé entre nous et nos frères. « Mais c’est toi qui as commencé ! » « D’accord, je t’ai fait du mal, mais toi, tu ne vois pas ce que tu m’as fait ? » « Tu m’accuses toujours et tu ne vois pas ce que font les autres ? » Toutes ces comparaisons qui n’en finissent pas et qui alourdissent nos relations, toute cette poussière qui s’accumule entre nous…

    Dieu nous demande d’aimer et d’enlever d’abord tout ce qui nous empêche de vivre cet amour concret pour les autres. Et quand nous sommes sûrs que nous voulons d’abord le bien des autres, alors nous pouvons commencer à les aider, car c’est pour leur bien que nous leur faisons remarquer les défauts qui les empêchent de respirer, comme nous-mêmes avons appris à mieux respirer en les enlevant de notre cœur.

    Jésus veut seulement que nous libérions les autres en nous libérant nous-mêmes en même temps. Car toute critique de l’autre pour nous défendre, pour nous protéger, ou pire encore pour nous venger, pour rendre à l’autre le mal pour le mal, n’est qu’un poison qui nous tue et qui nous empêche finalement d’être nous-mêmes.

     


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    « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; le jugement que vous portez contre les autres sera porté aussi contre vous ; la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. » (Mt 7,1) (cf. Lc 6,37 : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. »

    Elle est extraordinaire, cette petite phrase, car si on la comprend vraiment, je crois qu’elle peut changer toute notre vie. Le problème, c’est qu’elle ne doit pas être si facile à comprendre et encore moins à mettre en pratique, puisque, 2000 ans après l’arrivée de Jésus sur la terre, l’humanité continue à « juger » allègrement toute la journée, comme si de rien n’était.

    Et quand je dis l’humanité, je pense d’abord à moi et à chacun d’entre nous. Mais comment faire pour ne pas juger ? On ne devrait pas regarder la réalité en face ? On devrait faire semblant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, que tous les hommes sont parfaits et moi le premier parmi eux ? On devrait jouer une comédie du matin au soir en disant que tous les hommes sont bons, sans jamais plus voir leurs limites ou leur méchanceté ? Ce n’est évidemment pas cela que Jésus nous demande. Mais alors que veut-il de nous ?

    Je pense que nous devrions nous arrêter un instant sur un tout petit mot qui va peut-être nous livrer la clé du mystère : c’est le mot « contre ». Jésus veut simplement que nous regardions chaque homme avec le regard que Dieu a sur lui et qui sera toujours un regard d’amour quoi qu’il arrive. Dieu ne sera jamais « contre » personne, même le plus grand des criminels. Dieu est venu parmi nous « pour » nous, « pour » chacun de nous, « pour » nous sauver…

    « Juger », c’est mettre sur l’autre une étiquette qui le condamne et qui nous donne toutes les excuses pour ne plus l’aimer. « Juger », c’est simplement prendre le prétexte du mal de l’autre pour nous couper de lui, pour le refuser, pour nous éloigner de lui pour toujours. Tandis qu’aimer, c’est regarder les défauts et le mal de l’autre pour chercher de tout notre cœur comment aider ce frère ou cette sœur à se débarrasser justement de ces défauts et de ce mal qui sont en lui, mais qui ne sont pas lui.

    Et ce qui est valable pour l’autre est aussi valable pour nous-mêmes. Combien perdons-nous de temps à nous juger nous-mêmes et à nous arrêter ainsi d’aimer parce que nous n’avons même plus confiance en nous ! Alors que nous devrions nous regarder nous-mêmes comme Dieu nous voit, avec son regard de miséricorde infinie.

    Ne pas juger, c’est donc aimer l’autre encore plus quand il va mal ou qu’il nous fait du mal. Ne pas juger, c’est se libérer pour toujours de nos calculs mesquins et égoïstes, pour nous brancher sur le regard d’amour de Dieu qui nous libère finalement de nous-mêmes et de tout ce qui nous conditionne dans nos relations avec les autres. Ne pas juger, c’est sans doute le début d’un bonheur nouveau, pour nous et pour les autres.   


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