• « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. » (Mt 16,18)

    Nous savons bien que le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde et Jésus nous dit tout au long de l’Evangile comment faire pour y entrer, en particulier en faisant la volonté du Père. Il nous a dit aussi que le Royaume des Cieux est tout proche. Mais voilà qu’il veut maintenant bâtir ici son Eglise parmi nous. « Son » Eglise, c’est-à-dire en quelque sorte sa maison, donc une partie finalement de son Royaume qui existerait aussi dans ce monde. Cela ne devrait-il pas nous donner le vertige ?

    Le problème c’est que nous croyons trop bien connaître l’Evangile que nous lisons si souvent, comme si tout y était désormais connu pour nous, simple et naturel. Mais je crois que nous devons ici encore nous arrêter un instant pour essayer de comprendre. Dieu veut installer dans ce monde mortel une partie de son Royaume immortel, mais comment va-t-il faire ? Il va envoyer une garnison de ses anges pour que les hommes ne la détruisent pas ? Ce serait déjà le plus grand des miracles sur cette terre.

    Eh bien non, Jésus va faire une chose encore plus incroyable, il va confier la garde de sa maison à ses apôtres. Et l’on sait que ce méchant monde (qui existe aussi au fond du cœur de chacun d’entre nous) va s’attaquer à ses apôtres et même en tuer certains. Mais cela ne changera rien au plan de Dieu. L’Eglise restera, les apôtres mourront par le martyre ou par leur mort naturelle, mais la famille de Dieu constituée autour des apôtres ne s’éteindra jamais, tant que notre monde existera. « La puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle ».

    On pourrait croire à une fanfaronnade si ce n’était pas Dieu qui parlait. Et, 2000 ans plus tard, l’Eglise de Dieu est toujours là, affaiblie, divisée, mais toujours bien vivante, peut-être même plus vivante que jamais, et toujours bâtie sur les successeurs des apôtres. Aucun royaume, aucun gouvernement d’aucune nation de ce monde n’a résisté de cette façon, tous ont disparu les uns après les autres et ont été remplacés par de nouveaux royaumes ou de nouveaux gouvernements. Et l’homme d’aujourd’hui, comme au temps de Jésus, continue à demander des signes…

    Et ce qui est le plus fort là-dedans, c’est que tout ce que nous faisons encore aujourd’hui au nom de l’Eglise, dans l’Eglise et pour l’Eglise, ce qui veut dire au fond, à travers l’Eglise, pour toute l’humanité, ne mourra jamais. C’est Jésus qui l’a promis et il tient toujours ses promesses. Cela n’est-il pas suffisant pour nous faire changer de vie chaque jour complètement ?


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  • « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux. » (Mt 16,17)

    Quelle phrase extraordinaire que celle-ci, si on prend le temps de s’y arrêter ! D’abord, c’est une béatitude ! On pourrait penser un instant qu’elle n’est pas comme les autres béatitudes, car elle n’est pas adressée à tout le monde, comme celles du discours des Béatitudes adressées à la foule de ceux qui suivaient Jésus, et donc à chacun de nous ; elle n’est même pas adressée à tous les disciples, mais seulement à Pierre, qui vient à peine de déclarer à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »

    Mais c’est justement pour cela que cette béatitude est placée là dans l’Evangile, pour atteindre chacun d’entre nous au fond de son cœur. Car chacune des béatitudes est faite évidemment pour le monde entier, mais Dieu n’est pas un commerçant en gros, Dieu est ce miracle d’un amour qui est à la fois global, universel et unique, personnel pour chacun. Jésus a appelé Simon Pierre, et pas n’importe quel Simon, un Simon bien précis, le fils de Jonas. Etait-il au départ tellement extraordinaire ? Non, c’était un simple pêcheur du lac de Tibériade.

    Alors que s’est-il passé ? Pierre était-il déjà un saint avant de commencer ? On voit justement dans l’Evangile combien Pierre était un pauvre pécheur, bien limité comme nous. Mais il a répondu à l’appel, il s’est mis à aimer Jésus de tout son cœur. Et quand le Père voit quelqu’un qui reconnaît son Fils, alors il commence à l’aimer à son tour. Nous disions à propos de la prière du Notre Père qu’on arrive toujours au Père par Jésus. Et c’est cela la béatitude. Quand on prend l’amour de Jésus au sérieux, quand on se met à le reconnaître et à l’aimer à l’intérieur de nous et dans nos frères, voilà qu’il nous porte au Père.

    Alors tout change, car le Père nous envoie l’Esprit et il nous révèle les secrets de son paradis. Et ce ne sont plus seulement la chair et le sang, c’est-à-dire nos simples capacités humaines qui nous montrent le chemin. Nous commençons à voir les personnes, les évènements et les choses comme Dieu les voit. La vie devient tellement plus simple et nous voilà devenus soudain « bienheureux », pour toujours, indépendamment des difficultés et des souffrances de la vie de chaque jour. Car il suffit maintenant de nous brancher sur le Père, chaque fois que nous nous sommes arrêtés en route ou perdus en chemin. C’est nous qui risquons encore de changer jusqu’au dernier jour de notre vie, mais la béatitude sera toujours là à nous attendre, car le Père est là qui veille sur nous…

     


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  • « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16,16)

    Ça y est, Pierre a compris ! A vrai dire si vous vous souvenez bien du chapitre 8, verset 29, les esprits démoniaques avaient déjà crié : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous faire souffrir avant le moment fixé ? » Histoire de nous rappeler en passant que tout connaître de Dieu ne sert à rien si on n’aime pas…

    Mais Pierre est le premier disciple qui comprend finalement qui est Jésus, parce qu’il l’aime. Et cet amour va le suivre toute sa vie, comme une fierté et un remords terrible en même temps quand il va renier Jésus. Mais ici, c’est le premier fruit de l’amour de Dieu en l’homme : quand nous aimons Dieu, voilà que tout à coup tout commence à s’illuminer, les morceaux en désordre de la mosaïque de notre vie se mettent enfin en harmonie et tout devient plus clair.

    C’est que Pierre a commencé à pénétrer en Dieu, il n’est plus seulement en face de lui à le regarder et à l’admirer, à s’émerveiller de ses miracles, il est entré dans son mystère. Il vient de comprendre que non seulement Jésus est le Messie, l’envoyé de Dieu que tout un peuple et toute l’humanité en lui attendaient depuis des siècles, mais il est de la famille de Dieu. Dieu n’est pas une force toute puissante et impersonnelle, Dieu est une famille de personnes qui s’aiment et qui nous aiment, et qui a envoyé le Fils sur la terre pour partager le sort de l’humanité en recherche. Cela doit donner le vertige à Pierre si on s’arrête un peu à penser. Tous les concepts de la religion qu’on lui avait enseignés depuis son enfance sont en train d’être complètement révolutionnés. Comment a-t-il l’audace et le courage de faire une telle déclaration publique, même si c’est encore seulement devant les autres disciples ? C’est pour une telle déclaration que Jésus va bientôt être mis à mort.

    Pour nous qui avons appris cette phrase par cœur au catéchisme quand nous étions petits, rien de bien nouveau bien sûr. Mais c’est là que va commencer notre vie à la suite du Christ, le jour où cette phrase connue devient une réalité qui bouleverse tout en nous et non plus seulement une notion théorique. Il faut demander à Dieu la grâce de laisser pénétrer son Fils dans notre vie de telle façon que tout va changer pour toujours sans plus jamais revenir en arrière. C’est cela le début de notre chemin vers Lui. Il n’est pas nécessaire de tomber de cheval comme Saint Paul pour en arriver là. Chacun fait cette découverte à sa façon, peut-être à travers un évènement, une rencontre, ou bien peu à peu comme une évidence qui se fait chaque jour plus claire en nous. Mais si nous sommes entrés dans le mystère de la relation d’amour qui règne au cœur de Dieu, notre vie ne pourra plus jamais être comme avant…

     


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  • « L’aspect du ciel, vous savez l’interpréter ; mais pour les signes des temps, vous n’en êtes pas capables. » « Hommes de peu de foi… » (Mt 16, 3.8)

    Je me suis permis de mettre ensemble deux phrases qui en fait ne sont pas directement liées dans le texte de Matthieu. Mais cela m’a semblé la meilleure clé de lecture pour comprendre ce texte si mystérieux. Jésus est fâché des pharisiens et des sadducéens qui savent interpréter les signes de la nature, les signes des saisons, du soleil ou de la pluie, mais qui ne sont pas capables d’interpréter « les signes des temps ».

    Mais aurions-nous fait beaucoup mieux que les pharisiens et les sadducéens ? En fait, lire les signes de la nature n’est pas si difficile que cela, car ces signes se répètent toujours. Il suffit d’apprendre à les observer et l’on remarque vite que les mêmes phénomènes reviennent toujours en suivant le cycle des saisons, d’une année à l’autre.

    Tandis que le temps ne revient jamais sur lui-même. Le temps d’aujourd’hui peut ressembler en partie au passé, mais il est en réalité toujours nouveau, toujours unique dans l’instant présent, c’est ce qui fait que la vie n’est jamais monotone, qu’elle est chaque jour une nouvelle surprise pour qui sait goûter le temps que Dieu nous donne à sa juste valeur, mais qu’elle est en même temps à chaque fois un nouveau mystère.

    Jésus sait bien tout cela, alors pourquoi est-il si sévère avec les pharisiens et les sadducéens ? Parce qu’ils se croient les maîtres du monde, ceux qui devraient avoir la lumière pour guider le peuple et, en fait, ils ne comprennent rien à rien, car ils restent aveuglés sur leurs pauvres certitudes et ils sont incapables de saisir le message que Dieu leur envoie en Jésus et dans son Esprit. Ce sont les chefs de la religion, mais ils ne savent pas croire, la foi n’est pas en eux…

    La foi est un don que Dieu donne à ceux qui l’aiment, qui se laissent aimer par Lui et qui s’aiment entre eux, parce qu’ils savent aussi qu’aimer Dieu et le prochain est, en fin de compte, la même chose. La seule manière d’interpréter les « signes des temps », c’est se jeter dans les bras de Dieu quoi qu’il arrive, jeter en lui nos préoccupations. Croire que cet évènement surprenant qui nous arrive à l’improviste aujourd’hui est un cadeau de Dieu. Croire que la croix conduit toujours à la résurrection, si nous savons l’étreindre et l’aimer de tout notre cœur. Interpréter les « signes des temps », c’est garder l’espoir au fond de notre cœur en toutes circonstances. Interpréter les signes des temps, c’est croire que derrière ce frère qui m’aime ou qui me fait du mal, il y a Jésus qui me tend la main, comme lui-même nous le dira à la fin de cet Evangile de Matthieu : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger… C’est à moi que vous l’avez fait ». Interpréter les « signes des temps, c’est simplement voir les choses, les évènements et les personnes comme Dieu les voit. Rien de plus facile et de plus difficile en même temps.

    Interpréter les « signes des temps », c’est purifier notre esprit et notre cœur, pour qu’à chaque nouveau pas ils deviennent capables de saisir les « signes » que Dieu nous envoie. Cela n’arrive pas du jour au lendemain, il faut beaucoup s’exercer à capter chaque jour les messages de l’Esprit. Il faut accepter de se tromper souvent et de recommencer. Il faut aussi apprendre à capter ces « signes » en unité avec les autres et pas chacun seul dans son coin, car on a toujours besoin des autres pour mieux comprendre. Mais quand on a commencé à se laisser pénétrer par l’Esprit de Dieu, on ne revient plus en arrière, on marche désormais avec ce « temps » qui nous porte là où Dieu nous attend, à chaque instant et pour l’éternité…

     


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  • Encore un chapitre extraordinaire, mais que nous connaissons déjà en grande partie depuis Marc et que nous allons de nouveau rencontrer en Luc…

    On y trouve d’abord la discussion avec les pharisiens et les sadducéens qui réclament un signe, comme si Jésus n’en faisait pas assez. Puis Jésus qui demande à ses disciples de se méfier des pharisiens et des sadducéens justement. De là Jésus, continuant sa route dans la région de Césarée de Philippe, demande aux disciples ce que les gens pensent à son sujet et l’on trouve la réponse immédiate de Pierre qui reconnaît enfin publiquement que Jésus est le Messie. C’était un passage charnière de l’Evangile de Marc. Et c’est de nouveau un moment tellement important dans l’enseignement de Jésus en Matthieu, car à partir de là, il va commencer à parler de plus en plus clairement de sa passion qui approche et de ce qui est demandé à tout disciple qui veut le suivre sur la route de Dieu.

    Matthieu, tout en ressemblant souvent à Marc et à Luc, y va tout de même comme souvent de sa profonde originalité. A propos des pharisiens et des sadducéens, pour commencer, voilà ce que Jésus déclare : « Quand vient le soir, vous dites : ‘Voici le beau temps, car le ciel est rouge.’ Et le matin, vous dites : ‘Aujourd’hui, il fera mauvais, car le ciel est d’un rouge menaçant.’ Ainsi l’aspect du ciel, vous savez l’interpréter ; mais pour les signes des temps, vous n’en êtes pas capables. Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais en fait de signe, il ne lui sera donné que celui de Jonas. » Tout le secret de l’Evangile est en jeu dans ces quelques phrases.

    Puis, plus loin, c’est au tour des disciples d’être réprimandés : « ‘Hommes de peu de foi… comment ne voyez-vous pas que je ne parlais pas du pain ? Méfiez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens’ Alors ils comprirent qu’il leur avait dit de se méfier non pas du levain pour le pain, mais de l’enseignement des pharisiens et des sadducéens. » Combien les disciples sont lents à comprendre, mais aurions-nous fait mieux à leur place ?

    Et c’est tout de suite après qu’on en arrive à la fameuse confession de foi de Pierre. En Marc, Pierre avait dit : « Tu es le Messie ». Matthieu va plus loin et fait dire à Pierre : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Mais ce qui suit est étonnant : « Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : ‘Heureux es-tu, Simon fils de Jonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te déclare : Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux.’ » Ce sont les premiers traits de l’Eglise du Christ qui se dessinent. Une Eglise qui est bien sûr le corps du Christ, mais où notre relation à Dieu va passer aussi par la médiation des hommes : une responsabilité qui donne le vertige et qui nous montre encore une fois combien Dieu a le courage incroyable de confier sa mission à l’homme…


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