• La vie est difficile tout de même ! Une série interminable de devoirs et d’obligations de toutes sortes qui nous pressent, sans nous donner le temps de respirer. Et quand les devoirs diminuent, quand arrive l’époque de la retraite ou du repos forcé, on n’a plus beaucoup d’énergie ou de santé pour profiter des dernières années qui nous restent. N’est-ce pas ainsi que beaucoup de gens perçoivent la qualité de leur vie ?

    Je crois qu’il y a là un grand équivoque, un problème de regard global sur la réalité qui risque de gâcher notre vie pour toujours, ou au moins pour longtemps, si nous ne nous arrêtons pas un beau jour pour changer vraiment de route.

    Je pense que tout change pour chacun de nous le jour où nous nous rendons compte que la vie est d’abord un immense cadeau qui nous a été donné au départ gratuitement, sans que nous l’ayons demandé. Nous aurions bien pu ne pas exister et voilà pourtant que nous sommes là bien présents, en chair et en os, comme on dit, mais aussi en esprit et en cœur, avec tout le miracle en nous de l’humanité qui continue à naître, grandir et se frayer son chemin dans l’univers et dans l’histoire.

    Alors, au lieu de continuer à nous dire chaque jour : ce matin je « dois » aller au travail, ce soir je « dois » m’occuper de ma famille, la semaine prochaine je « dois » organiser une réunion importante, et ainsi de suite… pourquoi ne transformons-nous pas tout cela en un : je « peux » aller au travail et faire ainsi avancer l’humanité qui m’a été donnée, je « peux » donner ma vie pour ma famille, je « peux » offrir mes talents pour le bien de la société qui m’entoure… ?

     

    Ce n’est pas plus compliqué que cela, et c’est pourtant si difficile à admettre. La vie est une chance, une immense opportunité qui m’a été offerte et que je peux recevoir et accepter de tout mon cœur comme un grand chantier passionnant à développer et non pas comme une responsabilité qui m’écrase. La vie est un défi qui donne du sel, du piment à chacune de mes journées, car elle n’est jamais monotone. Chaque jour, chaque heure a son lot de nouveautés et de surprises qui peut me permettre d’inventer encore une nouvelle manière d’aimer les gens qui m’entourent, de leur donner à eux aussi un peu ou beaucoup de cette vie qui m’a été transmise. Et si j’ai la chance d’avoir enfin compris cette leçon, d’avoir fait cette découverte de laquelle je ne voudrais plus jamais revenir en arrière, ma mission sera maintenant de partager cette découverte avec mes compagnons de voyage, de redonner espoir à ceux qui l’ont perdu ou qui ne l’ont jamais eu, à redonner de l’optimisme à ceux qui se sentent écrasés, mis de côté ou exploités. La vie vaut alors vraiment la peine d’être vécue, car elle est une aventure passionnante qui ne se répète jamais, où la souffrance au milieu des joies n’est pas seulement un mauvais moment à passer, mais le secret qui donne encore plus de valeur à chacune de nos actions. Vous voyez la réalité autrement ?


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  • Ça, c’est vraiment une grande découverte que je suis en train de faire ces derniers temps. J’ai seulement un peu peur de vous scandaliser. Je viens seulement de me rendre compte que toute une partie de notre éducation chrétienne qui insiste sur le fait que nous devons toujours aimer et donner sans rien attendre de retour est en fait ridicule, car il y a là un immense malentendu, une méprise sur le sens des mots et la signification de toute la vie elle-même.

    Bien sûr que l’amour doit être désintéressé, dans le sens de ne pas être d’abord égoïste, replié sur soi. Mais soyons sincères, n’ai-je pas un grand intérêt à aimer l’autre ? Ce qui est beau dans l’amour et l’amitié, c’est que plus j’aime l’autre, plus je désire le bien de l’autre et son intérêt, plus je suis comblé moi-même dans la réciprocité : amour et amitié désintéressés si l’on veut, mais finalement tellement intéressés, dans le bon sens du terme. Car la vie est terriblement « intéressante », et comme c’est beau de découvrir et de vivre ses secrets.

    Mais venons-en maintenant à l’attente. On me dit que je dois aimer sans rien attendre, car ce n’est pas bien d’enfermer l’autre dans mes plans à moi, mes désirs, mon amour possessif. C’est évident et nous serons toujours d’accord sur ce plan. Mais alors, nous allons passer notre vie à nous mortifier ? Si l’espoir d’un évènement heureux nait dans mon cœur en pensant à l’autre, je vais passer ma vie à refouler mes sentiments, parce que je n’ai pas le droit d’enfermer l’autre dans mes désirs ? Je vais être toute ma vie comme le surveillant de moi-même, prêt à me donner des coups de règle sur les doigts à peine je passe les frontières de ce « désintéressement » ?  Quelle triste vie tout de même !

    Je vais essayer de vous dire où se trouve donc ce malentendu qui me semble maintenant si clair. C’est simplement que mon attente se referme continuellement sur le passé. J’ai vécu avec l’autre des moments de partage, de communion, où nous volions ensemble dans un univers immense qui nous donnait des ailes et voilà que j’attends maintenant que chaque rencontre avec cet autre reproduise les mêmes effets à l’infini. Et je commence à être déçu, parce qu’aujourd’hui l’autre ne m’a pas souri comme d’habitude, il ne m’a pas répondu avec la même attention que la dernière fois. Le doute commence à entrer dans mon esprit que notre relation est en train de se dégrader. Je me suis arrêté dans un passé imaginaire où je me suis enfermé avec l’autre pour toujours, et bien sûr que je vais être déçu, là aussi peut-être pour toujours, si je ne réagis pas rapidement.

    Le problème n’est pas l’attente, mais l’objet de mon attente. J’ai tous les droits et même le devoir d’attendre. Si je sème une graine dans un pré, je dois bien normalement m’attendre à voir pousser bientôt une nouvelle vie, une plante avec des fleurs et des fruits. La catastrophe, c’est que je conditionne mon attente à tout ce que j’ai vécu jusque-là. Je suis souvent comme un pauvre oiseau, collé à la branche de son passé, immobile, ennuyé, fatigué et angoissé, alors qu’il me suffirait d’ouvrir les ailes pour me jeter dans l’espace du présent et de l’avenir qui m’attendent avec toutes leurs surprises.

    C’est donc cela tout simplement ma découverte. Je vais me lever chaque matin plein d’attente ou d’attentes. Je vais même rêver ou imaginer tout ce qui peut m’arriver et arriver de beau à ceux que j’aime et même à toute l’humanité. Mais je vais tâcher de ne rien attendre comme hier. Je vais croire que la vie va m’apporter aujourd’hui de nouvelles belles surprises, des surprises qui passent parfois à côté de nous sans même que nous les remarquions, parce que nous sommes trop concentrés sur nos problèmes et nos déceptions…

    Je sais bien que le présent va aussi m’apporter des surprises amères, des douleurs inattendues, des problèmes apparemment insolubles. Mais là encore je vais faire l’effort de ne pas me répéter comme toujours : « Encore le même problème qui me retombe dessus ! » Non le problème d’aujourd’hui est unique et la vie me donnera sûrement la force et l’énergie de ne pas m’arrêter et de continuer à voler dans l’espace d’un présent qui m’ouvre sans cesse sur l’éternité !


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  • On sait bien que nos médias véhiculent des idées toutes faites, des préjugés sur les autres et sur les peuples des autres et qu’on se laisse malheureusement prendre par ces étiquettes toutes faites, sans aller vérifier ce qui se passe en réalité.

    Quand je pense au peuple chinois, je sais que j’ai beaucoup de jugements préfabriqués dans ma tête à leur égard. L’idée par exemple qu’il a longtemps été interdit en Chine d’avoir plus d’un enfant par famille m’a fait penser que ce pauvre peuple a perdu son humanité. Avec en plus tout ce qu’on dit sur le manque de respect des droits de l’homme en Chine. Mais l’occident respecte-t-il les droits de l’homme ?

    Heureusement tout de même que j’ai eu la chance de rencontrer des Chinois dans ma vie et de voir quelle profondeur, quelle fidélité, quelle délicatesse, quelle persévérance on peut trouver au cœur de ce peuple plus que millénaire ! Mais les préjugés ancrés sans qu’on s’en rende compte mettent beaucoup de temps à s’en aller.

    Ce que je voudrais faire aujourd’hui, c’est simplement partager une découverte que j’ai faite récemment et qui m’a beaucoup impressionné. Savez-vous que ce sont les Etats-Unis qui ont gagné le plus de médailles aux derniers Jeux Olympiques de Rio ? C’est normal, c’est un des pays les plus peuplés et en même temps les plus riches. Mais ce qu’on ne sait peut-être pas, c’est qu’aux Jeux paralympiques, pour athlètes handicapés, avec toutes sortes de handicaps, c’est la Chine qui a eu le plus de médailles.

    Alors qu’on imagine la Chine comme une sorte de robot qui se développe sans états d’âme et sans grande humanité, on découvre tout à coup que ce grand peuple prend si bien soin des personnes les plus faibles, les moins efficaces pour la société, et qu’il sait les valoriser, leur redonner leur dignité. Cela fait du bien de connaître certaines vérités et d’être sûr que chaque peuple a ses trésors.

    Dommage seulement qu’au lieu de partager entre eux ces trésors, les peuples se font surtout de la concurrence, quand ils ne se mettent pas des obstacles les uns aux autres, ou, pire encore, quand ils ne se détruisent pas les uns les autres. Il y a encore beaucoup à faire pour harmoniser les relations entre tous les peuples du monde. Mais commençons au moins par découvrir la beauté et les valeurs, parfois cachées, de chaque peuple de la terre !

     


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  • Il y a quelques jours j’avais publié une phrase de mon blog sur Facebook qui disait : « La vie est belle parce qu’elle change et se renouvelle à chaque instant. » Parmi les réactions et les commentaires suscités par cette affirmation, je voudrais remercier ici particulièrement Simone, qui me dit avec une grande sincérité : « Oui elle est belle la vie, si elle change pour le mieux et non pour le pire. » 

    La réflexion de Simone est bien compréhensible et logique, quand on pense à toutes les épreuves de la vie, à toutes les nouvelles négatives qui s’abattent chaque jour sur nous, notre famille ou notre pays. Et pourtant il y a là quelque chose qui me gêne et que je voudrais essayer d’exprimer le mieux possible.

    Je crois qu’il faudrait d’abord se mettre d’accord sur le sens des mots. Pour moi, la vie est le plus beau trésor que nous puissions recevoir, le plus beau cadeau qu’on nous a fait lorsque nous sommes venus au monde : quand on pense parfois qu’on pourrait bien ne jamais avoir existé, cela donne le vertige !

    Cette vie que j’ai reçue de la nature à travers mes parents et qui continue à chaque instant à pénétrer en moi, à me donner l’énergie d’exister, la force de penser et d’aimer, le courage de me battre pour faire progresser notre monde toujours en recherche et combien de réalités encore dont la liste ne finirait jamais, cette vie est sans doute le bien le plus grand que l’on puisse imaginer…

    Et pourtant nous passons une grande partie de notre temps à nous plaindre de la vie. Ingratitude ? Ou bien ce cadeau reçu est peut-être plein de défauts de fabrication qui gâchent tout en chemin ?

    Je crois qu’il nous convient de distinguer entre la vie elle-même, sa force bienfaisante, et le cadre dans lequel elle évolue. Car je suis de plus en plus persuadé que ce sont les épreuves rencontrées qui peuvent nous attrister, le mal présent au cœur de l’homme qui détourne la vie de son but, par intérêt, par égoïsme, par ambition et tout ce qu’il y a en chacun de nous de malsain. Mais ce n’est pas cela la vie, ce serait plutôt là les ennemis de la vie.

    Lorsqu’une mère de famille épuisée et malade, écrasée par les problèmes de son mari et de ses enfants, trouve quand même le matin la force de se lever avant tout le monde et de commencer à préparer avec le sourire ce qui est nécessaire à chacun pour sa journée, n’est-ce pas la vie en elle qui lui donne ce courage, au-delà de tout ?

    On me dira avec raison que la vie est tout de même difficile, elle demande un effort et un dépassement de soi de chaque instant qui ne fait pas forcément toujours plaisir. C’est que la vie est un mystère, elle est une sorte de courant ou de vague qui nous emporte et sur laquelle on peut aller loin, très loin, mais qui nous met souvent dans des situations pénibles ou même angoissantes.

    Il faudrait revenir ici à la loi de la nature. La vie des quatre saisons en est peut-être l’exemple le plus parlant. Cette vie qui grandit à partir d’une toute petite graine pleine d’une énergie immense, qui se développe pour donner des fleurs et des fruits, va bientôt aussi se fatiguer, tomber en morceaux, disparaître un moment comme si elle était morte, pour reparaître bientôt encore plus forte et plus dynamique…

    Oui il y a dans la vie de la nature et donc dans cette vie qui est en nous, un mystère de don et de mort à soi-même qui pourrait sembler parfois le contraire même de la vie, car ce serait tellement plus commode une vie que l’on possède pour toujours et qui ne disparaît plus jamais, une vie qui ne change pas et qui ne nous ferait plus peur. Mais ce serait cela la mort, car ce serait la vie d’une pierre figée qui n’a aucun avenir devant elle sinon celui de se désagréger peu à peu au cours des ans. Ce serait d’un ennui mortel, sans plus aucune surprise, ni bataille à mener et donc sans conquête, sans joie de la découverte, sans le bonheur de donner et de recevoir, d’avoir toujours besoin de l’autre. Car la vie avance justement parce qu’elle est à la fois en nous et au-devant de nous. En nous qui nous pousse et devant nous qui nous attire. Car à la fois nous avons tout ce qu’il nous faut pour avancer et il nous manque tout ce qui peut faire de nous ce que nous ne sommes pas encore. C’est cette dynamique éternellement renouvelée qui fait la beauté et la difficulté de la vie. Car la vie n’est pas belle parce qu’elle est facile. Elle est belle parce qu’elle ne s’arrête jamais…

    Nous reviendrons bientôt sur ce sujet tellement important !

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  • Il y a quelques temps, j’ai été très touché par l’intervention du Père Fadi Daou, cofondateur de l’association Adyan pour le dialogue interreligieux, lors d’un colloque sur Charles de Foucauld. Le Père Fadi nous a parlé en particulier du « mystère de la visitation » en nous montrant comment le salut d’Elisabeth à Marie, tellement surprenant et inattendu a, en fait, « libéré » en Marie le « Magnificat ». Elisabeth, en quelque sorte de l’extérieur, elle qui ne pouvait pas comprendre véritablement ce qui se passait en Marie, l’a tellement impressionnée et encouragée par son salut chaleureux (« Je te salue, Marie… ») qu’elle a tout à coup fait comprendre à Marie la grandeur immense de ce qui était en train de se passer en son sein. Et c’est à ce moment-là qu’elle a entonné cet hymne de louange et de remerciement qui est le passage le plus beau et le plus long de tout ce qui a trait à Marie dans l’Evangile.

    On pouvait deviner par là aussi, dans son enthousiasme, toute l’expérience exceptionnelle que le Père Fadi est en train de vivre dans cette communion, pas toujours évidente au départ, qu’il a commencé à bâtir depuis quelques années avec des amis musulmans. C’est qu’évidemment l’amour et le respect de l’autre, différent mais ouvert, est un des moyens les plus extraordinaires pour découvrir finalement qui nous sommes nous-mêmes, avec un regard à la fois amical et extérieur que, tout seuls, nous n’aurions jamais réussi à avoir.

    L’autre qui nous rencontre, qui nous découvre et nous estime, voit en nous des merveilles que, tout seuls, nous n’aurions jamais pu imaginer. Et lorsque cela se passe dans la réciprocité, c’est le début d’une des aventures humaines les plus enrichissantes. C’est exactement l’expérience que j’ai faite et que j’essaye de transmettre par ce blog de « L’Orient La Nuit ». Si je n’étais pas venu au Liban et au Moyen Orient, je n’aurais jamais découvert les valeurs de relation humaine que vivent depuis toujours ces peuples si mal connus qui bordent l’autre rive de la Méditerranée, mais en même temps je ne me serais jamais découvert moi-même comme j’ai eu finalement la joie de le faire depuis un certain nombre d’années.

    Il y a dans mon identité culturelle française, européenne et occidentale quelque chose qui me gêne énormément, la conscience d’un énorme gâchis qui est en train de s’accomplir au niveau politique, social, de civilisation. Et pourtant mon identité est aussi pleine de valeurs (à redécouvrir et à laver de toutes les poussières accumulées, mais réelles) que j’ai redécouvertes en moi et autour de moi grâce au regard bienveillant de tous ces nouveaux amis qui m’ont aidé et m’aident jusqu’à aujourd’hui à être un peu plus moi-même, dans la même dynamique où moi aussi je peux essayer de les aider à être eux-mêmes dans la réciprocité. Car un des plus grands problèmes du Liban et du Moyen Orient, c’est que tous ces peuples, maltraités et opprimés, finissent par ne plus voir la beauté de leur humanité, ensevelie sous des tonnes de problèmes et d’injustices de toutes sortes qui ne les laissent plus respirer.

    Et c’est là sans doute qu’est l’avenir de l’humanité, dans la relation réciproque de personnes différentes mais attentives aux valeurs de l’autre et qui aident cet autre à redevenir lui-même et à sortir de ses doutes, de ses angoisses et de son découragement. Combien notre monde se sentira mieux lorsqu’on découvrira que l’autre différent, musulman, athée, chinois ou africain, au lieu d’être une menace pour mon existence, est en fait celui qui, un jour ou l’autre, va m’aider à sortir de moi et de mes problèmes et à devenir réellement moi-même. Rêve utopique ? Chacun a le droit de le penser, mais nous avons aussi le droit de témoigner au monde que ce rêve peut devenir une réalité, ou plutôt qu’il est déjà une réalité. Et si cette réalité est valable et possible pour quelques-uns, pourquoi ne le serait-elle pas pour tout le monde ?

     

     


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